Le quartier autour de La Manutention va se retrouver dans les années à venir en grand chantier.

L’ancienne prison, alors que le projet définitif n’est pas encore dévoilé, devrait être réaménagée et le Verger d’Urbain V devrait quant à lui arborer plus rapidement un nouveau visage.
À cette fin des fouilles y ont été accomplies et ont révélées que le sol était empoisonné, le lieu ayant servi jadis à la fabrication de cloches…
Ce jardin pour ceux qui ne le connaîtraient pas est dans le prolongement de la Cour Casarès devant le cinéma. Plus proche du terrain vague, il est aujourd’hui, pour des raisons de sécurité, devenu interdit au public. Interdit ? pas complètement puisque vous le longez, pour aller ou repartir de La Manutention, le long d’une palissade sur un passage cimenté, inondé les jours de pluie puisque le maçon avait dû égarer son niveau d’eau le jour de la réalisation… mais ceci est une autre histoire…
Ainsi donc l’autre jour, il y avait une réunion à la mairie pour présenter le projet de réaménagement du Verger ainsi que du Potager de Benoît XII, le jardin du dessus accolé au Palais.
Renouer avec la période papale semble être la fibre de ce projet de réhabilitation du Potager de Benoit XII qui permettrait au touriste une visite cohérente du Palais, et de ses deux jardins recréés pour l’occasion : Le jardin du Pape et celui du Palais. 

Nous sommes en revanche bien plus perplexes sur la réorganisation du Verger.
Le projet en ferait effectivement un espace complexe, un bel endroit pour les passants, probablement en harmonie avec les jardins supérieurs. Mais voilà, ce lieu resté en friche pendant des décennies, était, peut-être justement grâce à cela, devenu un lieu de rencontres et de vie locale. Sans parler de Jean Vilar discutant avec le public lors des premiers Festival, il y a eu dans cet espace des concerts, des projections, des repas de voisins, des assemblées générales lycéennes, étudiantes, des enfants qui pique-niquent après avoir vu un film chez nous, des débats, des spectacles pendant le Festival… et nous en passons. Ce lieu, sans enjeu (c’est Utopia qui, avec plaisir, ouvre et ferme les grilles depuis vingt bonnes années !) était en fait un lieu ouvert à tous, un lieu partagé. Si le refaire paraît une nécessité, ne pourrions-nous pas repartir de l’histoire contemporaine pour penser un projet ? Après tout il n’y a probablement pas de période historique plus méritante que d’autres et aujourd’hui n’est-il pas l’histoire de demain ?

Puisque nous y sommes, nous avons reçu un petit texte du groupe T.à.C que nous vous communiquons ci-dessous…
 

Laissez parler les petits jardins …

En ce lundi 1er février de l’an 2016, ils sont une centaine venue boire le petit-lait d’une messe toute contemporaine, l’opération de com annonçant l’hypothèse du vaste chantier de restauration, des jardins du Palais des Papes. Un parterre de chercheurs surplombé d’une estrade où siègent quelques élus, a mission de rendre publique les avancées du projet ; dont la presse se pâmera les jours suivant.

Sans coup férir l’assemblée est propulsée entre le XIe et le XIVe siècle, date de création des jardins disparus. Si fouilles et archives n’ont pas permis d’établir une image précise de leur organisation, trois espaces se détachent nettement et caractérisent l’hypothèse de travail : le jardin du Pape, déambulatoire prompt à la méditation ; au même niveau les jardins du Palais, espace destiné aux visiteurs de la papauté ; en contre-bas le dit Verger, qu’Urbain V aménage comme espace de repos. En somme nous pourrions grommeler, vivre comme un pape, Dieu que ça avait du bon !
Restituer des ambiances, des pratiques, plutôt que reconstituer, c’est le fil que les chercheurs se sont appliqués à tisser. Une vue plongeante en 3 dimensions dévoile enfin l’ébauche du projet. L’esquisse décline de façon harmonieuse les trois ambiances historiques. Le tout apparaît dans la fraîcheur du crayonné et des couleurs apposées. C’est beau, la salle est conquise… Quand soudain depuis l’assemblée, un grincement se fait entendre : 

- Les jardins vont-ils communiquer entre eux ?! (jardins du haut et du bas)
- Non… C’est un problème de gestion 
- Ah… ? 

La même question sera déclinée à deux reprises. Réponse similaire, le soufflet retombe. La grande ambition du projet achoppe sur sa partie honteuse. Elle attribue 7/10 de l’espace réaménagé aux visiteurs du Palais, les 3/10 restants au petit peuple d’Avignon ; sans passerelle ni lieu de jonction. La gêne est palpable dans les rangs des concepteurs, la présentation ayant pompeusement mis l’accent sur l’unité de l’aménagement. 

Alors qu’ici l’occasion de gagner un peu sur les murs du Palais est à portée de main, on stratifie, on compartimente, pour le doux ronron de la billetterie. Votre erreur gente concepteur est, de ne pas comprendre que l’investissement n’en serait que plus bénéfique s’il inclut un projet vivant, c’est à dire la possibilité de circuler entre les jardins, à la différence d’une logique mortifère de gestion des flux.
Le groupe T.à.C  Section écriture.  
toutacoup@gmx.fr

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