Libéralisme Gabegie Vanité

Alors donc, reprenons : parce que ce n’est pas pour dire, on peine un peu à comprendre la logique… On peine un peu à comprendre tout court. Ainsi donc la SNCF perd des voyageurs… elle prévoyait 15 millions de voyageurs en 2015 et elle peine à atteindre les 13 millions. Et on en devine les causes : tandis que le co-voiturage va bon train, on favorise le transport par autocar : de plus en plus d’usagers choisissent plus long et moins cher, surtout les jeunots, vu que la société n’évolue pas dans le sens d’une prospérité grandissante pour tous… Pour les très pressés, les avions vont nettement plus vite et continueront d’aller plus vite. Quand les partisans de la LGV nous jurent que gagner 50 minutes entre Paris et Bordeaux devrait suffire à faire basculer la tendance et procurer 20 % de passagers en plus pour le transport par train… on rigole ! D’autant que, par ailleurs, on projette de nouveaux aéroports, on agrandit les existants, on multiplie les rotations d’avion, les compagnies aériennes cassent les prix… pas la peine d’avoir inventé l’eau tiède pour comprendre que l’argument temps jouera toujours au profit de l’avion…  
« Alternatives économiques », dont on vous recommande la lecture, raconte que l’Etat souhaite diminuer les subventions aux activités ferroviaires, ce qui induit l’augmentation des péages perçus par l’investisseur sur les TGV… ce qui plombe l’équilibre global de la SNCF : les TGV les plus rentables ne peuvent plus subventionner les trains Intercités et les TGV les moins rentables… 

La LGV, cet énorme projet coûteux, n’est pas faite pour arranger les choses et va dans le sens d’une plus grande libéralisation des transports qui elle même va dans le sens d’une plus grande concentration des activités économiques et donc de la population qui dépend de ces activités. Vous me suivez ? Les plus grandes villes y gagneront peut-être, grossiront encore, on rajoutera des centres commerciaux, des immeubles partout, des multiplexes, mais les petites villes seront encore moins bien desservies et s’appauvriront davantage… Une partie des passagers gagnera des minutes précieuses mais un bien plus grand nombre perdra bien plus : moins de lignes secondaires et que les plus isolés se démerdent.
Pareil pour les trains de fret qui circuleraient plus nombreux sur l’ancien tracé nous dit-on… mais desserviraient moins de gares. C’est l’expression même du libéralisme pur jus : miser sur ce qui rapporte, couper ce qui coûte… Là encore, le transport des marchandises serait facilité pour les gros centres, mais les petits verraient leurs livraisons se compliquer davantage… Cela explique d’ailleurs peut-être en partie le manque d’unanimité chez les élus, dont certains on bien compris que des petites villes, qui auront pourtant participé au financement de ce gros projet dispendieux, ne seront plus desservies, ou moins bien… La marge dégagée par la SNCF sur les lignes rentables diminue, va diminuer encore en raison même de l’investissement de cette LGV et ne permettra plus de subventionner les lignes moins rentables dans un système qui favorisera de plus en plus les axes à fort potentiel au détriment des lignes moyennes… et on ne parle même pas des campagnes ! 
C’est que, question financement, c’est une sacrée usine à gaz… Si Lisea, filiale de Vinci, est le gestionnaire, elle n’investit que 29% des coûts de construction, le reste étant partagé (si j’ai tout compris) entre l’Etat, les collectivités locales, l’Europe… On nous annonce 8 milliards d’investissements (pour le morceau Bordeaux/Toulouse seulement ?), mais on ne serait pas surpris, pour suivre un peu l’évolution d’autres grands chantiers publics, qu’on nous annonce qu’au bout du compte le coût du « plus gros chantier du monde en génie civil », comme s’en vante le gestionnaire, a doublé ou triplé les prévisions… Qui assumera la surchauffe ? Car bien entendu, l’état garantit les emprunts contracté par Lisea : et qui c’est-y qui paiera les emprunts si les prévisions et la rentabilité du projet s’avéraient complètement surévaluées ?… « Un projet essentiel » dit la SNCF, qui devra donner des péages à Lisea/Vinci… et si la rentabilité des péages s’avère insuffisante ? Ce sont les régions et l’Etat qui s’y colleront ?.. Et tout ce monde de s’étriper depuis des mois sur les conditions, car il est clair que l’énormité du projet dans un contexte de crise économique et écologique rend difficilement limpides et sûres les projections dans le temps. Alors on a trouvé la solution : on y va d’un pas viril et ferme, on fait d’abord, on réfléchit ensuite… et après un an de fonctionnement on organise un grand pique-nique et on revoit les conditions financières entre les uns et les autres pour tenter de trouver un équilibre plus qu’improbable… Vous comptez vraiment voter pour ces gestionnaires-là ?

Bon, on n’est pas des spécialistes de la chose, mais si la Commission d’Enquête Publique a émis un avis défavorable à la Déclaration d’Utilité Publique, c’est que notre bon sens paysan n’a peut-être pas tout à fait tort… d’autant qu’on imagine les effets secondaires de ces grands travaux : expropriations par centaines (dont des terres agricoles, des vignobles), déplacements de populations, effets sur la faune et la flore, bétonnage à tout crin… « Les défenseurs du projet ont semblé parfois plus attachés aux retombées en termes d’image qu’à la pertinence économique et opérationnelle » écrit dans son rapport la Commission d’Enquête Publique. Taclant ainsi les responsables politiques dont on sait qu’ils ont depuis belle lurette décroché des réalités, tenaillés qu’ils sont par l’obsession d’avoir la plus grosse, et de repasser aux élections suivantes, au plus grand mépris de l’environnement, de l’écologie, d’un développement social et durable… Des écolos, des citoyens, des économistes de bon sens avaient commandité des études alternatives qui concluaient qu’en aménageant l’actuel tracé, on arriverait à un résultat bien moins destructeur, moins coûteux et bien plus judicieux… Mais c’était moins flashy ! Le gouvernement a décidé de mettre l’enquête d’utilité publique à la poubelle et a donné le feu vert : le projet se fera nous annonce-t-on… Drôle de démocratie en peau de lapin !

Pour résister : Coordination Vigilance LGV
coordination-asso-vigilance-lgv@orange.fr
Denise Cassou : 05 56 62 99 57

 

À part ça… Le saviez vous ? Le premier modèle de Volkswagen fut dessiné par Hitler. Sûr qu’avec un saint patron aussi peu recommandable, l’aventure de « das auto » ne pouvait que mal se terminer. A croire que l’entreprise avait fait sienne cette maxime attribuée au führer : « Je ne suis pas venu au monde pour rendre les hommes meilleurs mais pour profiter de leur faiblesse »… 
Un malheur ne venant jamais seul, Volkswagen, déjà emporté par le scandale lié au trucage des données d’émissions polluantes de quelques 11 millions de véhicules, fait aujourd’hui l’objet au Brésil d’une enquête pour responsabilité de crimes contre l’humanité. La direction de l’époque ayant collaboré avec la dictature militaire en donnant aux autorités les noms de salariés considérés comme perturbateurs…