Un dernier pour la route

TNTpar Gilbert Tiberghien

Le TNT ferme. C’est la fin d’une aventure, et nombreux sont ceux qui ont témoigné de leur tristesse. Pourtant l’expérience aura duré 15 ans, et de cela, il faut se réjouir. Ce théâtre aura été un lieu de résistance à une certaine normalisation de la culture. Il aura permis à un public une ouverture (souvent avec participation active) à des pratiques atypiques, et aux artistes et techniciens des façons de travailler qu’ils ne rencontraient pas ailleurs. Positivement, le TNT aura été un lieu de vie, un lieu de réflexion permanente, d’échanges et de joie partagée. Notre initiative, en le créant, ne répondait à aucun plan de carrière pour les 5 créateurs (Françoise Bleuse, Éric Chevance, Alain Raimond, Jean-Luc Terrade et moi-même), simplement à une initiative qui nous apparaissait plus que nécessaire pour une expression artistique sous-représentée.

Avoir maintenu pendant 15 ans ce qu’on peut nommer un contre-pouvoir dans une société qui se barbarise de plus en plus est une victoire qu’il ne faut pas négliger. C’est donc ça en priorité, il me semble, qu’il faut retenir. En tant que Cie, nous avons aspiré à un travail théâtral en symbiose avec une pratique artistique multiforme. Nous avons partagé des expériences avec de très nombreux artistes. Un cycle s’achève donc et, comme ultime geste au TNT, nous qui avons cherché avec ce lieu à élaborer une parole artistique contemporaine, nous allons faire redécouvrir Le Discours de la servitude volontaire de la Boétie.
Ce texte, autrement appelé Le Contr’un, résume bien notre volonté au TNT d’entretenir des rapports de travail et d’amitié nécessaires à la création.
Sur un autre plan, ce brûlot est fondamentalement l’enjeu des révoltes arabes de 2011, donc en prise directe avec la « Modernité ».
Enfin, il est une manière de penser sans équivalent qu’il est bon d’entendre au milieu des divertissements de toutes sortes. Un civisme – pourtant valeur fondatrice du théâtre – trop souvent oublié de nos scènes.

Nous présentons ce travail du 4 au 14 Avril 2012. Cette quinzaine sera l’occasion d’autres manifestions pour fêter, par le partage, notre départ pour une nouvelle aventure. 4 cartes blanches ont été demandées à 4 artistes (Maya Borker, Natacha Haegel, Tom Linton et Christian Loustau) : trouver le texte qui, pour chacun, résonne avec celui de La Boétie.
L’atelier de la Cie interprétera la pièce de Frédéric Lordon D’un retournement l’autre, sur la crise monétaire actuelle. Le Lycée de Parentis en Born, avec qui nous avons tant travaillé, interprétera des pièces d’Agrippa d’Aubigné. Enfin, Musique au bar tous les soirs avec Votre Chazam, L’affaire Barthab et Lil’Mô.

Nous aurons, avec le TNT, pu présenter une alternative aux pratiques consensuelles. Cette volonté ne meurt pas avec notre départ. Nous allons continuer ailleurs, dans un autre lieu – une coopérative – pour que la recherche, la création, le partage restent au centre des préoccupations de la cité. Nous vous invitons donc à venir nombreux en Avril au TNT pour prendre, ensemble, Un dernier pour la route.