Des légumes, pas du bitume

On ne s’attendait pas à des miracles de la part des 195 négociateurs de la COP21, à vrai dire on en n’attendait rien, aveuglés qu’ils sont toujours par leurs objectifs de croissance, enfin, un peu tout de même, mais de là à continuer de nous faire passer aux yeux de la planète pour des billes… Car enfin, Laurent Fabius, Président de la COP21, n’a-t-il pas, quasi les larmes aux yeux, déclaré au monde entier avoir conclu pour la première fois depuis que les sommets sur le climat existent un « accord historique » ? Dès cet instant, n’avons-nous pas cru que nous allions écrire la suite de cette histoire, ensemble ? Que nous allions enfin pouvoir impulser vraiment la transition vers un système énergétique basé à 100% sur les énergies renouvelables ? Et, naïfs que nous sommes, que ça en serait fini des hydrocarbures qui nous pourrissent la vie et du projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, adieu les ailes et le croupion, vive les nouveaux horizons abreuvés d’air pur et peuplés d’oiseaux !
Que nenni, mon kiki, passée la COP21 et passées les élections régionales, c’est reparti comme les rutabagas en 40 ! Valls, chaud partisan du nouvel aéroport, le remet sur la table début Janvier 2016 et AGO Vinci, concessionnaire du projet, relance les procédures d’expulsion de la ZAD, notamment à l’encontre de plusieurs agriculteurs historiques ! Arrrh… 

Pourquoi réactiver maintenant ce projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, après avoir signé en grandes pompes ce soi-disant fabuleux accord qui nous invite toutes et tous à la paix et à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre pour qu’enfin nous puissions sauver tout être vivant de son funeste destin ? Pourquoi ne pas saisir cette opportune occasion pour le mettre définitivement au rebut et en faire au contraire une des premières magnifiques preuves de notre historique engagement ? Et la proclamer, fiers et tête haute, à la prochaine COP, prévue au Maroc fin 2016 ? Ne serait-ce pas un merveilleux exemple de lucidité et de responsabilité ? Qui plus est accompli avec la complicité citoyenne, compris les zadistes ? 
Et pour couronner cette noble action et continuer de respecter cet accord, ne pourrait-on pas donner les fonds prévus pour financer cet aéroport – plus de 800 millions d’euros – aux pays déjà durement touchés par le changement climatique et qui n’ont pas un rond pour y faire face ? L’accord prévoit qu’à partir de 2020, les pays « développés » donneront aux pays « en voie de développement » 100 milliards de dollars par an pour les aider. Eh bien, voilà, une petite partie de l’argent est toute trouvée, y a plus qu’à le mettre sur un compte bloqué au Crédit coopératif, en attendant. 

À l’horizon 2030… le projet de cet aéroport prévoit 9 millions de passagers ! D’où sortent-elles ces 9 millions de personnes et comment allons-nous arriver à sensibiliser le plus grand nombre d’entre elles à l’urgence vitale de s’emparer de la question climatique si les premiers à poursuivre cette fuite en avant sont les gouvernements, qui plus est signataires de l’accord de la COP21 ? 
Selon les scientifiques du GIEC, si rien n’est entrepris d’ici à 2020, si nous ne faisons rien dès aujourd’hui pour limiter notre pollution, ce n’est pas 1,5°C degré qu’on va se prendre dans les gencives, mais 2, voire 3 ou 4 ! Autant préparer dès maintenant nos valises pour… pour où ? À moins que cet aéroport ne soit justement prévu pour évacuer au plus vite les survivants… s’il n’est pas avant ravagé avant par une catastrophe climatique…