De l'air ! Enfin ! Merci Eva…

Full metal jacket« Le jour du quatorze juillet, je reste dans mon lit douillet. La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas. Je ne fais pourtant de tort à personne, en n’écoutant pas le clairon qui sonne. Mais les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. »


(Georges Brassens, La Mauvaise réputation, 1953, un an avant la naissance du sous-caporal Fillon François, garde-chiourme en chef des valeurs françaises éternelles)


La canicule politique s’est abattue comme tous les étés sur nos journaux télévisés et nos radios : pénurie d’intelligence, sécheresse de l’imagination, niveau zéro de la démagogie… Du tour de France à Roland Garros en passant par les matchs de foot (merci quand même les filles d’élever le niveau !), c’est une inondation continue et décervelante qui déferle : un quart d’heure d’infos majoritairement sportives entre deux quarts d’heure de pub… Côté homo politicus, ça vaut pas tripette : on a droit à un assaut de beaufitudes de la part des ténors mâles ou femelles qui s’échauffent pour la course à l’Élysée en cherchant à se caler au plus près de « ce que veulent les Français », expression insupportable qui définit bien le mépris dans lequel nous tiennent ceux qui briguent les suffrages de ces « tarés d’électeurs » qui, semblent- ils penser, seraient bien incapables d’apprécier quelque chose comme un programme qui se hisserait au-delà du prix de la baguette de pain et aurait l’air d’un vrai projet de société intelligent, ambitieux, stimulant… si tant est que la chose soit encore possible tellement ils paraissent incapables de nous extirper du marigot néo-libéral dans lequel ils nous ont plongé. Il ne manquait plus dès lors à notre bonheur que les images de ce 14 juillet pour nous enfoncer encore plus dans une déprime accablante avec flons-flons pseudo patriotiques et brochettes de valeureux soldats fiers de leur gueule peinte en tenue camouflée supposée les confondre avec les buissons afghans dans un remake, avant l’heure, de La Nuit des morts vivants. Cerise sur le gâteau, l’inévitable parade de la patrouille de France mettait justement un point d’orgue, façon salon du Bourget, à la présentation des armes made in France (douce France, qui se classe 4e au box office des marchands d’armes de la planète, avec ses rétro-commissions à gogo, ses combines pré-électorales foireuses), tandis qu’à quelques milliers de kilomètres de là, quelques milliers de mal armés un peu dingues sont en train de gagner une guerre face aux représentants d’une coalition bardée du meilleur et du plus coûteux de la technologie militaire…

Alors dans cette pesanteur poisseuse qui vous transpire de tous les pores, voilà-t-y pas qu’un p’tit air frais vient nous rafraîchir comme ondée de printemps, redonnant de la hauteur au débat, stimulant nos méninges assoiffées, renouant avec notre bonne vieille tradition bien française en rappelant à point que, pour commémorer la prise de la Bastille par des « sans culotte » et des contestataires énervés, il était somme toute un peu fort de café que l’on fasse défiler depuis 130 ans ceux qui symbolisent les défenseurs de la Bastille du gouverneur Delaunay plutôt que les descendants des agités du bonnet phrygien et du peuple souverain. Alors, s’il y en a une, tous comptes faits, qui a bien assimilé la culture française, c’est bien cette blonde aux lunettes rouges qui descend des Vikings, comme d’ailleurs beaucoup de Bretons issus de croisements avec ces hardis conquérants, dont sans doute la blondinette Le Pen (son père est né à la Trinité-sur- Mer), la première à hurler à l’anti-France, à l’unisson des démagogues de tous bords, y compris socialistes (misère !)… Alors oui ! Continue, Eva, à faire rager pour notre plus grand bonheur ces « bons Français » qui n’ont de cesse depuis des années de foutre en l’air ce qui constitue réellement le socle de nos valeurs : la liberté, l’égalité et la fraternité.

Tiens, pour finir je cite un bout du texte de Médiapart (journal en ligne pas cher qui vous désaltère chaque jour les neurones sans que vous ayez à vous farcir le triste spectacles des titres de une des quotidiens) : « Eva Joly a d’abord raison sur le fond, proposant autour de ce symbole de la fête nationale un nouvel imaginaire de la France, une France rassemblée et pacifiée, en paix avec le monde et avec elle- même. En ce sens, elle exprime ce que pourrait être notre France, une France relevée de sa déchéance Sarkozyste et élevée à la hauteur de sa promesse républicaine : une France qui assume son origine étrangère, une France qui reconnaît son histoire populaire… »

La France de Hugo, Brassens, Prévert, Boris Vian… et quelques autres poètes qui ont fondé notre culture et qu’elle semble bien connaître alors que tous les autres démagos de bazar qui braillent dans le poste les ont oubliés et trahis.