Le cinéma du peuple

“La plus grande qualité accessible pour tous, sans clivage social et culturel… Ce sera notre combat”. (Jean Vilar)

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Ainsi donc le cinéma indépendant, le cinéma d’auteur serait « élitiste »… c’est en tout cas ce que déclarait, semble-t-il, une sociologue devant un amphi de 300 élèves à Toulouse… Citant Utopia comme un exemple parfait de la « culture dominante »… 

L’année se termine : le cinéma américain domine le box office et explique la progression de 6% des entrées en France. Le cinéma français campe autour de 34% des entrées, avec 7 millions d’entrée pour Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon dieu : en fait de culture dominante, ne faudrait-il pas un peu gratouiller de ce côté-là ?… 

Alors question à Madame la sociologue : qu’est-ce qu’un cinéma populaire, qu’est ce qu’un cinéma élitiste ?… Sarkozy écrivait en 2007 dans une lettre à Matignon : « Veillez à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant à l’attente du public, exigez de chaque structure subventionnée qu’elle rende compte de la popularité de ses interventions * »… La culture « populaire » serait donc ce qui répond à la demande du public, rejoignant ainsi les dires d’une programmatrice de salle d’Art et Essai en 2018 : « Il y a des ingénieurs qui veulent voir de la V.O. et des chômeurs et des ouvriers qui n’en ont rien à faire de la dernière palme d’or et qui veulent juste du divertissement »… Mais où sont les Malraux, Vilar, Ralite… qui réclamaient « la plus grande qualité accessible pour tous sans clivage social et culturel », revendiquant la diffusion d’œuvres « marquées du sceau de la découverte, de l’inattendu, de l’innovation, n’obéissant pas aux facilités du divertissement digestif » ?

Les intellectuels auraient-ils déjà déposé armes et bagages face au marché omniprésent ? 

Il existe un autre cinéma que celui qui fait son gras dans les multiplexes, sans faire l’affront au « petit peuple »,  de le croire plus idiot qu’il n’est et incapable d’aller dans les salles Art et Essai qui présenteraient donc des films trop « intellectuels », trop difficiles à comprendre ?… Que nenni ! Un grand nombre des films présentés par Utopia attestent qu’il existe un cinéma de toutes les cultures fait pour « amuser, instruire, émanciper » ? 

Lu dans un article du journal Le Monde du 24 décembre : Star wars commençait sa carrière en tête du box office sur tous les écrans de cinéma du monde, consacrant une nouvelle fois l’hégémonie de Disney. Et l’article souligne que la petite souris Mickey est devenue un monstre qui a dévoré ceux qui étaient ses concurrents : Pixar, Marvel, Lucas film, Twentieth Century Fox… « Disney inonde la planète de ses super-héros. Ces films, calibrés de façon industrielle, soumis à des séances test, fruits d’un marketing poussé au paroxysme, ont d’autant plus de chance de rencontrer un vaste public » que le groupe n’a qu’à lever le petit doigt pour que toutes les salles du monde leur réserve une place privilégiée. À une allure vertigineuse, La Reine des neiges 2 a franchi le cap du milliard de dollars de recettes. Cinq films l’auront rejoint cette année, tous estampillés Disney.

Dans le ventre de la bête, Martin Scorsese mène la fronde des réalisateurs hollywoodiens et déclare début octobre que les films de super héros « ce n’est pas du cinéma », en expliquant combien cette mainmise sur le cinéma conditionne les goûts et les mentalités et pèse sur l’évolution des propositions du marché. La domination de Disney tend en effet à réduire la part du cinéma d’auteur aux États-Unis plus qu’ailleurs encore. Si bien que des grands noms d’Hollywood, qui ne trouvent plus aucun studio pour accompagner financièrement leurs projets, ne trouvent rien de mieux que de se tourner vers Netflix.  On est cernés !

* On se rappellera la formule de Gœbbels : « J’ai donné des consignes très claires pour que l’on ne produise que des films légers, vides et stupides… »