LA CROISSANCE POURQUOI, POUR QUI ?

On n’est jamais déçu par l’actualité : du local au global, jamais une journée, une heure, voire même une minute sans qu’une horreur proche ou lointaine ne nous tombe sur le crâne. Une abomination dont on ne peut nier qu’elle plonge le plus souvent ses racines dans la machinerie économique et sociale effroyable que nous nous sommes mise sur le dos avec la complicité quasi unanime de nos élus et le soutien militant très intéressé des fameux 1% qui formaient, on s’en souvient, la fameuse « base » de l’ex-président Bush. Mais comment diable tout cela commença-t-il ? Quel fut l’acte fondateur qui servit de détonateur à l’explosion de mercantilisme qui ruine tous les fondements de nos sociétés ?

Pouvait-on se douter, en Septembre 1973, en voyant bombarder le palais du Président chilien Salvador Allende par des pilotes mercenaires stipendiés par la CIA américaine, que tout le merdier économique, social et écologique dans lequel nous pataugeons aujourd’hui trouverait son origine dans cette liquidation brutale du socialisme à visage humain qui avait pris ses marques avec succès au Chili depuis le début des années 70. Avec succès, car deux élections successives avaient confirmé en l’amplifiant l’adhésion des Chiliens aux réformes lancées par le président socialiste. Un bref instant, au tournant de l’années 1973, le monde put ainsi croire à une alternative démocratique possible au libéralisme qui lui-même, peuchère, n’était pas à cette époque, au mieux de sa forme.
Un peu avant ces événements, dans la ville qui vit sévir Al Capone, l’économiste ultra-libéral Milton Friedman et ses Chicago-boys avaient mis la dernière main à leur manuel du néo-libéralisme face de brutes dopé aux corticoïdes. Un livre de plus à lire pour trouver le sommeil avait-on pensé à l’époque. Sauf que le président américain Nixon et son âme damnée Henri Kissinger, les deux plus fieffés salopiots à l’ouest du Pécos, s’en délectèrent, eux qui venaient d’être chauffés à blanc par la décision toute simple et de parfait bon sens des autorités chiliennes de nationaliser leurs richesses naturelles pour qu’elles profitent aux Chiliens plutôt qu’aux multinationales américaines. La simplicité et le bon sens n’étant pas les qualités premières des Amerloques, sauf quand elles épousent opportunément leurs intérêts, la décision fut prise au plus haut niveau de la Maison Blanche de faire « comme d’habitude » en Amérique Latine ou ailleurs : c’est à dire liquider physiquement les empêcheurs de s’enrichir en rond.
On s’enquit courtoisement à Washington de ce que serait à Moscou la réaction du socialisme gueule de trique si on zigouillait le Président toubib… pour la forme bien sûr, tant le souvenir était encore très frais de la manière dont l’URSS avait réglé son propre problème de « socialisme à visage humain » lors du Printemps de Prague. On savait bien, somme toute, que la même détestation de l’humain prévalait dans les deux camps.
« Comme d’habitude » disions nous, mais pas tout à fait. En effet, non contents d’assassiner le président légitimement élu du Chili et de le remplacer par un fantoche formé à West Point, une forme de routine dans une région chasse gardée des USA, nos deux canailles de la Maison Blanche, très émoustillés par les théories ultra libérales de Milton et de ses boys, entreprirent d’expérimenter en vraie grandeur, sur ce pays martyr, tout ce que nous subissons aujourd’hui au niveau planétaire en matière de dictature de l’argent et des marchés. Une vraie partie de plaisir, puisque toutes les entraves à l’exercice du libéralisme le plus extrême avaient été purement et simplement éradiquées de la surface du pays. Plus le moindre gauchiste à l’horizon, plus le moindre communiste, plus le moindre socialiste, plus même de syndicaliste ou de modéré, ni même de poète ou de chanteur : tous proprement occis ou exilés. Ne restaient plus que des zombies terrorisés, filant au pas, sous la botte de la soldatesque. C’était, pour nos économistes foldingues, comme rouler sur une autoroute sans personne d’autre qu’eux-mêmes : fastoche ! La presse mondiale applaudit le « miracle » économique chilien, alors que le souvenir même d’Allende et des milliers de morts de la dictature s’estompait des mémoires.
Mais l’histoire, hélas, ne s’arrête pas là car une question demeure : comment, en ayant tout ça chez nous – des gauchistes, des communistes, des socialistes, des syndicalistes, des modérés, des poètes, des chanteurs, allez… on pourrait même rajouter des chrétiens, des bouddhistes, des juifs, des musulmans – comprendre qu’il nous ait été impossible toutes ces années d’infléchir d’un iota la course d’un truc perçu par 99% des gens comme une calamité ? Bien sûr il ne manque pas chez nous de politiciens collabos qui depuis longtemps nous expliquent que c’est un mouvement mondial, qu’on ne peut seuls y échapper, patati patata… mais aucun militaire dans nos contrées ne nous pointe son fusil dans les reins et c’est heureux…

Du global au local…
tout n’est qu’ affaire de bilan.


Fukushima : selon le quotidien japonais Asahi, l’opérateur de la centrale de Fukushima, la désormais célèbre compagnie Tepko, l’inquiétante frangine d’Areva, aurait sciemment négligé de régler le problème de l’eau contaminée de la centrale nucléaire endommagée pour éviter d’engager des travaux très coûteux (un mur colossal en acier) qui auraient terni l’image de ses bilans sur les marchés financiers. Plus grave encore, le gouvernement japonais aurait accepté, pour cette excellente raison, d’ignorer la gravité des fuites : « si nous inscrivons ce montant de 100 milliards de yens dans notre passif, le marché comprendra que nous sommes au bord de la faillite… »

McDo : on vient d’apprendre que la concession du Café de la gare à Bordeaux, vient d’être attribuée : « and the winner is… McDonald’s ». La Cité du vin et de la gastronomie accueillera donc ses visiteurs en les baptisant au Coca-cola…
Toujours plus fort… un McDo de belle prestance accueillera les marcheurs en visite au parc national de la Vallée de Chevreuse : ils auront tout le parc pour balancer leurs gobelets et laisser traîner les reliefs de leur malbouffe…

A Bordeaux comme ailleurs, là encore, financiers, financeurs et financés s’entendent « démocratiquement » pour renforcer dans le moindre détail la progression d’un système dont on ne cesse de constater à tous les niveaux (santé, environnement, culture, etc.) les effets dévastateurs… On y revient… Tiens, il paraît qu’un nouveau multiplexe va arriver aux Bassins à flot ? Multiplexe ?… Non, juste un petit cinéma de quartier de 12 salles, piloté par un petit exploitant indépendant, UGC… La croissance ? Pour qui, pourquoi ?