DÉJÀ DIX ANS…

On est tombé par hasard sur cet édito d’une gazette de Mai 2005. Cette triste année où la victoire du Non au référendum portant sur la « libéralisation du commerce et des services » se vit transformée miraculeusement par nos parlementaires en Austerlitz du Oui. Titré opportunément La bourse où la vie ? on vous le ressort pour le fun de la naphtaline… A « l’effet de peur sur les passants » déjà souhaité à l’époque pour manipuler l’électeur, s’ajoute aujourd’hui la volonté ardente de réduire à néant une petite chose encore fragile et qui témoigne qu’une autre politique est possible en Europe… L’acharnement contre Syriza dont fait preuve l’Europe libérale en est la manifestation, alors qu’en Novembre menace Podemos…

LA BOURSE OU LA VIE ?

Mais comment ont-ils fait tous ces salopiots pour qu’une belle et bonne idée, la construction européenne, se soit transformée au fil du temps en épouvantail à moineaux ? Comment ont-ils fait les bougres, pour que les incorrigibles andouilles que nous sommes, toujours prêts à danser en rond sur l’air de « si tous les gars du monde », en soient rendues à prendre en grippe une idée européenne que l’on avait rêvé carrosse et qui n’est plus, hélas, que citrouille, boutique et affaire de boutiquiers ?
A croire que l’idée européenne, déjà affreusement caricaturée par l’Europe nouvelle nazie, est frappée de scoumoune. Et pourtant, préhistoriquement parlant, au lendemain de la guerre mondiale, l’idée européenne était partie du bon pied. N’était-elle pas portée par De Gaulle et Adenauer, deux résistants français et allemand, condamnés à mort par le Reich ? N’était-elle pas, cette fois-là, nourrie au lait généreux de l’amitié comme le proclamait gaiement cette pluie de papillons multicolores tombée partout du ciel, qui célébraient, chacun sur une face « es lebe deutsch und französiche freundschaft » (vive l’amitié franco-allemande) ? L’amitié, un mot qui ne mangeait pas de pain, mais pouvait enfin nourrir son monde après les trois terribles raclées que les deux pays s’étaient infligés en moins d’un siècle. Un mot qui accompagnait gentiment nombre de conquêtes sociales et de lois de solidarité dont nous bénéficions encore dans notre pays, un mot aussi incongru aujourd’hui dans le sabir des échanges européens que l’usage d’un imparfait du subjonctif dans une cour de récréation. Un mot dont on n’a aucune peine à imaginer qu’il ferait se tordre de rire la fine équipe de nos nouveaux commissaires européens dont la mentalité d’agent de change est déconnectée de toute humanité réelle.
Triste et laide Europe qui nous invite aujourd’hui à proclamer « vive l’accord général sur le commerce et les services » en lieu et place de « vive l’amitié entre les peuples ».
« Vous avez fait de la maison de mon père une caverne de voleurs »… on se souvient de la divine colère du fils de Dieu à l’adresse des marchands du temple, on ne saurait mieux illustrer l’aversion sans borne qui est la nôtre des Barroso et des Bolkestein.
On l’aura compris, faut-il que ces lascars nous aient pompé l’air européen pour que les mécréants que nous sommes en soient réduits à la triste extrémité de citer les saintes écritures. C’est qu’elle a une drôle de gueule d’atmosphère, aujourd’hui, l’Europe des pères fondateurs ! Elle en aura une pire encore, guidée pour cinquante ans par l’Accord Général sur le Commerce et les Services.
Alors, le 29 Mai prochain, faudra pas se louper ! Ce sera NOooooN bien sûr, pour déjouer un coup tordu. Faire la nique à une tripotée de têtes à claque mais plus sûrement encore pour sauver sa peau.
Sauver sa peau ? Tu galèges un peu cousin… À peine, à peine ma cousine ! C’est comme une forte intuition, un vent froid en hiver, ou une rencontre à minuit dans une sombre forêt de Transylvanie. Il nous pend au nez quelque chose de saignant. Ces gars-là aux canines pointues vont nous jeter par leur obsession du profit dans un chaos qui n’aura rien à envier à ceux du siècle dernier. Une multitude de signes petits et grands en témoignent pour qui veut bien les voir. En effet, figés dans les glaces d’un calcul constitutionnel égoïste, les politiques libérales mises en œuvre en France et au niveau européen, c’est la certitude de voir les peuples rejeter à terme l’idée d’Europe pour se réfugier dans un nationalisme ombrageux ou dans les pires extrémismes propices à tous les carnages. Cette constitution, que l’on croirait bidouillée par Bouvard et Pécuchet dans une obscure officine de notaire, sent le massacre, le retour des chemises noires, le chemin des dames, la boucherie d’Eylau…
Alors gaffe ! On peut jouer sa peau dans une élection ! Surtout quand on vous propose d’en prendre ferme pour 50 piges.
Auraient-ils pensé un seul instant, ces 1500 Américains et ces 100 000 Irakiens qui pourrissent aujourd’hui dans leur tombe, victimes de la politique impériale de Bush, que ces bulletins de vote perforés, scrutés avec perplexité par les agents électoraux de Floride en l’an 2000, auraient sur eux pouvoir de vie ou de mort ?
Auraient-elles pensé, ces électrices polonaises, tout à leur joie de se débarrasser des communistes, que l’élection d’une majorité catholique et conservatrice au parlement feraient d’elles les futures victimes d’un avortement rejeté dans la clandestinité par la force d’une loi réactionnaire ?
Bon d’accord, on est un poil alarmistes, mais tous ces gens à qui l’on fait violence finiront bien, constitution ou pas, par se fâcher tout rouge et, on le sait, la colère est mauvaise conseillère.