Comme une étoile dans la nuit…

C’était le titre d’un de ses films : comme son personnage principal, René Féret est mort le 28 avril et ça nous fracasse le cœur. Des années qu’on le suivait à Utopia, film à film, depuis son tout premier, formidable Histoire de Paul, qui racontait l’asile psychiatrique avec une force et une humanité qui lui avaient valu d’emblée une reconnaissance critique et le prix Jean Vigo. Dans la foulée, La Communion solennelle avait eu droit à la sélection cannoise et un beau succès public (500 000 entrées)… mais après quelques échecs commerciaux, il repensa complètement sa façon de faire : désormais il allait prendre ses films en main de la première ligne du scénario jusqu’à sa diffusion en salle. Budgets gérés à l’économie, films délicats et sensibles, sorties modestes, des choix radicaux, pas faciles à assumer mais qui lui valurent des soutiens fidèles, dont le nôtre.

On aime ses films, mais si on le suivait avec une assiduité et une tendresse particulières, c’était aussi parce qu’on estimait profondément ses choix de vie et de cinéma, exigeant et bienveillant à la fois. En se mettant en marge du marché, son œuvre devenait plus personnelle encore, plus belle, plus intéressante. Il fabriquait ses films en famille, avec l’amour de Fabienne sa femme, monteuse et productrice et on y voyait grandir ses filles, embarquées dans ses films avec une poignée de comédiens fidèles (Stevenin père, fille et fils…), et aussi son fils Julien, lui-même comédien et réalisateur… Malade, il a pu résister à cette saloperie de cancer jusqu’à la sortie en salles de son dernier ouvrage, particulièrement réussi et beau : Anton Tchéckhov 1890, produit et monté par Fabienne, avec Marie, Lisa, Julien… et Nicolas Giraud à qui Féret avait déjà confié plusieurs beaux rôles : Comme une étoile dans la nuit, Nannerl, la sœur de Mozart…