SUR LES PROCHAINES GAZETTES

TimbuktuWINTER SLEEP
Le premier grand rendez-vous, ce sera le Mercredi 6 Août, avec la sortie du nouveau film du turc Nuri Bilge Ceylan, Winter sleep, Palme d’Or du Festival de Cannes 2014.
Un film d’une durée exceptionnelle – 3h15 ! – qui s’inspire de trois nouvelles d’Anton Tchékhov, une œuvre difficile à apprécier dans la cohue de Cannes, tant elle est à contre-temps d’un marché pressé, stressé, où se croisent et se recroisent des exploitants inquiets, à la recherche de la perle qui « fera bouillir la marmitte » : une ambiance qui ne prédispose pas à accepter un film qui s’installe dans le rythme d’un petit village de Cappadoce aux habitations troglodytes, au cœur de paysages magnifiques. Un village qui attire les touristes l’été mais qui se replie sur lui-même l’hiver venu, tandis que l’hôtel de Aydin devient quasiment désert, laissant face-à-face cet ancien acteur, sa jeune femme et sa sœur. En cette saison rude, à mesure que la neige recouvre la steppe, l’hôtel devient leur refuge, mais aussi le théâtre de leurs déchirements… « Un film traversé par la question du fossé qui s’est creusé entre les adultes qui possèdent et les jeunes restés démunis », dit Le Monde, tandis que le réalisateur dédie son trophée « à la jeunesse de Turquie… ». Un film à savourer au mois d’Août, comme un temps de répit : magistral et passionnant malgré l’apparente austérité du propos, un superbe hommage à Tchékhov ! Nuri Bilge Ceylan est un habitué du Festival de Cannes, puisqu’il avait déjà été primé pour trois de ses films précédents : Uzak, Les Trois singes et Il était une fois en Anatolie… Un habitué de nos salles aussi, puisque nous avons sorti tous ses films !

Cannes encore…
Comment le jury a-t-il pu oublier un film comme TIMBUKTU d’Abderrahmane Sissako ? On a d’autant plus envie de le défendre ! Ainsi que quelques films découverts pendant le festival et qui peuvent servir de points de départs à des débats, des animations festives… Voici une liste non exhaustive avec quelques idées de sujets, mais rien n’est arrêté… À vous de proposer, de vous emparer de l’idée, contactez-nous !

Sur la médecine, le système de santé, le désengagement des services publics… HIPPOCRATE, film français de Thomas Lilti (sortie le 3 Septembre).
Petit film essentiel. Quel meilleur moyen pour parler du collectif et de l’intime que de parler de ce qui se passe dans un hôpital ? Cette fiction allègre et souvent drôle dresse un constat peu glorieux du désengagement progressif de l’état dans le système de santé. Désormais nos hôpitaux semblent dirigés par de purs gestionnaires tout droit sortis des entreprises du CAC 40, qui dirigent les unités médicales comme on dirigerait une unité de production de yaourts. On comprend que l’humain n’est plus au cœur du sujet et que si on ne veut pas que tout s’écroule, on a intérêt de se réapproprier la question, de défendre nos droits, de soutenir les soignants.

Sur l’Italie, le monde paysan, l’apiculture… LES MERVEILLES, fim italien d’Alice Rohrvacher (sortie le 8 Octobre).
Une famille d’apiculteurs tente de vivre hors du monde dans un petit village d’Ombrie quand arrive un jeune garçon et un show de téléréalité qui va chambouler leur univers. Superbement filmé, bien vu, touchant… Le travail de la terre, les relations familiales… Le choc avec l’illusion de la société de consommation, la fascination qu’elle entraîne chez les jeunes…

Sur le handicap, la sexualité, l’éducation spécialisée… NEXT TO HER, film israelien d’Asaf Korman.
Chelli s’occupe de sa sœur handicapée de la manière meilleure manière qui soit, du moins le pense-t-elle. Elle s’est construit un rôle sur mesure, seule et contre tous. De fait elle est si fusionnelle avec Gabby qu’elle s’empêche d’exister et freine l’autonomisation de cette dernière.

Sur la thématique, des Roms, des sans-papiers… SPARTACUS ET CASSANDRA, film documentaire français de Ioanis Nuguet.
Il est des pays où les gens au creux des lits font des rêves… Ce ne fut pas le cas pour ce frère et cette sœur roms. Leur histoire est balayée rapidement pour situer l’action et mieux comprendre le présent, leurs fragilités. Drôlement touchant. Difficile de ne pas être révolté par les reconduites à la frontière après ça !

Sur la Mauritanie, l’intégrisme, la non violence, condition féminine… TIMBUKTU, film mauritanien d’Abderrhamane Sissako (réalisateur du fameux Bamako)
D’abord c’est beau, très beau, et d’une beauté jamais gratuite. Les magnifiques prises de vues sont toutes tendues pour servir le propos, le rendre plus poignant, mais également pour l’alléger quand il reflète une réalité trop cruelle. La deuxième arme de Sissako, c’est l’humour qui lui permet de mettre en relief l’absurdité des agissements des intégristes islamistes, de les tourner en dérision. C’est un film profondément engagé, politique. Contre le totalitarisme, l’extrémisme, la violence. C’est une ode à la résistance, au courage des hommes, à celui des femmes, surtout.
Le propos est nuancé, ne condamne pas l’Islam et rappelle que le jihad est une guerre intérieure que le croyant mène contre ses propres démons et non contre les autres. Un vrai film humaniste.

Sur le hip hop, la musique, pourquoi pas un ciné-concert avec BROOKLYN, film franco-suisse de Pascal Tessaud, avec KT Gorique.
KT Gorique est avant tout rappeuse, et championne du monde de freestyle. Une amoureuse de la langue, du rythme des phrase, une vraie poétesse contemporaine, intelligente, politisée. Un personnage de cinéma à part entière. Et de fait, elle est géniale à l’écran. Le film est réalisé avec de tous petits moyens mais on en sort galvanisé, avec l’envie de descendre dans la rue, de réquisitionner nos villes, nos campagnes… Un petit bonheur de 4 sous !

C’est juste une sélection sur le pouce, sur l’élan, il y a plein d’autres films passionnants à venir, ça vous donne juste un aperçu, histoire de vous mettre l’eau à la bouche…