FAIT COMME UN RAT AUX OGM

Tous cobayes ?Mais pourquoi donc les médias tombent-ils tous à bras raccourcis sur l’étude menée par Gille-Eric Séralini sur les OGM,en même temps que sur le film que Jean-Paul Jaud lui a consacré, Tous cobayes ?… ? Le Canard enchainé, qui reste un de nos volatiles préférés, donne dans son numéro du 26 septembre un point de vue on ne peut plus sain et pertinent sur le mauvais tour joué à une multinationale sans foi ni loi et à des pouvoirs publics toujours complaisants dans l’expertise sanitaire de très nombreux produits jetés en pâture au cochon de citoyen… On rappellera que ce vilain Canard est un des rares à pouvoir conserver une liberté de ton qui doit beaucoup à sa totale indépendance économique… Une indépendance rare dans les médias d’aujourd’hui…



De toute façon il n’a pas choisi les bons rats. Deux ans de travail, mais en se trompant de cobayes ! Ce professeur Séralini est décidément bien niais. Il n’y connait rien. D’ailleurs, c’est un mi-li-tant, puisqu’il se revendique anti-OGM. Donc il est de parti pris. Alors que tous les autres, les pro-OGM, font preuve d’une impartialité qui les honore. Non seulement ce Séralini a choisi la mauvaise souche de rats, mais il n’en a pas pris assez : 200 rats, ça ne suffit pas pour faire de bonnes statistiques…

Bon, on le voit, c’est un vrai tir de barrage qui a accueilli l’étude de Séralini, selon laquelle les rats nourris avec le maïs transgénique Monsanto NK 603 développent beaucoup plus de tumeurs que les autres et meurent de façon nettement plus précoce. Il est vrai qu’il l’a bien cherché, en lançant son étude scientifique comme une savonnette, avec plan média orchestré par une agence de com’, exclusivité accordée au Nouvel Obs avec titre à sensation (Oui les OGM sont des poisons), documentaire sur France 5, film en salles, bouquin signé Séralini (chez Flammarion) et autre bouquin signé Corinne Lepage (Chez Charles Léopold Mayer). Et là, il y a de quoi tiquer : est-ce ainsi que doit avancer la science ? Pourquoi Séralini s’est-il adressé à deux fondations privées, dont celle de Gérard Mulliez, le patron d’Auchan, pour décrocher les 3,2 millions qu’à coûté son étude ? Pourquoi ce genre de recherche n’est-il pas mené par des organismes d’État impartiaux et hors de toutes influence ?
En lisant Tous cobayes !, le bouquin de Séralini, on a un début de réponse : parce que l’État n’est pas impartial. Parce que « le ministère de la Recherche incite les directeurs de laboratoire à collaborer avec les industriels de façon à financer leurs activités ». Parce que États et industriels marchent main dans la main et gare aux gêneurs. Dernier exemple en date : la rude et longue bataille qu’a dû mener Irène Frachon contre experts et autorités en tout genre pour faire éclater le scandale du Médiator. Au long de sa carrière, Séralini en a vu des vertes et des pas mûres : autorités de l’Inra et du CNRS qui se désolidarisent des études, crédits de recherche supprimés, violentes attaques ad hominem, notamment quand Marc Fellous, président de la Commission du génie biomoléculaire, l’a traité de « chercheur qui se prétend indépendant alors que ses études sont financées par Greenpeace », de « marchand de peur » dont les déclarations médiatiques sont systématiquement contestées par la « communauté scientifique » (Fellous a été condamné pour diffamation).

Tout cela, évidemment, ne prouve pas que Séralini a raison. Son étude, comme bien d’autres avant elle, peut être entachée d’erreurs, rectifiée, si ce n’est contredite par des recherches ultérieures. Que la science avance à coup de controverses, c’est normal. Mais cette affaire montre l’existence d’un climat détestable. Que des chercheurs qui se veulent à contre-courant en soient réduits à utiliser des méthodes marketing pour se faire entendre, cela prouve, s’il en était besoin, que la recherche publique n’est pas toujours ce qu’elle prétend être : indépendante, au-dessus des jeux d’intérêts, guidée par le seul soucis de la vérité. De plus en plus elle penche du côté des lobbies industriels et néglige les simples citoyens…

Jean-Luc Porquet
Le Canard enchaîné du 26/09/12



Et un petit bonus pioché dans Politis : Gilles Séralini, Professeur de biologie moléculaire, chercheur à l’Institut de biologie fondamentale appliquée, codirecteur du pôle « risques, qualité et environnement durable » à l’université de Caen est, depuis une quinzaine d’années, expert auprès du gouvernement français, de l’Union européenne et de quelques pays étrangers. En 2008, ses travaux lui ont valu le rang de chevalier de l’Ordre du mérite. Cependant l’homme n’est pas du genre tapageur ni coureur de plateaux…
Le biologiste est d’abord identifié pour ses recherches sur le Round-up, l’herbicide phare des biotechnologies Monsanto. Mais c’est au sein du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) qu’il commence à se tailler une réputation « d’anti OGM ». Ce groupe international d’experts sur les risques des biotechnologies, créé en 1999 par Corinne Lepage, conteste depuis des années la validité des études sanitaires présentées par Monsanto pour faire valider ses maïs OGM…
Aujourd’hui, avec la publication de l’étude de son équipe dans FOOD AND CHEMICAL TOXICOLOGY, revue à comité de lecture scientifique, le travail de Séralini atteint une forme de consécration professionnelle : alors que la recherche publique en bio-technologie est de plus en plus cadenassée par les firmes, il est parvenu à mener, avec des moyens détournés et quasi clandestins, une investigation qui remet comme jamais en question l’innocuité supposément démontrée des OGM sur la santé. Une petite bombe qui touche les pouvoirs publics et leurs agences sanitaires, soulignant leur coupable absence d’impartialité face au monde des biotechnologies. »

Patrick Piro

Politis du 27/09/12

Commentaires

1. Le lundi, octobre 15 2012, 21:54 par Montsouris

ben mince alors…
moi qui avait touvé mon héros… et j’apprends maintenant que Séralini n’est finalement qu’une crapule motivée essentiellement par des conflits… d’intérêt !
http://ldhcibp.wordpress.com/2012/1…

2. Le samedi, octobre 20 2012, 15:02 par Stephen

Je viens de lire cet article, mais nulle part il n’est question de “crapule”… c’est assez déplacé je trouve…

Ce que je comprends c’est que c’est très dure de pratiquer des études indépendantes dans le monde scientifique face au lobby des semenciers (Monsanto et consorts).
D’ailleurs le soutient de chercheurs internationaux à Séralini en est la preuve : OGM : Séralini reçoit le soutien de chercheurs internationaux