« La douleur des Israéliens et des Palestiniens ne peut pas être distinguée, et l’une ne cessera pas tant que l’autre durera »…

… dit dans un interview Nadav Lapid, réalisateur du formidable film L’Institutrice, qui fait la première page de notre gazette. Il est signataire de l’appel de cinéastes israéliens qui ont osé prendre la parole en plein Festival du Film de Jérusalem. Une intervention bien peu relayée dans les médias français et qui a provoqué beaucoup de remous en Israël où il faut un sacré courage pour exprimer, même modérément, un avis contraire à une opinion publique rassemblée derrière une droite et une extrême-droite largement majoritaires. « L’appel est une goutte dans un océan, poursuit Nadav Lapid, mais c’est l’acte le plus patriotique que nous puissions faire : dire ce que nous pensons réellement pour éventuellement changer les choses. Mais soyons réalistes : la gauche israélienne est une illusion. Le discours pour la paix est marginalisé ». Les signataires (dont Ronit et Shlomi Elkabetz, auteurs du récent Le Procès de Viviane Amsalem) exhortent le gouvernement israélien à un cessez-le feu : « La tuerie et l’horreur que nous infligeons ne font que repousser plus loin toute solution diplomatique ».
On notera au passage qu’une partie de ces cinéastes signataires avait manifesté son soutien à Utopia alors que tout le monde nous tombait dessus pour avoir déprogrammé un film israélien anodin en réaction à l’attaque par Tsahal de la « Flottille de la Paix » qui voguait en mai 2010 vers Gaza pour protester contre le blocus israélien. A voir l’agressivité des réactions à l’époque, on mesure le courage qu’il faut à ces cinéastes pour oser dire ce qu’ils pensent, tout comme aux objecteurs de conscience pour refuser de servir dans les territoires, aux artistes (voir le texte du chef d’orchestre Daniel Baremboïm), aux manifestants… pour contester en Israël même l’action du gouvernement d’une droite dure qui, curieusement, trouve une indulgence bien complaisante auprès du gouvernement français, dont l’action la plus courageuse jusqu’à ce jour est de poursuivre le représentant du NPA, Alain Pojolat, pour avoir déposé à la préfecture, au nom de plusieurs associations, une demande de manifestation de protestation contre le massacre des gazaouis (procès le 22 octobre).

La plus marquante des positions affichées ces dernières semaines aura donc été la tribune publiée dans Le Figaro par Dominique de Villepin, où il s’inquiète du silence de la France face à l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens et appelle à une interposition de l’ONU.
« … Par mauvaise conscience, par intérêt mal compris, par la soumission à la voix du plus fort, la voix de la France s’est tue… Comment comprendre aujourd’hui que la France appelle à la “retenue” quand on tue des enfants en connaissance de cause ?… Comment comprendre que la première réaction de la France, par la voix de son Président, soit celle du soutien sans réserve à la politique de sécurité d’Israël ?… Comment oublier le profond déséquilibre de la situation qui oppose non deux États, mais un peuple sans terre et sans espoir à un État poussé par la peur ?… Il n’y a pas de partenaire en Palestine car les partisans de la paix ont été méthodiquement marginalisés par la stratégie du gouvernement d’Israël…
« Le premier outil pour réveiller la société israélienne, ce sont les sanctions. Il faut la placer devant ses responsabilités historiques avant qu’il ne soit trop tard… Cela passe par un vote par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution condamnant l’action d’Israël, son non-respect des résolutions antérieures et son non-respect du droit humanitaire et du droit de la guerre. Cela signifie concrètement d’assumer des sanctions économiques ciblées et graduées, notamment pour des activités directement liées aux opérations à Gasa ou aux activités économiques dans les colonies… Le deuxième outil, c’est la justice internationale. L’urgence aujourd’hui, c’est d’empêcher que des crimes de guerre soient commis. Pour cela, il est temps de donner droit aux demandes palestiniennes d’adhérer à la Cour Pénale Internationale, qui demeure aujourd’hui le meilleur garant de la loi internationale. C’est une manière de mettre les Territoires palestiniens sous protection internationale.
« Le troisième outil à la disposition de la communauté internationale, c’est l’interposition… » (extraits de la tribune du 1er août 2014).

L’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) l’AURDIP (Association des Universitaires pour le respect du droit international en Palestine) et plein d’autres encore… appellent pour leur part à une campagne de boycott, à l’image de celui qui avait contribué à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud.
En France, la circulaire Alliot-Marie interdit aux citoyens français de boycotter les produits et les institutions israéliens… il serait grand temps que notre président et son âme damnée Valls abrogent cette circulaire qui prive les citoyens d’un moyen de contestation pacifique… mais peut-être redoutent ils de ne plus être invités au dîner annuel du CRIF…



« Pour un seul de mes deux yeux »

C’est la première et la dernière fois, où un processus de paix était en passe d’être appliqué en Israël : le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin, signataire des accords d’Oslo (93), venait de prononcer un discours sur la place des rois de Tel Aviv lors d’une manifestation pour la paix quand Yigal Amir, jeune militant d’extrême droite, le tue de deux balles dans le dos. En prison depuis, il s’est marié en 2004 et a été sorti de l’isolement en 2012, tandis que son frère était libéré, un autre complice ayant été libéré bien avant, malgré les protestations de la fille de Yitzhak Rabin. Pour le comité de soutien de Yigal Namir, « Comité pour la démocratie », Rabin était un traitre et Yigal Amir un martyr qu’il convient de libérer au plus tôt, c’est une revendication du Foyer Juif et en France de la LDJ (Ligue de Défense Juive) dont il est beaucoup question ces derniers temps. Près de 40% des Israéliens seraient pour la libération de Yigal Amir.