PCA Paysans et Consommateurs Associés Bordeaux

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Vallée de l’Isle - PCA

Il y a des jours où on ressent une profonde lassitude. Ce matin par exemple, chercher dans la boue les cadavres des poulets estourbis par le renard hier soir m’a rendu peu primesautier au-delà du raisonnable. Il ne nous laisse aucun répit, l’animal ! On ne peut pas baisser la garde. Rentrer de Bordeaux le Mercredi après la tombée de la nuit et monter dans les bois fermer les cabanes : il est passé par ici, il repassera par là, dès que tu t’absenteras ! 
Demain, direction la coopérative agricole. On commande des clôtures mobiles électrifiées à poser devant la clôture existante. Ça peut paraître un peu concentrationnaire comme architecture de défense mais on ne sait plus à quel saint se vouer.
Comme j’ai l’avantage de la double culture, urbaine/rurale, j’ai d’abord appelé un ancien camarade d’enfance. Epoque Argenteuil, ZUP Nord, 26 Boulevard Lénine, Bâtiment 16, escalier M. Un peu bourru au premier abord mais bon esprit dans le fond. On s’était connu sur la dalle, il avait d’abord voulu jouer au foot, puis rapidement il avait voulu mon ballon. 
En sortant du commissariat on avait finalement sympathisé et il m’avait affirmé : « Si un jour y’a un blaireau qui te pourrit la vie, tu m’appelles et je lui mets la misère. » Blaireau, renard, c’est la même engeance de nuisibles. J’appelle donc Rorosse et lui dépeint le tableau. Réponse immédiate de l’intéressé « Bon bin le renard, y viens, tu lui niques sa mère. Y reviens, tu lui niques sa race ! »Tout simple, il n’allait pas quitter la dalle pour ça !

Pas d’affolement, si le renard fait drastiquement baisser la profitabilité de notre activité d’élevage en ce moment, nous ne sommes pas prêts à mettre la clé sous la porte pour autant.
Nous comptons bien nous rebecter la cerise avec les fraises qui sont déjà en fleurs et qui viendront dans deux ou trois mois nous regarnir la trésorerie, si tout va bien et que les chevreuils n’ont pas tout bouffé d’ici là.
Et puis les attaques de nuisibles, ça fait partie du jeu, on ne va pas faire une manif de tracteur devant la préfecture pour si peu. De toute façon on a peu de chance d’arriver jusque-là avec notre vieux Massey de 1954. 
Si on compare avec la situation des éleveurs de porcs ou de vaches laitières, on pourrait presque se prendre pour des nantis. Je ne vous parle même pas de mon bon vieux copain de marché, viticulteur en Gironde et bon vivant devant l’éternel. Un blagueur qui regrettait un jour « J’ai tellement utilisé de produits phytosanitaires que quand je passe devant un étalage de fruits et légumes, je peux te dire le dernier traitement qu’ils ont reçu, rien qu’à l’odeur ». Ces derniers temps il n’avait pas la forme, il ne cassait plus la croûte avec nous et était passé sous la barre des 100 kilos. Quand on lui conseillait d’aller quand même voir un médecin il répondait « Non ça ira : si c’est pas grave ça va passer et si c’est grave, y’a rien à faire ». 
Finalement c’est nous qui sommes passés le voir avec les copains, à l’hôpital. Il avait le moral, on venait de lui faire une piqure d’EPO et de lui annoncer qu’il avait un cancer. Examens complémentaires à Bergognié, cancer généralisé.

Ce n’est pas pour cette raison que nous n’utilisons pas de produits chimiques, c’est juste qu’en vérité on n’en a pas besoin. Petit élevage, petites surfaces, grande diversité de cultures et si on en perd un peu, maladie, ravageurs ou autres, c’est pas grave. On ne peut pas faire du 100%. Par contre, quand les enjeux sont trop importants (dizaines d’hectares de vignes, centaines d’hectares de cultures, dizaines de milliers d’animaux), les gars traitent en préventif car ils n’ont pas droit à l’erreur, ils ne s’en relèveraient pas ou trop difficilement. C’est le système qui est mauvais et presque tout le monde le sait mais quand le tracteur suit une ornière depuis des années, c’est bien difficile de l’en faire sortir.
En attendant vous pouvez toujours venir sentir les produits de PCA chaque Mercredi entre 19h et 20h à la salle de la cheminée du cinéma Utopia et si vous y trouvez une odeur désagréable, c’est que vous avez le nez trop près de la bouche !