Toulouse, c'est pas rose, Toulouse, c'est morose…

Il s’en passe de belles du côté de nos cousins d’Utopia Toulouse : le 26 Janvier, à 8 heures du matin, les projectionnistes se sont retrouvés devant les portes bloquées, des affiches placardées un peu partout sur les vitres avec des slogans dont la violence a cassé les effets bénéfiques de leur petit déjeuner : « BDS – Utopia – Merah même combat ». Dans la foulée, La Licra et le Crif publiaient des communiqués lourds des mêmes vilains amalgames dans le journal la Dépêche (on ne parle même pas des propos injurieux tenus sur JSSNews) : voilà donc Utopia et BDS assimilés à d’affreux criminels (Merah, Fofana, les frères Kouachi…) et autres terroristes qui ont ensanglanté la France par des attentats ces derniers mois… Ouf ! C’est violent ! Objectif de ces attaques simultanées : empêcher que se déroule à Utopia Toulouse la soirée débat sur la situation de Georges Ibrahim Abdallah. Mais empêcher aussi que le mouvement pacisfiste BDS s’exprime et trouve des soutiens alors que la comparution de 4 de ses militants distributeurs de tracts est prévue en Juin au Tribunal de Toulouse.
Alors, on s’interroge : pourquoi donc cette modeste soirée, qui finalement a pu se tenir après que les dégats aient été réparés, contrarie-t-elle autant les militants de certaines associations juives ?

Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais, dit Wikipedia… Sans doute le plus ancien prisonnier politique en Europe. Condamné à perpétuité pour complicité (qu’il a toujours niée) dans l’assassinat en 1982 de deux diplomates, l’un américain, l’autre israélien, dans un contexte de conflit entre Israël et le Liban. A ce jour, il a passé 32 ans en détention et est actuellement détenu à la centrale de Lannemezan. Par deux fois le Tribunal d’application des peines a prononcé sa libération conditionnelle, confirmée en appel sous condition d’expulsion du territoire français. Mais la décision n’a pu être appliquée car le gouvernement refuse de signer l’arrêté d’expulsion. Alors qu’il est libérable depuis 1999, ses avocats se sont vu refuser 9 fois la libération conditionnelle demandée. Des partis politiques, des associations soutiennent sa demande de libération : le Parti de Gauche, Lutte Ouvrière, le NPA, Alternative libertaire, L’Union Juive Française pour la Paix… Des personnalités aussi : Angela Davis, Noël Mamère, Jacques Tardi, Françoise Vergès, André Chassaigne, Patrick Braouzec… des communes l’ont nommé citoyen d’honneur… allez donc voir sur internet. 
A Utopia, ce n’est pas la première fois que des projections-débats sont organisées sur le sujet. A Utopia Bordeaux, l’ex-préfet Bonnet, patron de la DST au moment de l’arrestation d’Abdallah, ancien député UDF… a participé à une soirée sans qu’il y ait opposition virulente et encore moins tentative d’intimidation. On rappelle que le préfet en question, interviewé sur l’affaire dénonçait « une vengeance d’état » dans un excellent article de La Dépêche du 7 Janvier 2012. On pourrait penser qu’il est légitime de s’interroger sur le sujet : ben non ! Ce n’est pas l’avis de JSSNews, de la Licra Toulouse, du Crif Toulouse et de leurs amis… encouragés par la sentence définitive de notre premier ministre : « expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », triste écho au célèbre « réfléchir, c’est commencer à désobéir » seriné dans les armées pendant la guerre d’Algérie. 

BDS : Boycott Désinvestissement Sanctions.
Sur un moteur de recherche bien connu et non censuré on peut lire : « c’est une campagne internationale appelant à exercer diverses sanctions économiques, académiques, culturelles et politiques contre Israël afin d’aboutir à la réalisation de trois objectifs : la fin de l’occupation et de la colonisation des terres arabes, l’égalité complète pour les citoyens arabes palestiniens d’Israël et le respect du droit au retour des réfugiés palestiniens ». En France en particulier, le mouvement se définit comme une réponse citoyenne et non violente à l’impunité d’Israël. Si, dans la plupart des pays, les appels au boycott n’ont rien d’illégal, en France, depuis la « circulaire Alliot Marie » de 2010, tout appel au boycott est pénalisé, puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende et les procès se multiplient. A Toulouse 4 personnes sont citées à comparaître pour « entrave à l’exercice normal d’une activité économique ». Leur délit ? Avoir distribué des tracts sur le trottoir devant deux grandes surfaces en Décembre 2014 et en Février 2015.
Alors question : Israël serait-il si fragile pour trembler ainsi devant quelques distributeurs de tracts pacifistes ? Ce petit pays de 8 millions d’habitants qui est le 8e plus grand exportateur d’armes du monde, qui est aussi une puissance nucléaire… craindrait plus que tout d’être interpellé par des universitaires, des artistes, des intellos… au point que ses partisans inconditionnels ont besoin de jeter l’anathème sur leurs contradicteurs en pratiquant des amalgames sordides, les assimilant à des antisémites, des criminels, des terroristes, des islamo-gauchistes (ce qui ne veut strictement rien dire)… brandissant avec la plus évidente mauvaise foi les accusations les plus extrêmes pour imposer silence, envoyant leurs troupes couler nuitamment de la colle dans les serrures d’un petit cinéma de rien du tout pour empêcher un débat concernant la demande de libération d’un homme emprisonné depuis plus de trente ans et rassemblant une centaine de spectateurs ?

« Israël ne laissera pas BDS occuper le terrain médiatique » vient de déclarer le premier ministre d’Israël. Propos rapportés par Israël Valley, site officiel de la chambre de commerce France-Israël, qui précise que 33 millions d’euros et 35 emplois supplémentaires seront ajoutés pour contrer ces pacifistes tant redoutés qui font faire des cauchemards aux politiciens de la Knesset.

Quelques jours après, à Toulouse, était annoncée dans des locaux municipaux un diner de Gala organisé pour BHL et l’ambassadrice d’Israël… qui s’est fait remarquer en début d’année en exigeant le retrait d’un portrait du palestinien Marwan Baghouti, homme politique et chef militaire palestinien, incarcéré dans une prison de haute sécurité israélienne, élément d’une exposition organisée par une salle des ventes à Paris comprenant 36 « unes » de Libé relookées par des artistes et vendues au profit de « reporters sans frontières ». 
La collaboration entre la salle des ventes, Libération et RSF a été interrompue, Libération refusant de retirer la une contestée, et des artistes retirant leur œuvre par solidarité… « Je suis étonné qu’une ambassade étrangère puisse décider de ce que l’on expose ou pas. Et qu’une maison de ventes cède aux pressions. Je ne tenais pas à envenimer tout cela. Dans les années 70, je me suis élevé contre le jumelage de ma ville, Nice, avec l’Afrique du Sud. A l’époque on disait la même chose de Mandela. Je n’ai pas cherché la provocation avec cette une » regrette Ernest Pignon-Ernest…

Utopia Toulouse a porté plainte et réfléchit aux suites judiciaires à donner. L’Union Juive Française a publié un communiqué « BDS, Merah, Utopia, même combat »
Mais tout de même… ce genre de comportements, ces amalgames aussi stupides que grossiers, ces pressions (auxquelles cèdent un peu trop facilement les élus), ces interdictions successives… ne sont-ils pas plus productifs d’hostilité envers Israël que des tracts protestant pacifiquement contre une politique d’apartheid que plus grand monde ne conteste ?

En savoir plus :
UJFP
BDS France

Commentaires

1. Le vendredi, février 19 2016, 15:13 par laure

c’est honteux, après on entend les pas d’amalgames le vivre ensemble. Soutien à Utopia !