Verger Urbain V, écrin ou carcan ?

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Vous êtes nombreux à nous questionner sur la soudaine fermeture du passage du Verger Urbain V le soir. C’est le chemin qui vous mène directement  du centre-ville vers le cinéma. Vous êtes nombreux à ne pas comprendre les objectifs de cette décision (nous, pas vraiment non plus), à trouver étonnant et paradoxal que ce quartier de la prison qui devrait dans les années futures se développer et augmenter sa population soit isolé en fermant un des axes principaux de circulation pour les piétons et vélos (et cela en irrite plus d’un, vous ne pouvez également plus passer à bicyclette, pied à terre obligatoire !). 

Petit historique.

Lorsque nous nous sommes installés à La Manutention au début des années 90, nous avions demandé la possibilité d’user d’un droit de passage par le verger afin de ne pas nous retrouver enfermés dans une nasse. Cette condition fondamentale pour nous, et comprise par le pouvoir PS de l’époque, nous avait été octroyée par Guy Ravier, le maire de l’époque, et le responsable de RMG, gestionnaire à ce moment de cet espace et du Palais des papes.
Nous avons donc très vite ouvert et fermé les grilles, au début ramassé les seringues et les canettes, puis quand les serrures sont devenues défectueuses, mis des chaînes et cadenas et ainsi pendant presqu’un quart de siècle, de tôt matin à tard le soir, cet axe est devenu le passage pour nos spectateurs mais aussi pour ceux de l’AJMI, des Hauts plateaux, du théâtre des Doms et surtout, et avant tout peut-être, l’accès au quartier pour les habitants, les passants, les touristes… et nous voyons ainsi à toute heure des personnes circuler ou flâner par ce passage.

Lorsque, il y a quelques années, le réaménagement a été envisagé nous avions une position ambivalente. Nous étions satisfaits que cet espace soit restauré et que le passage devienne plus agréable. Mais aussi inquiets, inquiets que les concepteurs fassent fi de l’usage actuel du lieu. 
   
Voici ce que nous écrivions en février 2016 : 
« Ainsi donc l’autre jour, il y avait une réunion à la mairie pour présenter le projet de réaménagement du Verger ainsi que du Potager de Benoît XII, le jardin du dessus accolé au Palais.
« Renouer avec la période papale semble être la fibre de ce projet de réhabilitation du Potager de Benoit XII qui permettrait au touriste une visite cohérente du Palais, et de ses deux jardins recréés pour l’occasion : Le jardin du Pape et celui du Palais. 
« Nous sommes en revanche bien plus perplexes sur la réorganisation du Verger. Le projet en ferait effectivement un espace complexe, un bel endroit pour les passants, probablement en harmonie avec les jardins supérieurs. Mais voilà, ce lieu resté en friche pendant des décennies, était, peut-être justement grâce à cela, devenu un lieu de rencontres et de vie locale. Sans parler de Jean Vilar discutant avec le public lors des premiers Festival, il y a eu dans cet espace des concerts, des projections, des repas de voisins, des assemblées générales lycéennes, étudiantes, des enfants qui pique-niquent après avoir vu un film chez nous, des débats, des spectacles pendant le Festival… et nous en passons. Ce lieu, sans enjeu était en fait un lieu ouvert à tous, un lieu partagé. Si le refaire paraît une nécessité, ne pourrions-nous pas repartir de l’histoire contemporaine pour penser un projet ? Après tout il n’y a probablement pas de période historique plus méritante que d’autres et aujourd’hui n’est-il pas l’histoire de demain ? »

Jusqu’à il y a quelques semaines nous étions sereins, nous avons vu la mise en place d’une grille séparant le passage du jardin. Encore mieux, lors d’une réunion de chantier il nous a été proposé de nous donner un nouveau trousseau de clés.
Tout allait bien ! L’esprit du bail n’était pas mort ! Tout le monde avait perçu l’importance de ce passage pour le quartier et la survie de l’activité nocturne des lieux.

Et puis voilà, patatras !  Nos inquiétudes se justifiaient !

Soudainement, sans prévenir qui que ce soit, décision rapide et brutale, début juillet les élus réintégrent le passage dans la gestion des jardins publics. Le jeudi 5 juillet vers 22h00, surprise, les gens de la ville viennent fermer les grilles. 
Elles ont donc été fermées pendant le Festival à 22h00, puis ce sera à 20h00 à partir du 1er août et c’est pas fini, puisqu’au 1er octobre ce sera 18h00 (soit pendant la moitié de notre temps d’activité).

Si on nous voulait du mal, on ne s’y prendrait pas autrement, une forme d’asphyxie lente mais inéluctable.
Ou peut-être une incroyable méconnaissance de notre activité, ce qui après  un quart de siècle de présence dans ce lieu n’est pas beaucup plus réconfortant. 

Enfermé au fin fond d’une cour, ce que nous avions absolument voulu éviter lors de notre installation nous arrive sans crier gare. 
Fermé le soir, là où les séances de cinéma sont les plus importantes, là où les autres structures ont leurs activités, c’est effectivement faire un choix d’aménagement du quartier que nous ne comprenons pas (on est apparemment pas les seuls) et qui va rendre notre existence impossible.

Nous avons eu rendez-vous à la mairie et rien n’a été proposé sauf que le dossier sera communiqué à la première magistrate de la ville.
Nous espérons donc que chose a été faite et que Madame la Maire prendra toutes les décisions nécessaires pour que les usagers puissent de nouveau cheminer par ce passage en journée comme en soirée.

Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant dans notre prochaine gazette de l’évolution de la chose qui est de première importance pour notre survie.

Commentaires

1. Le mardi, juillet 31 2018, 18:28 par Sebastien Giorgis

Bon , comme personne ne m a contacté pour connaitre les faits ( mon téléphone et mon mail sont pourtant accessibles ) , et le sentant particulièrement visé par cette tribune ( auquel seul le procureur à charge s exprime, je me permets de les rappeler ici ;
La question dès l’ouverture du verger Urbain V, cet espace, devenu accueillant et confortable a été investi toute la nuit par des ” usagers ” , extrêmement bruyants qui ont laissé le lendemain matin , le Jardin dans un état lamentable : bouteilles cassées partout , notamment sur les pelouses ( encore jeunes et fragiles ), elles mêmes arrachées partiellement par les chiens, etc.
Les riverains ont passé plusieurs nuits sans dormir et nous ont rapidement alerté de la situation .
Aussi , nous avons pris les mesures nécessaires qui consistent à remettre ce Jardin dans le mode de gestion de tous les autres squares et jardins publics d Avignon : la fermeture nocturne par les gardiens des parcs et jardins publics ( qui passent par ailleurs régulièrement dans la journée).
Comme il est parfaitement visible sur site, des grilles existent depuis la création de l espace de la manufacture aménagé par la ville , aux deux extrémités de ce Jardin public dans le but , dès l origine, de pouvoir être géré comme ces autres jardins publics .
Vous l avez remarqué sans doute , l accès à Utopia par la rue Banasterie ( l accès par l espace public ), ne représente que quelques dizaines de mètres de plus pour les avignonnais qui y arrivent par le sud . Le raccourci par le verger , comme tous les autres raccourcis de ce type ( sainte Claire , Perdiguier , etc.) n étant plus accessible après la fermeture des jardins publics.
Ceci est d ailleurs bien spécifié dans la convention ( de plus de 20 ans ) entre les exploitants de ces batiments publics et la ville.
Je suis à votre disposition pour toutes autres précisions sur cette question délicate qu il convient de ne pas caricaturer .
Bien cordialement

2. Le mercredi, août 8 2018, 17:18 par Dominique PICARD

Bon, on va avancer non masqué également. Moi, c’est Dominique. Je viens à l’Utopia toutes les semaines et c’est vrai que ma première réflexion a été : “qui c’est ces cons qui ferment à cette heure-là ». Car il faut vraiment être con pour ne pas réaliser que ce bout de chemin de quelques dizaines de mètres, n’est justement pas qu’un bout de chemin de quelques dizaines de mètres, mais bel et bien un “lien”, un “axe” extrêmement important dans le déplacement entre le centre historique et le quartier des rives.
Sébastien n’a rien compris. Sébastien a fait comme les politiques, il a sur-réagi, dans l’instant à une situation provisoire qui ne reflète pas une année en Avignon. Et de surcroit Sébastien n’a sans doute jamais été à l’Utopia, mais sur ce point, chacun fait comme il veut.
Alors on va expliquer à Sébastien.
Ben oui, Sébatien, à Avignon, au moment du festival, il y a des “routards” qui s’installent en ville, tu sais ça, tout le monde le sait. Tu sais peut-être aussi Sébastien, que cela ne dure pas, que cet aparté (ce beau festival) est limité dans le temps et que peu après la vie reprend son cours et que les lieux sont réoccupés par des gens comme toi et moi. Nous ne chions pas dans les coins, derrière les arbres, nous ne grattons pas le sol comme des sangliers, nous buvons de la bière, certes, mais nous recyclons nos canettes.
Nous traversons le verger en regardant la nuit la magnifique façade du Palais et ça nous enchante. Il ne faut pas faire payer à la majorité Sébastien, les agissements de quelques-uns. Faire payer beaucoup de gens pour peu de gens, c’est du macronisme, attention de ne pas en mettre partout. L’équilibre est important Sébastien.
Il faut rouvrir ce passage, il n’y a pas d’autre alternative. C’est du lien Sébastien. Plus les passants passeront, plus les comportements changeront. Plus les cinéphiles déambuleront, plus les autres personnes adapteront leur comportement.
Oui Sébastien, ça risque de salir encore, c’est sûr. Oui les services municipaux vont encore nettoyer. Oui, ça va coûter à la collectivité, à nous tous. Et oui, c’est une peine de voir un endroit détérioré dès lors qu’il est ouvert au public.
Mais tu verras Sébastien, les gens prendront leurs marques, peu à peu, les passages seront encore plus fréquents, les mauvais comportements de plus en plus rares et finalement, ce passage prendra bel et bien sa place entre la culture et la culture.
Les grilles et les barreaux Sébastien c’était plus loin, et ça a disparu. Bientôt la prison se transformera en lieu de vie et d’échange, alors s’il te plait Sébastien, ne met pas le verger derrière tes barreaux, pense à nous tous.
Dominique.

3. Le lundi, août 13 2018, 16:54 par Marion Doubeck

Bonjour,
J’entends que ce passage ait été le lieu de tapage nocturne et de dégradations, et je trouve ça complètement déplorable. Je compatis sincèrement avec les riverains qui ont pu être dérangés dans leur sommeil car c’est effectivement très énervant. Pour autant, je ne me sens pas en sécurité dans une ville qui répond à ce genre de comportement peu citoyen en barricadant l’endroit. Faut il interdire toute rue qui serait le théâtre de tapage et de dégradations ? Allez-vous finir par mettre toute la ville sous grille avec un couvre-feu à 18h ? Si tel est le cas, je tremble. Sinon, c’est qu’il doit bien exister d’autres moyens de solutionner le problème, non ? Le dialogue ? Le lien social ? La fréquentation ? Que la mairie aide à la communication pour en faire un passage plus fréquenté comme le propose Dominique ? Y mettre des expos ? En faire un jardin de permaculture avec des panneaux d’information qui donneraient envie à chacun de le protéger ? Ou des dizaines d’autres choses. En faire un lieu qui serait attrayant et respecté en somme. Tirer la ville vers le haut plutôt que vers le bas, vers l’ouverture, la culture, l’éducation et le lien social plutôt que vers une effrayante dystopie. Ce serait vraiment mieux il me semble… et puis si ça marche, nous pourrions étendre l’expérience à d’autres espaces verts… faire en sorte que la population s’approprie sa propre ville… C’est par la confiance, la liberté et la responsabilisation que les gens deviennent citoyens et responsables de leur ville, pas par des mesures sécuritaires qui tendent à changer une ville en dortoir d’individus coupés les uns des autres. Pourquoi ne pas essayer d’autres solutions quelques temps avant de condamner l’Utopia et l’accès à la poésie nocturne du passage ?
Marion Doubeck

4. Le jeudi, août 16 2018, 11:41 par Michel LHERITIER

bonjour, je suis atterré comme beaucoup de gens de cette décision unilatérale. Je ne suis pas avignonnais mais parisien avec une maison à Aramon. Et c’est un plaisir de venir voir des films sans pub et sans maïs en carton, dans ces salles si attachantes et différentes. Je suis aussi atterré par la pauvreté du projet : le VERGER d’Urbain V n’a plus rien d’un verger, ça ressemble à tous les autres “espaces verts” de toutes les villes de France ; des bancs-blocs post-modernes, des pédiluves en guise de jets d’eau, comme on n’en fait plus nulle part. On aurait aimé un jardin médiéval avec des simples et des carrés potagers de monastère. Mais tentons d’être constructifs : ne pourrait-on pas imaginer une solution consistant à fermer les barrières basses d’accès au jardin, et laisser libre l’allée menant à la Manutention, que les personnes d’Utopia fermeraient à la fin de l’exploitation journalière. Une fermeture à 18h00 est une balle dans le pied que se tire la ville d’Avignon : Utopia est un acteur MAJEUR de la vie culturelle de la ville. Priver cet acteur de cet accès, c’est à moyen terme le condamner à mort. Les spectateurs se lasseront du détour peu attrayant à faire. Il y a un sentiment de punition à faire ce contournement, même si ce n’est que de 200 m. Le sentiment est là et vous n’y pourrez rien changer : la motivation à aller au cinéma va en prendre un coup.

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