Cela aurait pu être un énième portrait tendre et touchant d’un vieux résistant qui n’a rien perdu de ses convictions… Mais (mal)heureusement Sarkozy s’en est mêlé en récupérant les grands symboles de la Résistance pour sa communication, imposant dans les écoles la lecture de la lettre du jeune communiste Guy Moquet, qui doit toujours s’en retourner dans sa tombe, faisant du Plateau savoyard des Glières, haut lieu de la Résistance, sa Roche de Solutré. Et là, la moutarde est quelque peu montée au nez de Walter et de quelques uns de ses glorieux camarades : Stéphane Hessel, ancien ambassadeur de De Gaulle, co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, Raymond Aubrac qu’on ne présente plus, ou le romancier anglais savoyard d’adoption John Berger. Colère et indignation, cette même indignation qui poussa Walter à risquer sa vie en combattant le nazisme alors qu’il avait à peine 17 ans. Et tous se sont dit qu’il était urgent de répondre dignement à Sarkozy et à ses alliés locaux (entre autres l’inénarrable Bernard Accoyer, shérif alpin mais aussi président de l’Assemblée Nationale) en organisant entre autres un rassemblement citoyen sur le Plateau des Glières, où près de 4000 personnes réaffirmèrent leur attachement au Programme du Conseil National de la Résistance.
Ce programme, cosigné par toutes les composantes de la Résistance, des gaullistes au communistes, préconisait entre autres la nationalisation de tous les secteurs vitaux de la nation (énergie, transports, poste etc…), instaurait la sécurité sociale et la retraite par répartition et exigeait que les grands médias échappent au contrôle des puissances de l’argent. Un programme que sabotent consciencieusement Sarkozy et son gouvernement tout en se prévalant de son aura, profitant de l’inculture historique des journalistes et de la classe politique, un programme qui pourrait servir de base à un vrai rassemblement des gauches antilibérales.

Walter, retour en résistance est donc le portrait bouleversant d’un homme droit, réservé et digne comme on en voit si peu, un film qui regorge aussi de moments drôles (on vous laisse découvrir la séquence où Sarkozy se couvre de ridicule en pleine cérémonie d’hommage aux morts de la Résistance, ou encore celle où Accoyer dévoile sa face de roquet hargneux contre le réalisateur) et de moments infiniment touchants comme celui où Stéphane Hessel rencontre une fillette kosovar (vous savez, de celles que le félon Eric Besson aime bien faire mettre en centre de rétention). En cela Walter, retour en résistance sonne non seulement comme un remarquable travail de mémoire mais aussi, c’est Raymond Aubrac qui le rappelle justement, comme « un élan d’optimisme » pour des jeunes générations dont les envies de résistance ne demandent qu’à être réveillées.
Déjà en 2004, une dizaine d’anciens résistants (dont Aubrac et Hessel) avaient lancé un appel aux jeunes générations « pour résister et créer » et ce dans la totale indifférence des médias et du grand public. Nous espérons, et nous ferons tout ce qu’il faut pour, que ce film contribuera à sonner le réveil citoyen.