RECHERCHE ZADISTES POUR OPÉRATION GIRONDE

Un article percutant de Fabrice Nicolino dans CHARLIE-HEBDO du 22 Juin

Golf immobilier
RECHERCHE ZADISTES POUR OPÉRATION GIRONDE
Avis à la jeunesse désœuvrée : au sud de Bordeaux, des malandrins sont en train de flinguer au bull 200 hectares au pays du vison d’Europe. Il n’y a rien de plus beau à la ronde, mais les promoteurs, soutenus par des élus très méritants, veulent un golf. Le quatorzième de la région, au bord de la Gironde.

 

Tout est donc possible, mais situons d’abord le lieu, qui borde la Gironde au sud de Bordeaux, sur la commune de Villenave-d’Ornon. Ces 200 hectares de prairies humides et d’étangs sont l’un des derniers espaces naturels du coin. Y baguenaudent le très menacé vison d’Europe et quantité de bestioles qui n’ont jamais été recensées sérieusement. On y trouve aussi l’angélique des estuaires, aux fleurs ovales et blanches, protégée au plan européen. Une partie est en zone Natura 2000, réseau européen des plus beaux territoires écologiques de l’Union.

 

En 1988, Éric Bez, un type de 28 ans, réussit un coup de maître en acquérant d’un côté 112 hectares à des proprios privés et 96 à la commune, qui les avait achetés à la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB). Pourquoi Chaban-Delmas, alors patron de la CUB, s’est-il délesté de 96 hectares aussi merveilleusement placés ? La chambre régionale des comptes, en 1993, écrira avec vilenie : « La CUB s’est dessaisie d’un élément important de son patrimoine qui avait vocation à être aménagé dans un but d’intérêt général. En outre, la commune [Villenave-d’Ornon] a directement contribué au détournement de la vocation initiale de ce terrain au profit d’une opération de promotion immobilière. »
Promotion immobilière ? On se rapproche. Le maire villenavais de l’époque, Claude Barande, socialo, fourgue à Éric Bez ses 96 hectares à un prix dérisoire. Pourquoi ? No comment. Mais le terrain inconstructible devient, après modification du plan d’occupation des sols (POS), constructible. Plus tard, la société d’économie mixte dont Barande est le président sombrera dans le scandale, avec un trou de 27 millions de francs qui ne seront pas retrouvés.
Il n’est que temps de présenter le bénéficiaire du somptueux cadeau : Éric Bez est le fils de son père, Claude Bez, qui a régné sur l’équipe de foot des Girondins de Bordeaux entre 1978 et sa mort brutale en 1999. On se contentera d’écrire, car on est entre nous, que papa Bez aura été de toutes les belles affaires bordelaises pendant une vingtaine d’années.
Reprenons. Le jeune Éric veut faire un golf, 1500 logements sur une trentaine d’hectares, un parc d’affaires. Poursuivi devant les tribunaux pour de nombreuses illégalités, Bez obtient finalement un non-lieu en deux temps – 2010 et 2012 –, mais le garçon semble refroidi, car il remet en vente son jackpot. À qui ? À un groupe immobilier turco-belge, Vizzion, bientôt racheté par Gonzague Mulliez, l’un des grands de la famille du même nom. Mulliez, à qui aucun élu local ne saurait résister, c’est Auchan, Decathlon, Saint-Maclou, 500 000 emplois dans le monde et 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Précisons ce que tout le monde aurait pu deviner : à la suite d’une flopée de perquises ces dernières semaines en France, en Belgique et bien entendu au Luxembourg, la famille Mulliez pourrait se voir infliger un redressement de plusieurs centaines de millions d’euros pour fraude fiscale.

 

Qu’ajouter dans l’espace imparti ? La zone convoitée est très importante pour la régulation des crues de la Gironde, car c’est une sorte d’éponge. Le golf prévu, qui ouvrirait en 2018, serait le quatorzième en Gironde, où les richards aiment tant la nature. Juppé, maire de Bordeaux et ci-devant ministre de l’Écologie quelques semaines en 2007, s’en branle, à moins qu’il n’ait de bonnes raisons cachées de laisser faire. Noël Mamère, maire de la commune voisine de Bègles, agite à peine la main, lui qu’on a connu si vibrionnant devant les caméras de la télé. Les bulldozers sont déjà là, mais n’ont pas encore tout massacré. Reste une poignée d’opposants qu’on salue ici même (une adresse électronique : plantation@riseup.net). Ils parlent de beauté. Ils se souviennent des fermes d’antan où l’on allait chercher le lait au cul de la vache. Ils écrivent à propos de ce qui pourrait être : « Croquer une feuille d’ail des ours. Bêcher la terre. Marcher sous la pluie un samedi matin. Tailler un arbre fruitier […], retirer ses souliers pour plonger ses orteils dans l’eau fraîche. » Ils sont décidés à se battre, seuls contre l’immensité. Un seul véritable espoir : construire une ZAD sur les bords de la Gironde. Candidats, ne pas s’abstenir.
Fabrice Nicolino

Commentaires

1. Le lundi, août 15 2016, 23:25 par Fanny

Et la même histoire se répète encore et encore !!! Tenez-moi informée de la suite, s’il y a ZAD, je peux venir en soutien. Mère de deux enfants, il est de mon devoir de lutter haut et fort.