Cette politique nous inquiète, car elle s’inscrit dans une dérive de plus en plus délirante des collectivités locales, qui vont jusqu’à intervenir dans le développement de petits multiplexes généralistes ou de salles municipales qui n’ont, pour beaucoup, ni ligne éditoriale claire, ni soucis de gestion, leur financement se faisant sur un argent public pourtant de plus en plus compté. Ajoutons à cela une généralisation de « festivals paillettes » dont beaucoup, très dispendieux, ne visent qu’à produire un effet d’image, grands consommateurs d’avant-premières, au détriment de l’intérêt même de la carrière future des films et des salles concernées par leur programmation.
Cette politique nous inquiète, car les recours engagés contre le projet de Montreuil risquent de menacer le principe même des aides sélectives du CNC, celles-là même qui permirent parfois à des salles indépendantes de qualité d’exister, sans qu’il soit fait allégeance aux élus locaux et sans qu’il soit fait appel au contribuable.
Regroupées dans l’association ISF (Indépendants, Solidaires et Fédérés) nos salles tiennent à rappeler que les graves tensions perceptibles aujourd’hui dans l’exploitation trouvent sans doute leur origine dans les retours sur investissement nécessaires à l’amortissement de multiplexes qu’elles furent bien souvent seules à combattre. Tout comme elles furent aussi parmi les seules à combattre la mise en place de la carte UGC Illimitée.
Nos salles tiennent en outre à affirmer qu’il n’y a pas d’un côté des salles municipales et des salles indépendantes parées de toutes les vertus et de l’autre des grands circuits de diffusion nourris de tous les vices.
La situation qui prévaut aujourd’hui dans notre pré carré d’exploitants de cinéma est à l’image du monde dans lequel nous vivons : confus, compliqué et chaotique. Il est des salles municipales qui effectuent dans des endroits géographiquement ou sociologiquement difficiles un travail remarquable avec un soutien trop chichement compté. Il est des salles municipales qui bénéficient de véritables rentes de situation.
Il est des cinémas comme les nôtres, indépendants des circuits et des pouvoirs publics, qui, non contents d’en découdre avec les uns et les autres, se voient très souvent mis en danger par des créations dans leur proche zone d’influence de salles municipales subventionnées.
Il est des groupes, que nous avons souvent violemment combattus, qui contribuent parfois, pour notre malheur d’artisans, à jouer un rôle positif dans la diffusion d’un cinéma diversifié : se plaindra-t-on que Promesses, film israélo-palestinien, Il a suffi que maman s’en aille, oeuvre d’un auteur français trop discret, et bien d’autres aient trouvé parmi les multiplexes un soutien qu’ils ne trouvaient pas auprès des salles indépendantes?
La situation est complexe, contradictoire, souvent douloureuse pour les uns comme pour les autres. ISF appelle donc les pouvoirs publics à un Grenelle de l’exploitation qui fixerait enfin les droits et devoirs respectifs, chacun jouant cartes sur table et chiffres au clair.