Éditos

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vendredi, janvier 9 2015

Bal tragique à Charlie Hebdo…

Charb-la_nuit_tombe-NB-1989.pngC’est comme être embarqués dans un train devenu fou : impossible de ralentir, de freiner, de descendre… il y a un bon moment qu’on le voit prendre de la vitesse, on a beau avec d’autres agiter nos petits bras, brandir les appels à la raison : la bête prend de la vitesse, nous embarquant avec elle malgré nous dans une course sans bon sens. On l’a senti venir… Rien de tel que le cinéma pour vous donner à entrevoir ce qui se trame en sourdine, ces vilaines herbes qui germent sur le terreau des détresses sociales, des rancœurs accumulées, des espoirs toujours déçus, des paranoïas entretenues.

7 janvier, on est sous le choc : Charb, on l’a connu en culottes courtes quand son ex-prof d’histoire de collège nous l’a amené à Utopia Saint-Ouen l’Aumône pour qu’il essaie de trouver sa place en passant par un de ces multiples stages mis en place par les gouvernements successifs pour faire disparaître des listes du chômage les jeunots arrivants sur le marché de l’emploi. Lui qui ne savait rien faire d’autre à l’époque que dessiner à tout propos nous regardait nous agiter, chopait au vol le détail qui fait rire, le croquait illico avec une invention, une drôlerie incroyables, se moquait gentiment. Qui aurait dit quand on le voyait dévorer ses demi-sandwichs au saucisson chez Pépère – c’était comme ça qu’on appelait le Café du Centre, juste à côté du ciné, où on avait nos habitudes – qu’un jour des allumés furieux lui troueraient le paletot ? Sacré Charbounet, qu’est ce que tu nous faisais rire ! Qu’est ce qu’on t’aimait !

Cabu, Wolinski, Oncle Bernard, Tignous, Honoré et tous les autres… des lustres qu’on fréquentait leurs dessins, qu’on dévorait leurs écrits, qu’on les invitait à Utopia. Ca nous filait la pêche : rien de tel que la distance, l’impertinence, l’irrévérence de leur humour pour remettre les choses à leur place, relativiser, dénoncer la véritable vulgarité des choses… Y avait pas plus tolérant, pas plus ouvert, pas moins raciste que tout ce monde-là. Pas facile à tenir la position de l’humoriste dans un monde écorché vif qui ne tolère plus l’humour parce la tension est devenue trop forte tandis que certains se replient sur des positions qui se radicalisent. Alors, fini de rigoler ?

Et en plus il faut se farcir le spectacle de les voir tous prendre position, les médiatisés, les politiciens de tout poil prêts à récupérer la chose pour leur paroisse, à jeter de l’huile sur le feu en feignant de vouloir l’éteindre… les mêmes qui les clouaient au pilori, se prêtaient au jeu d’amalgames douteux et des petits coups bas, pour mieux neutraliser les engagements profonds de Charlie, versent aujourd’hui des larmes de crocodile en gesticulant devant les médias… mais ce qui est sûr c’est que beaucoup les aimaient très sincèrement, tout bêtement parce qu’ils étaient énormément aimables, ni bête ni méchants. On a un gros chagrin.

jeudi, octobre 30 2014

« Le renard libre dans le poulailler libre »

Ça faisait presque deux ans que les travaux battaient leur plein et le bâtiment très instable avait failli plusieurs fois se casser la figure tant cette malheureuse église Saint-Siméon en avait vu de vertes et de pas mûres depuis la Révolution. Mais en ce mois de septembre 1999, en plein été indien comme cette année, les derniers coups de pinceau avaient enfin permis à ce sacré cinoche de faire son entrée dans la cité. Les bonnes fées du cinéma et une foule joyeuse s’étaient déplacées pour prodiguer à ce joli bébé mille voeux de prospérité et de longue vie. Il faut croire que cet enthousiasme et les coups de baguette magique produirent leurs effets puisque, quinze ans après et sur le point de fêter cet anniversaire au champagne, on pouvait compter en nombre de billets vendus près de 4,8 millions de spectateurs, soit environ 320 000 spectateurs par an pour une capacité de 555 fauteuils et avec une programmation consacrée à 90% à la diffusion du cinéma de la diversité et de l’exception culturelle…

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lundi, octobre 20 2014

Vaseux communicants…

Sans doute est-on trop injuste avec ceux qui œuvrent dans la communication aux côtés de nos gouvernants. En témoigne le revirement de Manuel Valls sur son refus de revaloriser les petites retraites eu égard à « la faiblesse de l’inflation ».
Le bougre de ministre n’avait pas compris tout seul, que c’était le prétexte le plus bête qui se puisse imaginer. Que son service de communication, chargé de réparer les dégâts soit glorifié, le pécule de nos anciens, bénéficiera, malgré « la faiblesse de l’inflation », d’un coup de pouce salvateur de 5 euros par mois.

mercredi, octobre 15 2014

Désobéissance civile…

Pour avoir eu le courage d’appeler à manifester le 19 Juillet en solidarité avec la population palestinienne, en dépit de l’interdiction de manifester du gouvernement, le militant du NPA Alain Pojolat est convoqué au tribunal le 22 Octobre 2014. « Il a eu le courage d’affirmer qu’on a le devoir de braver une interdiction antidémocratique, alors que tous les jours des enfants innocents sont déchiquetés par les bombes d’une des plus grandes puissances militaires de la planète »… Vous pouvez signer la pétition de soutien : Nous exigeons la relaxe d’Alain Pojolat !
43 officiers et soldats de réserve de la plus prestigieuse unité de renseignement militaire israélienne ont décidé de ne plus servir en refusant de participer aux « abus » commis contre les Palestiniens dans une lettre publiée dans la presse israélienne (voir Le Monde du 12 Septembre 2014)

vendredi, octobre 10 2014

Le foot d’en bas

C’est un petit village perdu en Ariège, à deux encablures d’Ax-les-Thermes. Luzenac, 600 habitants, une petite commune comme il en existe, paraît-il, 37 000 dans l’hexagone. Rien d’original donc à première vue, sauf que celle-ci cumule sans complexes trois étrangetés qui nous obligent, ce jour de l’an de grâce 2014, à nous pencher sur son cas.
La première, que l’on peut encore trouver dans quelques milliers de communes rurales du pays, ne justifierait sans doute pas que l’on cause du patelin. Il s’agit d’une boucherie-charcuterie dans laquelle on peut encore se fournir en produits aimables du terroir pour échapper à la malédiction du développement exponentiel des supérettes Carrefour bien fournies en produits mondialisés qui poussent désormais dans nos villes comme dans nos campagnes comme autant d’amanites phalloïdes.
La seconde est la présence sur son territoire d’une carrière de talc, un truc rarissime dans nos contrées qui permet de poudrer les fesses roses de bébé, pour calmer les irritations cutanées.
Mais c’est surtout la troisième qui focalise aujourd’hui la curiosité. Bon, je sais, je sais… quand je vais vous dire de quoi il s’agit, vous allez, en bon spectateur-trice d’Utopia, vous rétracter comme une huitre sous l’effet d’un filet de citron. Je vais en effet, Dieu me pardonne, vous parler de football. Je sais, certes, que le foot ce n’est pas votre tasse de thé et encore moins depuis qu’il se caricature lui-même au sommet en pompe à fric. Mais ce qui arrive à ce petit village et à son club de foot est si révélateur du mépris dans lequel on tient les pauvres et de la guerre impitoyable qui leur est faite aujourd’hui qu’il importe de vous raconter cette histoire.

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mercredi, août 20 2014

« La douleur des Israéliens et des Palestiniens ne peut pas être distinguée, et l’une ne cessera pas tant que l’autre durera »…

… dit dans un interview Nadav Lapid, réalisateur du formidable film L’Institutrice, qui fait la première page de notre gazette. Il est signataire de l’appel de cinéastes israéliens qui ont osé prendre la parole en plein Festival du Film de Jérusalem. Une intervention bien peu relayée dans les médias français et qui a provoqué beaucoup de remous en Israël où il faut un sacré courage pour exprimer, même modérément, un avis contraire à une opinion publique rassemblée derrière une droite et une extrême-droite largement majoritaires. « L’appel est une goutte dans un océan, poursuit Nadav Lapid, mais c’est l’acte le plus patriotique que nous puissions faire : dire ce que nous pensons réellement pour éventuellement changer les choses. Mais soyons réalistes : la gauche israélienne est une illusion. Le discours pour la paix est marginalisé ». Les signataires (dont Ronit et Shlomi Elkabetz, auteurs du récent Le Procès de Viviane Amsalem) exhortent le gouvernement israélien à un cessez-le feu : « La tuerie et l’horreur que nous infligeons ne font que repousser plus loin toute solution diplomatique ».
On notera au passage qu’une partie de ces cinéastes signataires avait manifesté son soutien à Utopia alors que tout le monde nous tombait dessus pour avoir déprogrammé un film israélien anodin en réaction à l’attaque par Tsahal de la « Flottille de la Paix » qui voguait en mai 2010 vers Gaza pour protester contre le blocus israélien. A voir l’agressivité des réactions à l’époque, on mesure le courage qu’il faut à ces cinéastes pour oser dire ce qu’ils pensent, tout comme aux objecteurs de conscience pour refuser de servir dans les territoires, aux artistes (voir le texte du chef d’orchestre Daniel Baremboïm), aux manifestants… pour contester en Israël même l’action du gouvernement d’une droite dure qui, curieusement, trouve une indulgence bien complaisante auprès du gouvernement français, dont l’action la plus courageuse jusqu’à ce jour est de poursuivre le représentant du NPA, Alain Pojolat, pour avoir déposé à la préfecture, au nom de plusieurs associations, une demande de manifestation de protestation contre le massacre des gazaouis (procès le 22 octobre).

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mardi, juin 17 2014

Les puissants redessinent le monde

Les élections européennes de mai 2014 ont témoigné du rejet grandissant qu’inspirent les politiques mises en œuvre sur le Vieux Continent.
La réponse de Bruxelles à ce désavœu populaire ? Hâter la conclusion d’un accord négocié en secret avec Washington, le Grand Marché Transatlantique (GMT). La réplique serait paradoxale si privatisations et libre-échange ne constituaient les deux credo habituels de l’Union européenne. Déjà, en 2008, la crise financière avait favorisé une offensive libérale ciblant les dépenses publiques et les programmes sociaux.

Six ans plus tard, Washington comme Bruxelles aimeraient donc appliquer la même logique. La croissance stagne, le chômage progresse et les inégalités s’envolent : les gouvernants occidentaux en déduisent que l’heure est venue de consacrer la supériorité du droit des multinationales (à dégager davantage de profits) sur le devoir des États (à protéger leurs populations).

Mais rien n’est encore joué. Car en Europe comme en Amérique du Nord, la mobilisation contre le GMT gagne du terrain. Au point d’embarrasser les avocats du traité qui croyaient avoir partie gagnée…

Lire le dossier de 7 pages consacrés au sujet dans LE MONDE DIPLOMATIQUE de juin…

vendredi, avril 4 2014

Fukushima, Brennilis, Bure, Tchernobyl...

Fukushima, mon amour…

Ben on ne peut pas dire que ça s’arrange ! Même que Akira Ono, le directeur de la centrale de Fukushima, avoue ne plus savoir par quel bout prendre les choses : 435 000 m3 d’eau contaminée sont actuellement stockés dans plus d’un millier de gigantesques réservoirs montés à la hâte dans le complexe atomique et on a beau en installer 30 à 40 nouveaux chaque mois, il est de plus en plus difficile de suivre le rythme du flux continu de liquide souillé provenant des sous-sols du site et des arrosages permanents des réacteurs ravagés… Aux dernières nouvelles, depuis le 18 mars, le système de décontamination de l’eau est arrêté pour cause de perte d’efficacité, personne ne sait à ce jour dire pourquoi. Ce système ALPS, qui est supposé faire baisser la radioactivité avant de rejeter l’eau en grande partie « dépolluée » dans l’Océan Pacifique… a des ratés : la communauté internationale s’inquiète et TEPCO patauge…


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samedi, février 22 2014

Lettre ouverte au Président présent et à venir de la CUB…

Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être si vous avez le temps…

Le moment, j’en conviens, est probablement mal choisi tant vous devez battre les estrades en ces périodes électorales. J’aurais pu, certes, vous écrire plus tôt, puisque cette lettre fait suite tardive à un article paru dans Sud Ouest le 25 septembre dernier. Ce précieux canard y détaillait par le détail l’installation prochaine au bassin à flots d’un nouveau multiplexe cinématographique de 12 salles dont il ne semblait pas faire de doute qu’il serait piloté par le groupe UGC, à l’ouvrage, déjà, dans 18 salles au centre de Bordeaux.
Sachez, Monsieur le Président, qu’il me fallut d’autant plus de temps pour digérer cette funeste annonce que droite et gauche, comme souvent, semblaient porter cette affaire avec un égal bonheur. Ce projet, qui « frémissait » depuis un an, selon la formule retenue par notre quotidien, avait paraît-il fait l’objet d’un appel à projet dont l’écho, perdus que nous sommes dans nos dévotions à Saint-Siméon, n’était guère parvenu jusqu’à nous. Cet article nous permit donc de découvrir, je cite Sud-Ouest « qu’après consultation d’un Comité technique réunissant les représentants du port, de la ville, de la CUB et d’une agence d’architecture, la décision avait été prise de retenir la proposition d’un “groupement” dont fait partie la SAMIFA, une filiale du groupe FAYAT. »

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samedi, janvier 18 2014

18 salles ça va, 30 bonjour les dégâts

Autant l’avouer, nous avons un peu serré les fesses cet été. En effet, en cette fin du mois d’août, 2013 s’annonçait en terme de fréquentation, comme l’année la plus faible depuis notre ouverture en 1999. La presse professionnelle, jouant les mauvais augures, faisait état d’un effondrement inquiétant des entrées (jusqu’à 30 ou 40 % dans certaines salles). Pas assez de blockbusters, été beaucoup trop sec. Le premier constat nous faisait rigoler, le second beaucoup moins. On ne le dira jamais assez, la pluie est l’amie des salles obscures et rien ne défrise plus l’exploitant penché sur ses comptes qu’un lever de soleil radieux… Et malgré ça, aux douze coups de minuit 2013, on a compté, incrédules, sur tous nos doigts et dans un contexte de baisse générale du cinéma, qui se situe en France autour de 8% et à Bordeaux de 10%, nous terminons l’année à 305 000 spectateurs, soit une petite baisse de 2% qui doit encore être relativisée compte tenu de la fermeture du ciné pendant dix jours cet été pour cause de travaux sur la climatisation.

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