2013 : les Utopia fêtent leurs anniversaires et le Trophée d'Utopia Bordeaux…

Dix ans, pile qu’Utopia Tournefeuille a ouvert ses portes. Vingt ans, pile qu’Utopia Toulouse a ouvert les siennes et quarante ans, non moins pile, qu’Utopia Avignon s’est lancé le premier dans l’aventure, en comptant une première expérience aixoise, liquidée quasiment dans l’œuf par la sainte alliance des enfants de Jaurès (sales gosses) et des héritiers de l’Inquisiteur Torquemada.
Un triple anniversaire auquel on associera la demi décade d’Utopia Montpellier (eh oui, cinq ans déjà…

On regrettera bien sûr qu’Utopia Bordeaux ait si mal choisi sa date d’inauguration (septembre 1999) qui lui fait faire décade à part, comme d’ailleurs Saint-Ouen l’Aumône qui fêtera ses 26 ans en octobre, alors qu’Utopia Pontoise rate d’une marche la double décade avec ses 19 printemps célébrés en septembre prochain…

Alors, bien sûr, on reste pantois aujourd’hui devant la folle longévité de ces cinoches dont le premier en Avignon, installé dans la petite église Saint-Antoine fut le refuge ultime du dernier pape avignonnais. Un cinoche qui affichait, avec ses 120 fauteuils d’occasion, son papier peint sur les murs et sa cabine bouts de ficelle, la mauvaise mine d’un prématuré. Ce qu’il était en vérité et les mauvaises fées de l’industrie du cinéma ne s’y étaient d’ailleurs pas trompées en émettant un pronostic peu charitable : « ne passera pas l’hiver ». Le banquier chez qui nous avions ouvert un compte – je crois me souvenir qu’il s’agissait de la Société Générale – nous avait refusé un découvert de quelques milliers de francs en arguant du fait qu’il risquait le ridicule en prêtant des sous à un machin « mal identifié » qui faisait de l’utopie son horizon indépassable. On ne pouvait donner tort à ce brave homme qui avait déjà largement investi dans Virgin Megastore. De fait, il fallut très vite l’admettre, voleurs de bétail et étrangers, nous n’étions pas vraiment les bienvenus à Tombstone sur Rhône…

Mais qui dérangeait-on pourtant avec notre petite salle branquignolesque et cette lubie impayable de vouloir bâtir une « alternative à la domination des trusts » (sic) ? Sans doute pas Gaumont ni UGC et encore moins les majors de Hollywood, qui seraient morts de rire en nous voyant suer sang et eau dans une cabine sans fenêtre ni ventilation. Le problème venait, on s’en doute, de l’exploitant dominant de l’ex-capitale de la chrétienté, qui non content de régner sans partage depuis 3 générations sur le choix des films programmés sur la ville, avait été élu par ses pairs « président » de la Fédération Nationale des Cinémas Français. Une position qui faisait de lui le notable le plus respecté à l’ouest du Pecos et de nous les pistoleros les moins recommandables de la ville. C’est ainsi que pour beaucoup de nos fournisseurs, qui entretenaient depuis des années des relations d’amitié avec notre puissant notable, nous étions un quasi objet de scandale, coupables de braconner sur les terres ancestrales du clan Campbell, et le « Tombstone chronicle », le quotidien local dominant et néanmoins socialiste, nous le fit bien sentir en nous refusant pendant quinze ans toute allusion à notre existence. Si on ajoute à ce climat, digne de Règlements de comptes à OK Corral, la constante indifférence, voire même la franche hostilité des élus à notre endroit, on peut se demander comment on peut fêter aujourd’hui toute cette cascade d’anniversaires. Eh bien, chers spectateurs, la recette tient à vous et à votre mobilisation constante depuis quarante ans, sous tous les cieux.
A une époque de tous les dangers, je me souviens de ces chèques signés sur le capot d’une voiture pour récupérer des films arrivés « contre remboursement » en gare : les distributeurs, convaincus de notre peu de chance de survivre, nous appliquaient le principe américain du « cash and carry » en vigueur depuis le début de la seconde guerre mondiale. Je me souviens de ces dossiers, au service des impôts, mis de côté pour gagner du temps, de ces petites économies que l’on nous confiait, de ces cautions données pour emprunter, de ces petites mains, chez nos fournisseurs, qui transgressaient parfois les consignes, et du soutien massif apporté à la candidature d’Utopia aux élections pour obtenir le bâtiment que nous occupons aujourd’hui en Avignon dans une annexe du Palais des Papes. A Bordeaux, je me souviens de ce soutien non moins massif apporté par vous mêmes dans cette histoire de parking, que l’on mit tout de même dix ans à régler… Et de cette députée fraîchement élue qui, pour ses premiers pas de parlementaire, obtint ce que nous réclamions depuis quinze ans : l’exonération d’une Taxe Professionnelle que nous étions quasiment les seules salles Art et Essai à payer.
2013, année de tous les anniversaires : il y aura pour l’occasion des festivités à Tournefeuille, Toulouse et Avignon… auxquelles vous êtes tous très chaleureusement invités.
Prenez notamment date, car il faudra vous (faire) tailler un costume tout exprès pour y participer : vous êtes invités au bal costumé qui aura lieu le Vendredi 30 août dans les jardins d’Utopia à Tournfeuille : vous connaissez Michel Macias, accordéoniste virtuose, c’est lui qui donnera le la !
Si les cinémas Utopia sont gérés par des équipes autonomes, on rappellera ici qu’ils sont liés par une communauté d’idées et une mutualisation de leur Fond de Soutien ou « SFEIC », cette géniale invention obtenue à coup de manifestations en 1947 dans le but de préserver le cinéma français menacé par les tentatives d’hégémonie de l’industrie américaine : producteurs, distributeurs, exploitants du cinéma mettent en commun une partie de leurs recettes (10,72% du prix du billet pour ce qui concerne l’exploitation). C’est donc grâce aux spectateurs d’Avignon, de Toulouse, de Tournefeuille qu’Utopia Bordeaux a pu se construire… tout comme Bordeaux a participé à la création des Utopia de Tournefeuille et Montpellier…
 
Il ne vous étonnera donc pas que toutes les équipes de tous les Utopia se réjouissent du Trophée du Meilleur Exploitant 2013, attribué à Utopia Bordeaux par un jury composé de distributeurs de films réunis par l’hebdomadaire professionnel Le Film Français. On est fier de vous, les poteaux ! Tanti bacci à tutti et aux spectateurs fidèles qui vous accompagnent…
Les Utopia d’ici et d’ailleurs…