Le Bassin à flots, quelle galère !

Bon, je sais : difficile d’être audible dans le grand barnum électoral qui sévit actuellement autour de nous. Mais, faut-il le rappeler, nous avons un petit problème qui menace à moyen terme, disons trois ou quatre ans, l’existence même d’Utopia à Bordeaux. Il s’agit, on vous l’a peut-être un peu trop martelé, de cette ambition affichée d’UGC de se faire plus grosse que le bœuf au Bassin à flots en portant sa capacité de feu sur la ville à 31 pièces d’artillerie contre 18 actuellement. Une prétention validée par la Commission Nationale d’Aménagement Cinématographique et contestée par nous le 30 Mars devant la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux, en compagnie de la Médiatrice du Cinéma et de quelques élus soucieux de leurs salles publiques de proximité déjà lourdement impactées par le développement tous azimuts des multiplexes.
Une démarche rendue d’autant plus légitime à nos yeux que le discours martelé, ad nauseam, par nos autorités de tutelle sur l’impérieuse nécessité de se montrer très fermes dans la défense de la diversité et de l’exception culturelle relève d’un mythe quasiment fondateur. On se souvient ainsi, d’André Malraux et son joli « par ailleurs le cinéma est une industrie » : dans la culture multiplexe, les termes sont hélas inversés. Des intentions donc, proclamées mais battues constamment en brèche par une décision de la CNAC qui conduirait, par le développement déraisonnable d’un opérateur privé, à la disparition programmée sur Bordeaux d’un autre opérateur privé, connu et reconnu pour sa réussite et la qualité de sa programmation.

 

C’est donc le cœur léger et muni du saint viatique de nos espérances que ce Jeudi 30 mars à 9h, après un petit café et une brioche avalés sur le pouce, nous nous sommes retrouvés à la barre de la Cour Administrative d’Appel.
Dans la salle, notre avocat, un sympathique spécialiste en droit public, celui des autres plaignants, frétillants comme des gardons, et celui de l’hydre d’UGC, une jeune femme rayonnante de sa maternité prochaine dont il était visible qu’elle incarnait bien plus que nous les lendemains qui chantent… 
Sur une estrade, nos juges. A première vue plutôt bienveillants et sur le côté, face à un micro, un dernier personnage dont il était patent qu’il allait jouer dans l’affaire un rôle important tant il faisait ex-gendre idéal promis à un ex-futur destin présidentiel. Nous eûmes raison d’y voir un funeste présage. En effet, à peine installé dans son rôle de « rapporteur public » – c’est ainsi que l’on nomme l’illustre personnage en charge de donner de la chair au dossier dont devront débattre les juges – notre notre homme se mit à jouer sa partition en thuriféraire zélé d’UGC parfaitement décidé à faire passer le goût de la brioche à votre ciné favori et à tous ces empêcheurs de construire en rond et en carré dans de glorieuses friches industrielles. 

 

Peut-être même faillit-il pousser le zèle thermidorien jusqu’à souhaiter qu’un sang impur abreuve nos sillons. Bien sûr je rigole, mais sans doute y a-t-il une manière simplissime de présenter les choses qui ne vous laissent que le choix d’applaudir des deux mains. Qu’on en juge :
« Le projet de multiplexe des Bassins à Flot s’inscrit dans le cadre d’une opération de renouvellement urbain de grande ampleur, permettant, outre la satisfaction des habitants et usagers, le rééquilibrage des équipements de type multiplexe entre le Sud et le Nord de l’agglomération, une meilleure diffusion des œuvres et une durée d’exposition satisfaisante de celles-ci contribuant ainsi à une plus grande diversité cinématographique ». Fermez le ban : pas de sang, pas de larmes, que des lauriers ! Et l’impression que le plus petit bémol que vous auriez l’outrecuidance de prononcer ferait de vous un ennemi du peuple voulant faire obstacle au progrès, à la croissance, à l’emploi et finalement, ironie du sort, à la culture…
Alors, inutile de vous en dire plus : ce multiplexe se fera comme bien d’autres et la part du pire du cinéma américain et des produits dérivés qui vont avec continuera à flamber malgré notre opposition, celle des élus, celle de nos collègues des salles de proximité et malgré celle, aussi et surtout, de la Médiatrice du Cinéma qui en connaît un rayon sur les rapports de force à venir dans l’exploitation et entendait par son opposition prévenir plutôt que guérir… on en reparlera forcément. 

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.cinemas-utopia.org/U-blog/bordeaux/index.php?trackback/1830

Fil des commentaires de ce billet