TGV Paris - Bordeaux en 2 heures : un progrès inoui ?

Attendue par les uns, redoutée par les autres, la nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse Tours - Bordeaux entrera en service commercial le 2 juillet 2017, permettant de diminuer le temps de trajet entre Paris et Bordeaux d’environ une heure.

 

Les quelques 600 km séparant ces deux métropoles seront dorénavant parcourus dans le meilleur des cas en 2 heures, sauf conditions climatiques extrêmes (canicules, tempêtes…) dont la fréquence et l’intensité devraient augmenter avec le réchauffement planétaire.
Sans vouloir froisser les compétences de nos brillants techniciens du xxie siècle, il convient de relativiser leur performance, car l’ouverture de la première ligne ferroviaire de Paris à Bordeaux en 1853 avait permis de raccourcir le temps de trajet d’une centaine d’heures ! Nous courons aujourd’hui après les minutes.

 

 

Comme l’a souligné Jacques Ellul, tout progrès technique se paie et ses effets néfastes sont inséparables des effets favorables. Il en va ainsi de la LGV Tours - Bordeaux, dont la construction a coûté 9 milliards d’euros, financés à plus de 50% par la collectivité, ce qui ramène le coût de la minute gagnée à 150 millions d’euros. Alors que le modèle économique des TGV s’essouffle face à la concurrence des avions low-cost, du covoiturage ou des cars Macron, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la pertinence d’un projet qui induira une augmentation sensible du coût du billet. Déjà endettée à près de 45 milliards d’euros, la SNCF prévoit sur la ligne Paris - Bordeaux une perte annuelle de 90 millions d’euros, due aux péages élevés à payer à LISEA, filiale de Vinci, l’heureux bénéficiaire de la concession pendant 50 ans.
Les impacts environnementaux et paysagers des 302 km de la LGV Tours - Bordeaux restent considérables et irréversibles, malgré la mise en œuvre de mesures compensatoires aux effets très limités. L’emprise totale de l’infrastructure est de 5310 hectares, soit plus de 3 fois celle du projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Chaque kilomètre de ligne nouvelle a engendré l’expropriation et l’artificialisation de 17,5 hectares de sols naturels, agricoles ou forestiers. La justice, saisie par les associations environnementales, a condamné récemment Vinci et ses filiales à des amendes de plusieurs dizaines de milliers d’euros pour avoir commis des infractions environnementales lors des travaux de construction de la LGV Tours-Bordeaux. Bref, le bilan écologique du projet n’est pas franchement vert, ce qui explique la forte opposition à la poursuite des LGV au sud de Bordeaux.
Vinci et l’industrie du BTP sont les premiers bénéficiaires du gigantesque chantier qui leur a apporté 9 milliards de commandes. Les autres bénéficiaires sont les promoteurs qui misent sur « l’effet LGV » pour vendre leurs opérations immobilières, notamment le nouveau quartier Euratlantique à Bordeaux. Tous les décideurs espèrent une augmentation de l’attractivité de Bordeaux et du Sud-Ouest, moteur supposé d’une croissance économique et démographique. Les pessimistes redoutent un déferlement des Parisiens et une perte d’identité culturelle de notre région.

 

D’autres liaisons ferroviaires restent à l’écart du « progrès », comme Bordeaux-Nantes (340 km) dont le temps de parcours est passé de 4h à 5h en 2016, ou Bordeaux-Lyon (600km) dont le trajet direct (par Limoges) a été interrompu en 2012.
Amis passagers pressés, pensez, même brièvement, à tous ceux et celles qui ont été sacrifiés et spoliés (agriculteurs, sylviculteurs, riverains…) pour vous permettre de circuler à plus de 300 km/heure entre Tours et Bordeaux.

 

D. Delestre, Président de la SEPANSO Gironde (Société pour l’Étude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest)
www.sepanso.org/gironde/