Exception culturelle, y es-tu, que fais-tu, m'entends-tu ?

Le bruit fait autour de la polémique est sans doute arrivé jusqu’à vous. Il fut, le mois dernier, beaucoup question de l’exception culturelle. Cette étrange engeance qui permet aux êtres encore humains de voir encore sur les écrans autre chose que des blockbusters. Ce fut, en effet, une véritable levée en masse qui s’opéra en sa faveur, au point que même des Américains, dissidents peu ou prou de la planète Hollywood, n’hésitèrent pas à chanter ses louanges. C’est à l’occasion de l’ouverture des discussions pour un traité de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis que le problème, apparemment sensible, fut posé. Il fallut bien évidemment secouer un brin au collet nos alliés Anglais et Allemands qui étaient prêts à sacrifier l’image animée pour bâfrer enfin dans l’auge à cochons des producteurs de bidoche hormonée Yankee…

A notre grande surprise, Nicole Bricq, la bien nommée, resta cimentée sur la position française bien connue, épaulée en cela par une poussière de petits états européens qui n’ont plus, hélas, que des blockbusters formatés à se mettre sous la pupille. Non ! La culture, ce n’est pas que du business, et l’intervention d’Obama lui-même, grand amateur de pop-corn, qui aurait dû faire rentrer sous-terre notre frêle ministre du commerce, ne changea rien au scénario. Bref ! Nous étions à deux doigts de la rupture entre marchands.
Incroyable mais vrai ! Nous étions ramenés à une époque où l’on était encore capables d’envoyer les Américains, en guerre au Vietnam ou en Irak, se faire voir chez les Grecs.
Votre petit Utopia, du coup, se sent pousser des ailes : 40 ans de ciné à contre-courant du business yankee et du ciné franchouillard le plus calamiteux se voient d’un coup promus au rang de trésor national, capable, si nécessaire, de gripper la belle machine néo-libérale du traité de libre-échange entre la Commission européenne et les États-Unis.
Adieu veau, vache, cochon américains farcis d’antibiotiques ! Adieu agriculture bourrée de produits chimiques ! Adieu OGM, bye bye Monsanto ! Tout ça kaput ! Au profit de Bergman et des nouveaux Bergman, de Ken Loach et des nouveaux Ken Loach, de Renoir et des nouveaux Renoir…
Ostie ! Comme disent les cousins du Québec, jamais nous ne nous serions donnés tout seuls autant d’importance…
Nous vient alors un regret et une question : cette exception culturelle si vantée dans toutes les gazettes y compris dans la nôtre, si défendue par nos politiques, pourquoi donc n’a-t-elle pas trouvé dans le pays qui l’a quasiment inventée à se développer dans des temples à sa mesure ? Était-il logique de faire le choix du multiplexe comme le modèle d’exploitation cinématographique dominant, alors que ces porte-avions du cinéma américain n’accordent qu’une place infinitésimale à l’expression de la diversité ? Était-il logique de donner le même profil physique aux salles publiques, en les encourageant à pratiquer une politique généraliste façon « pâté d’alouette » : un cheval de blockbuster pour une alouette d’art et essai… Plus surprenant encore : était-il logique d’ignorer l’existence de salles indépendantes capables de prouver sur des dizaines d’années la parfaite viabilité d’un modèle privilégiant exclusivement la diversité culturelle ?

La réponse à ces questions est dans la lecture du baromètre hebdomadaire d’Ecran Total, hebdo de l’économie de l’image animée… Cette semaine, en se basant sur les trente films qui font le plus d’entrées en France :
Part de marché du cinéma US (World war Z, Moi, moche et méchant 2, Man of steel, After earth, Star Trek into darkness, Fast and furious 196…) : 82 %.
Part de marché du cinéma français : 18 %.
Europe et reste du monde : 0 %.
L’exception culturelle a du souci à se faire…

Commentaires

1. Le mercredi, juillet 31 2013, 16:52 par Echo

Je suis étonné que UTOPIA se donne un rôle aussi important dans cette affaire,et se barde des vertus d’un vrai ciné-club car UTOPIA n’est pas le dernier cinéma a passer quelques gros nanars américains (et parfois français)! un peu de modestie à défaut de faire une sélection rigoureuse de films dans vos salles..
Amicalement.

2. Le mercredi, août 7 2013, 14:29 par Stephen

Bonjour Echo,

Je ne sais pas ce que vous entendez par gros nanars mais dans le texte ça parle de gros blockbusters américains ou français… donc un rapport évident avec le coût de ces films et de l’image qu’ils renvoient au public.

Je ne vois vraiment pas de quels films vous parlez mais vous avez sans doute des titres à donner…

3. Le jeudi, août 22 2013, 20:15 par georges bush

l’utopia cinéma de hipsters bobo condescendants,il est vrai que je préfère regarder “bienvenue chez les chti’s”, ou “intouchable” que “le convoi de la peur” ou ” 100 dollars pour un shériff” vous me faites rêver avec vos boniments de gens “biens” le profit est a vôtre porte tout autant

4. Le dimanche, août 25 2013, 01:26 par Stephen

Hi Georges,

Pourquoi comparer deux comédies françaises récentes avec deux films anciens… je ne vois pas trop le rapport…

Et puis le seul de ces films que nous ayons programmé, c’est Intouchable…