ANGELA, STILL FREE, ALWAYS FREE

Angela DavisOn aurait pu la croire oubliée, rangée sur l’étagère « beaux souvenirs » dans le grenier de l’histoire… Que nenni ! La voilà qui nous revient en plein cœur, et l’avant première du film documentaire Free Angela and all political prisoners (à l’affiche chez nous dès le 3 Avril) à Utopia Toulouse a pulvérisé l’idée que les « gens sont oublieux ». Dès huit heures du matin, des spectateurs faisaient la queue devant la porte fermée du ciné, attendant l’ouverture des préventes. En l’espace de ¾ d’heure les places les deux séances prévues en présence d’Angela Davis étaient englouties. De mémoire d’Utopia-Toulouse on n’avait jamais vu une telle passion…

Une poignée d’entre nous, organisation de la soirée oblige, a eu le bonheur de partager le repas végétalien d’Angela, pas grand chose à voir avec le cassoulet… Angela a bien ri en voyant sous les petits anges fessus de la gazette « cinéma garanti sans 3D », mais plus encore quand on lui a raconté que le pays de l’exception culturelle avait, via les régions, financé étourdiment cette triste technologie, de plus en plus contestée d’ailleurs par les salles elles-mêmes. Elle nous a rappelé le slogan qui fut lancé au Festival de Robert Redford à Sundance : « si vous êtes incapable de faire un bon film, faites le en 3D ! ».
Quant au débat lui-même, que vous pourrez voir bientôt sur le site d’Utopia, il confirme – c’est rien de le dire – qu’Angela Davis est superbe et garde intact un charisme absolu. Devant une salle bourrée de jeunes et de fidèles de la première heure qui lui ont fait à son arrivée une ovation debout, elle a parlé de sa voix posée, tranquille, avec humour, le sourire facile, n’esquivant aucune question. Quelques jours avant, elle avait participé au Tribunal Russel sur la Palestine à Bruxelles, qui rassemblait plusieurs centaines de personnes – hommage ému au passage à Stéphane Hessel – : elle a rappelé que les droits des Palestiniens ne sont respectés ni par Israël, ni par les instances internationales, ni par l’Europe, plaidant pour la libération de tous les prisonnier politiques à commencer par les 4812 prisonniers politiques palestiniens… et d’ailleurs de tous les prisonniers tout court, tant elle est persuadée que la prison ne résout rien. Des militants de « Coup pour Coup 31 » se sont levés pour réclamer la libération de Georges Ibrahim Abdallah, des jeunes communistes se sont étonnés que les jeunes se désengagent de la politique… elle a parlé de ses engagements de jeunesse, répondu sur le film. Mais a surtout affirmé qu’il est essentiel de s’engager pour être encore plus nombreux à vouloir changer un monde qui en a bien besoin. Conventionnelle en rien, elle a une vision décapante du féminisme comme de tout le reste, poussant à remettre en question les schématisations diverses. Il faut penser ensemble le genre, la race, la sexualité, ne rien dissocier… sortir du système qui nous pousse à nous identifier à une catégorie ou à une autre. La salle jubilait, applaudissait, riait… et c’est de bonne grâce qu’elle a ensuite répondu à la demande de spectateurs d’être pris en photo avec elle tout en signant bouquins et affiches : bienveillante… touchée par toutes cette affection admirative qui lui déboulait dessus, et pas bégueule, l’important étant de tisser des liens avec tous ceux qui font bouger les choses, même si l’on n’est pas d’accord sur tout avec eux.
Elle évoqua aussi l’exemple magnifique de Rosa Parks, cette vieille dame noire qui refusa dans les années cinquante en Alabama, l’état du Sud le plus raciste, de céder sa place assise dans un bus à un homme blanc. Une micro révolte, apparemment insignifiante, mais qui ouvrit la voie à la mise au banc de l’humanité de toutes les formes d’apartheid, passées, présentes, et à venir.