Les WC étaient fermés de l’intérieur, par les aviculteurs de proximité

Âne
 

Paysans et Consommateurs Associés Bordeaux - Vallée de l’Isle - PCA

 

En l’absence de ma tendre moitié partie pour une semaine parcourir l’Italie jusqu’à Trieste afin de vérifier si l’adage de Samuel Becket : « Nous ne voyageons pas pour le plaisir que je sache, nous sommes cons, mais pas à ce point ! » conserve toute sa pertinence, en son absence disais-je, libéré de la plupart des servitudes ordinaires de la production et de la commercialisation qui nous permettent habituellement de nous constituer des conditions de vie que nous sommes parvenus à rendre décentes, les journées se partagent entre oisiveté relative et activités choisies. Apprentissage de la lecture dans différents champs des sciences sociales, visionnage de documentaires historiques atroces et écoute d’émissions radiophoniques disparues tels les entretiens menés par Ruth Stégazy dans « Terre à terre » avant qu’elle ne délaisse la maison de la Radio pour mettre son indéniable talent au service d’une autre culture (celle des céréales anciennes), longues courses à pied ou à vélo dans la campagne avec nos chiens comme auxiliaires de motivation et de motricité, combats d’entraînement à la boxe anglaise contre d’anciens alcooliques et gros fumeurs ruraux en mal de rédemption par le sport, bref on s’occupe, mieux qu’un poisson rouge en son bocal.

 

 

L’anecdote agricole, puisqu’il faut bien justifier qu’on vous gratifie de loin en loin d’un épisode saillant de notre existence insignifiante, c’est un peu « Le mystère de la chambre jaune » ou plus prosaïquement « Les WC étaient fermés de l’intérieur ». Après deux attaques de prédateurs anonymes ayant coûté la vie à une grosse soixantaine de nos protégés début Décembre, mon épouse qui ne baisse jamais les bras devant l’adversité avait, avant de s’accorder cette pause salutaire pour ses diverses tendinites, entrepris de combler les failles du système de dissuasion que nous avions érigé l’année dernière pour tenter de mettre fin aux incursions barbares. Notre petit élevage dans les bois est donc ceint d’un filet électrique interdisant théoriquement à tout prédateur terrestre d’y pénétrer sauf à utiliser des moyens aéroportés ou souterrains. Or le soin qu’elle a mis a ré-intensifier électriquement notre ligne de défense s’est révélé infructueux puisque ce matin, je découvre à nouveau une quantité inavouable de volailles martyrisées et sans vie. Loin de moi l’idée de remettre en cause en son absence la pertinence de la division sexuelle du travail qui caractérise notre couple et organise les tâches sur la ferme plus en fonction des compétences personnelles que de l’ordre symbolique en usage. Mais comme lui échoient plus particulièrement les domaines, entre autres, de la plomberie, de la mécanique et de l’électricité quand je me consacre plus significativement à l’esthétique générale de l’endroit, au rangement des outils et aux agencements de décoration, je reste interdit devant l’énigme qui s’offre à ma sagacité : « Mais par où ils rentrent ces bâtards de tueurs de poules ? Nom di Djo, de nom di Djo ! »

 

Inutile d’insister dans l’espoir d’obtenir le détail du plan diabolique qui germa ensuite dans mon esprit malade pour me permettre à coup sûr d’offrir au retour de mon intermittente voyageuse un trophée en fourrure de dévoreur de poules. Nous sommes suffisamment en délicatesse avec les décrets dits de bio-sécurité (censément mis en place pour contrer la diffusion de la grippe aviaire alors qu’ils ne sont objectivement efficaces que pour finir de détruire le petit élevage et la basse-cour familiale au profit de l’agro-industrie et de ses affidés) pour ne pas aggraver notre cas en affichant publiquement nos stratégies défensives toutes personnelles quoiqu’inspirées du célèbre couple formé par un certain Monsieur Seguin et sa chèvre. Rassurez-vous toutefois, contrairement à la chèvre, ici l’appât ne risque rien. Un vieux fond de compassion bouddhiste m’incline déjà à éviter grenouilles et mulots au volant, ce n’est pas pour offrir nos animaux domestiques en sacrifice à ce qu’il reste de faune sauvage, si on peut l’éviter.

 

En attendant le résultat de ce stratagème et la nouvelle année, profitons de cette période de trêve dans nos occupations laborieuses pour prendre du recul et de justes résolutions pour le cycle à venir. Quelques pistes jetées à la « va comme je te pousse » pour les âmes errantes en mal d’inspiration : tenter de consulter son smartphone moins de 150 fois par 24 heures (moyenne mondiale), voire le jeter et réapprendre à être vacant ; questionner préalablement la pertinence de nos actes de consommation pour le cas échéant y surseoir ; éviter si possible de se reproduire, ou alors il faut vraiment qu’on s’organise autrement parce que ça commence à manquer sérieusement de places de parking autour des magasins de poussettes !

 

 

Chaque Mercredi de 19h à 20h30 au cinéma, salle de la Cheminée, des petits producteurs de Dordogne et de Gironde apportent leurs légumes, leurs œufs, volailles, rillettes, pain, miel, nougat, veau, bœuf, agneau, fromages de chèvres, jus de pomme, légumes secs, huile… Vous pouvez venir passer commande le dernier Mercredi de chaque mois. PCA, c’est ça. C’est aussi une dégustation de vin bio chaque mois, un pique-nique convivial en fin de distribution et d’autres choses encore si vous le souhaitez. Le projet est d’apporter par vos commandes un soutien concret à une agriculture de proximité, sans pesticides ni engrais chimiques ni OGM, qui se démarque des procédés de production agricole industriels dominants et de montrer qu’il reste possible de s’approvisionner en produits de qualité grâce aux circuits courts. Nous vous attendons donc un de ces Mercredis pour rencontrer les producteurs et découvrir notre système si l’idée vous tente, vous convient.