DERNIER NOËL AVANT LA FIN D’UN MONDE

Le croiriez-vous ? La bonne nouvelle – car il y en a une – est arrivée le 9 novembre dernier du Conseil d’État, qui a annulé le décret de dissolution du mouvement des Soulèvements de la terre. Pris en Conseil des ministres fin juin, le décret suivait de peu la tentative de requalification – ou plutôt de disqualification – par notre ministre de l’Intérieur, des mouvements de lutte environnementales, complaisamment décrits comme « écoterroristes ». Un contresens, puisque le « terrorisme écologique » existe bel et bien dans le code pénal : c’est l’introduction dans l’atmosphère, dans les sols ou dans les eaux d’« une substance de nature à mettre en péril la santé de l’homme ou des animaux ou le milieu naturel ». Tout le contraire, donc, des actions d’une violence somme toute mesurée, menées pour contrer ce terrorisme-là par des militants, des citoyens, d’abord préoccupés par le bien commun et guidés par l’urgence climatique. L’arbrisseau de la bonne nouvelle du Conseil d’État ne masque certes pas la forêt des inquiétudes. Alors que l’énième COP (la 28e !) pour le climat vient de se refermer à Dubaï sur une énième prise de conscience ennuyée, suivie pour la énième fois d’une absence radicale de moyens pour mettre en œuvre un quelconque embryon de solution au dérèglement climatique mondial. Au passage la promesse de la France et de ses clients envisagent de tripler leur parc nucléaire en 20 ans (il n’y avait déjà pas assez d’eau cet été dans nos fleuves et nos rivières pour refroidir le parc actuel)… en attendant le prochain Fukushima ou le prochain Tchernobyl qui mettra tout le monde d’accord. Une flamme un peu vacillante, donc, que cette bonne nouvelle venue du Conseil d’État. Mais qui donne un soupçon d’espoir et rend aux citoyens quelques leviers d’action.

Extrait du communiqué des Soulèvements de la Terre :

Le Conseil d’État vient d’annuler le décret de dissolution des Soulèvements de la terre. C’est un sérieux revers pour le ministère de l’Intérieur. Cette victoire, c’est à vous que nous la devons. Aux 210 comités locaux qui ont fleuri depuis l’annonce de Darmanin, aux 150 000 personnes qui ont affirmé, « nous sommes tous les Soulèvements de la terre  », aux 5 000 personnes qui ont déposé avec nous un recours juridique contre cette décision, au rapport de force sans précédent que nous avons instauré contre cette dissolution depuis 6 mois. Elle vient appuyer ce que le mouvement démontre depuis 3 ans sur le terrain : nos actions de désobéissance directement impactantes sont à même de peser de tout leur poids sur le cours des événements ; nous pouvons nous défendre et l’emporter face à la répression d’État ; nous pourrons mettre à l’arrêt des projets dévastateurs et faire reculer des multinationales écocidaires. En utilisant l’argument de l’absence de proportionnalité entre les actions du mouvement et la violence d’une dissolution, le Conseil d’État confirme, à notre sens, l’idée que face au ravage des acteurs privés, de l’agriculture intensive, de l’accaparement de l’eau, nos modes d’actions puissent et doivent être considérés comme légitimes. Cette décision est porteuse d’espoirs pour la suite du nécessaire combat que nous devons mener face aux destructions en cours. Le Conseil d’État a acté qu’on ne pouvait pas dissoudre un soulèvement. lessoulevementsdelaterre.org

C’est un paradoxe. Chaque jour, les conséquences du dérèglement climatique et les atteintes à l’environnement sont de plus en plus visibles. Et pourtant, les écologistes qui lancent l’alerte depuis plusieurs décennies n’ont jamais autant été la cible d’actes de répression et de violence. (Greenpeace)

Extrait de l’appel de Greenpeace : est-ce un crime de défendre la planète ?

En France, pays démocratique, nous ne devrions pas nous exposer à une peine d’amende ou de prison parce que nous défendons la vie sur Terre. Pourtant, les tentatives de dissuader Greenpeace se multiplient. De plus en plus de lois liberticides mettent en péril nos modes d’action et notre capacité à porter nos messages. C’est le cas de la loi « séparatisme », qui pourrait entraîner la dissolution de l’association ou la perte de notre agrément pour la protection de l’environnement, car nous prenons part à des actions de désobéissance civile. Nous observons également une hausse des procès intentés aux militants et militantes écologistes et à Greenpeace. Nous sommes profondément inquiets face aux menaces répétées qui pèsent sur notre liberté d’expression. Greenpeace assure chaque jour son rôle de contre-pouvoir pour défendre l’intérêt général contre les intérêts privés et économiques de certaines industries. Attaque en justice de TotalEnergies en France (avril 2023), du fournisseur d’énergie ENI en Italie (juillet 2023) ou de Shell en Angleterre (novembre 2023)… Faudrait-il se satisfaire d’une société où des multinationales assignent en justice une organisation d’intérêt général, menaçant ainsi sa pérennité et sa capacité à lancer l’alerte ? Si ces procédures visent à nous intimider, cela ne fonctionne pas. Nous ne nous tairons pas. Si l’on tente de nous museler, c’est bien la preuve que nous visons juste, la preuve que nos actions dérangent ces multinationales dans leur quête de profit, au détriment de la planète et de la nature. Face à ces menaces de plus en plus intenses, nous avons plus que jamais besoin de votre aide pour défendre la planète.

www.greenpeace.fr /repression-contre-les- militantsecologistes-la-preuve-par-4/