Depuis quelques temps, Luc Moullet s’attache à ausculter sa région natale et d’élection : les Alpes du Sud. Après y avoir orchestré sa propre mort accidentelle en montagne (destinée à le rendre enfin célèbre, un projet gâché par la mort fantasmée de Jean-Luc Godard) dans sa précédente fiction désopilante, Le Prestige de la Mort, le cinéaste s’interroge cette fois sur la supposée malédiction qui fait du « pentagone de la mort » une région particulièrement propice aux accès de folie meurtrière. Un phénomène qui a touché sa propre famille. Le film commence d’ailleurs par le récit du réalisateur : « L’arrière-petit-neveu du bisaïeul de ma trisaïeule avait tué à coups de pioche le maire du village, sa femme et le garde-champêtre, coupable d’avoir déplacé sa chèvre de dix mètres… » Le ton est donné… Et voilà notre Luc Moullet allant opiniâtrement à la rencontre des habitants… Petit à petit les récits de morts tragiques et inexpliquées s’accumulent dans les petites listes soigneusement tenues par le cinéaste. Qu’est ce qui explique cette terrible folie alpine ? Les hypothèses s’entrecroisent : l’isolement de ces vallées profondes épargnées par le tourisme de masse, les vents contraires qui rendent fou, les conséquences collatérales du nuage de Tchernobyl… Mais comme le dit avec malice Luc Moullet, 10% seulement des gavots (les gens de cette région) seraient touchés par la folie, alors que 50% des Auvergnats sont pingres !
Ce qui est assez incroyable, c’est qu’au fur et à mesure de cette enquête très improbable, on finit justement par y croire ! Tout en en riant de bon cœur car Moullet sait faire rire avec talent de ce qui est somme toute plutôt tragique. En tout cas, La Terre de la folie est clairement une grande bouffée d’air libre et malicieux. Et les joyeux lurons du Festival grolandais de Quend ne s’y sont pas trompés en le récompensant de leur Prix du Jury.

Mains brunes sur la villeMAINS BRUNES SUR LA VILLE
Documentaire de Bernard Richard et Jean-Baptiste Malet

Observer ce qui se passe à Orange et Bollène, c’est non seulement comprendre les ressorts démagogiques d’un succès électoral incontestable mais aussi avoir une vision, via le prisme local, de ce que pourraient être les politiques appliquées au quotidien si l’extrême droite venait à prendre le pouvoir au niveau national.
Jacques Bompard est un maire heureux, généreusement et régulièrement réélu depuis 1995. Un notable comme bien d’autres en France, apprécié de ses électeurs, qui sait rendre sa ville agréable… du moins pour ses partisans. Sauf que Jacques Bompard, soutien de l’OAS dans sa jeunesse, ancien membre du groupuscule Occident et d’Ordre Nouveau, est un pur produit de l’extrême-droite la plus radicale et la plus xénophobe. Quand il est élu en 1995 à Orange, une des quatre communes remportées par le Front National, c’est un séisme politique. Mais c’est aussi, pour le Front National, l’occasion de faire d’Orange un laboratoire pour expérimenter son programme et son idéologie à l’échelle d’une collectivité locale. Depuis, seule Orange est restée dans l’escarcelle de l’extrême-droite. Marie-Claude, épouse de Jacques, a pour sa part conquis un peu plus tard la ville voisine de Bollène.
La démarche du réalisateur Bernard Richard et du jeune journaliste Jean-Baptiste Malet, collaborateur de la revue catholique Golias, du journal Regards ou du satirique marseillais Le Ravi, spécialiste de l’extrême-droite (il a écrit Derrière les lignes du Front, immersions et reportages en terre d’extrême-droite), est extrêmement éclairante.


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