UNE UTOPIE POURRIE… (la suite)
Par St Siméon le mardi, octobre 19 2010, 09:58 - La vie de votre cinéma - Lien permanent
Résumé des chapitres précédents : le 14 septembre, tous les cinémas Utopia assignaient, devant la 17e chambre du TGI de Paris, Le Figaro et Yann Moix pour « injures »… Pour ceux qui n’ont pas suivi
Les épisodes précédents : Utopia sur les bancs d’infamie
Merci à vous tous ! Grandement merci pour vos messages de soutien et en particulier à ceux qui se sont engagés auprès de nous par de formidables témoignages qui nous ont été bien utiles auprès du Tribunal… Merci à ceux de nos élus qui ont réagi, merci en particulier à Marie José Roig, Maire d’Avignon qui nous a écrit une lettre superbe. Merci à l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) qui était à nos côtés durant le procès avec Michel Warchawski…
Ne croyez pas que ce soit facile de se retrouver en face de personnages arrogants, ostensiblement insultants et de mauvaise foi. Nous plongeons ici dans la stratégie sournoise, la manipulation grossière… Notre petit séjour à Paris pour ce procès aura été riche d’enseignements et nous a permis de réaliser à quel point la pression est forte et systématique pour imposer le silence.
Depuis quelques années en effet, on observe des attaques systématiques dès que associations, cinémas, personnes en vue, communes, simples citoyens… relaient un autre point de vue que celui défendu par les représentants officiels de l’état Israël. On cite en vrac : pressions pour la déprogrammation de films, d’expositions, du spectacle du Théâtre de la Liberté de Jenine (cf : Vaulx en Velin, Cenon, Montreuil…) ; pressions sur le cinéma Diagonal de Montpellier pour avoir relayé des informations du CCIPPP… etc. Vous avez suivi les affaires Mermet, Edgar Morin, Siné, Eyal Sivan, Charles Enderlin… sans compter les pressions sur les journaux (la Gazette du Gers, Libération pour avoir passé une page payante rassemblant des textes de soutien de citoyens Israéliens à Utopia lors de la « déprogrammation » de juin, etc.). Quant aux Utopia… vous connaissez l’histoire.
Un petit comité de gens bien organisés et bien médiatisés tente de faire taire tout ce monde-là, et tel Van Helsing brandissant son crucifix à la face du vampire, lance des bordées d’insultes visant pêle-mêle : défenseurs des droits de l’homme et altermondialistes, militants de gauche et Juifs pour la Paix, tous accusés d’antisémitisme, d’islamo-gauchisme ou de nazislamisme, dès que pointe une critique sur la politique de colonisation d’Israël pris en tant qu’État.
La dernière trouvaille de la petite bande et pas la moindre, ce sont les poursuites judiciaires engagées par le terrifiant Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme contre Stéphane Hessel, cet admirable monsieur de 93 ans, grand résistant, déporté, co-rédacteur en 1948 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui n’a cessé toute sa vie de se battre pour la paix, contre le racisme et l’antisémitisme et s’apprête à se rendre dans les prochains jours à Buchenwald, où il échappa de peu à la pendaison en 1944, puis à Gaza (voir appel page suivante)…
Bien sûr l’antisémitisme existe, on le rencontre tous les jours, comme d’ailleurs toutes les autres formes de racisme, et celui contre les maghrébins est largement entretenu, parfois même au plus haut niveau… Mais curieusement nos « ambassadeurs d’Israël », c’est ainsi qu’ils se définissent, semblent ne pas voir l’antisémitisme là où il se cache vraiment et en agissant ainsi, ils l’entretiennent et l’attisent… Sont-ils naïfs ou mal intentionnés ? Leurs croisades sont elles aussi vertueuses qu’ils le prétendent ?
Le pire de ces attaques concerne les Juifs eux-mêmes, mis au pilori dès qu’ils militent pour le dialogue entre communautés, les échanges, la connaissance de « l’autre » par l’histoire et par la culture. Etre traité d’antisémite quand on est juif, accusé d’avoir la haine de soi, de vouloir détruire Israël… On imagine que c’est dur à vivre, et non sans conséquences quand, par exemple, on est réalisateur, écrivain, journaliste, historien… surtout quand les invectives sont relayées de la façon la plus sordide sur internet, prolongées de menaces anonymes.
Pour en revenir à notre procès contre Moix et Le Figaro, nos adversaires ont plaidé « l’irrecevabilité », un truc aussi bancal que les vices de forme qui permettrait, si le tribunal suit la démonstration, d’escamoter notre plainte, au prétexte que dans l’article du Figaro, personne à Utopia n’était désigné nominativement, les textes de la gazette n’étant pas signés… Pas d’injure donc proférée à l’endroit des gens de la « nébuleuse » (sic) Utopia, puisqu’ils n’existent pas. Ce sont de purs esprits qui, après avoir diffusé des millions de gazettes dans les villes où Utopia sévit, errent sans que l’on sache où les trouver exactement…
La procureure, une minette aux ongles rouge ripolin, en rajouta encore une couche à notre endroit, à croire qu’elle était la troisième avocate de nos adversaires, en rappelant que de toute façon, la presse avait le droit de tout écrire au nom de la liberté d’expression, surtout dans les pages saumon marquées « débat » du Figaro. Notre avocat, Thierry Levy, a été sublime et sa plaidoirie a duré plus d’une heure. Les juges eux-mêmes semblaient goûter en connaisseurs son grand talent et la qualité de ses arguments… et ont posé des questions qui pouvaient laisser supposer qu’ils faisaient leur boulot « en leur âme et conscience ».
Le jugement, mis en délibéré, sera rendu le 19 octobre. On est curieux du résultat vu que les petits Utopia de province ne devraient pas peser très lourd à Paris contre le très puissant Figaro – dont on se rappellera qu’il est la propriété de l’avionneur Dassault, et que la Socpress, présidée par le même, est le premier groupe français de presse – bien servi par le tandem Moix-Klugman. On rappellera à propos de ce dernier qu’il est non seulement l’avocat de Moix en l’affaire mais aussi un collaborateur régulier de La Règle du Jeu, la revue de BHL, qu’il siège au comité directeur du CRIF, et fait partie de l’entourage du Maire de Paris Bertrand Delanoe.
Dernière nouvelle : nous apprenons à l’instant que la sénatrice Alima Boumedienne (Vert) et Omar Slaouti (NPA) ont été relaxés par le tribunal de Pontoise à l’audience du 14 octobre. La plainte du BNVCA (Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme) a été jugée irrecevable pour vice de procédure. Une relaxe « qui ne permettra pas d’aborder le fond des choses » regrette le conseil du BNVCA qui a dix jours pour faire appel de la décision.
Commentaires
ca pue l’hypocrisie cet article