UGC PROCHAINEMENT PARTOUT ?

Nous voici gâtés au delà de toute espérance. Nous allons en effet perdre un voisin proche : Gaumont et son multiplexe de Talence. Mais, me direz-vous, un multiplexe de moins, c’est une bonne nouvelle. Pas vraiment, hélas ! Car c’était un gentil celui-là, qui broutait paisiblement son pré carré d’herbe tendre sans nourrir le moindre instinct cannibale à notre endroit. A sa place et dans ses onze salles va s’installer un vrai méchant, le prochainement partout UGC. Et ce multiplexe de 11 salles racheté à Gaumont va contribuer à porter à terme sur l’agglomération la puissance de feu de notre prédateur à 42 salles !

 

On imagine notre tête et celle de nos collègues de Pessac et de Mérignac. Pour vous donner une idée de la mauvaise surprise, c’est comme si nos ancêtres de Cro-Magnon avaient vu débarquer sur leur territoire de chasse un Tyrannosaurus Rex en lieu et place du placide brontosaure salué civilement chaque matin. Inutile alors de vous faire un dessin. Que Gaumont, le puissant circuit associé à Pathé, se carapate discrètement hors de l’agglo est un très mauvais signal qui confirme ce que nous redoutions depuis l’annonce de l’ouverture de 13 salles UGC aux Bassins à flot. Il se prépare bien un mauvais coup, en l’occurrence une mise en coupe réglée de Bordeaux par un unique opérateur. Car d’une position dominante à l’instauration d’un monopole, il n’y aura qu’un pas aisément franchi avec 42 salles…

Parce que, excusez du peu, 18 salles en centre ville rue Georges Bonnac, 11 salles à Talence, 13 salles aux Bassins à flot, cela fait bien 42 salles. On voit bien qu’avec une telle offre et avec la politique de programmation agressive d’UGC, il ne pourra rien échapper à ces trois multiplexes. De quel poids pèseront les circuits CGR et Megarama, qui ont une stratégie de programmation beaucoup moins tentaculaire ? Qu’adviendra-t-il des salles municipales de la périphérie qui, actuellement, négocient des garanties d’accès aux copies avec des interlocuteurs dits « coopératifs » ? Là on a la réponse : elles verront, malgré ces copies, leur fréquentation tendre progressivement vers zéro. Et que pèserons-nous nous-mêmes, avec notre coopérative et ses 5 salles de 550 fauteuils ?
Pourtant, le croiriez-vous, il existe dans notre pays des instances de régulation. Les fameuses Commissions Départementale et Nationale d’Equipement ou d’Aménagement Cinématographique (CDEC et CNAC) chargées, parait-il de veiller au bon exercice d’une concurrence saine et loyale entre les opérateurs. Faut-il l’avouer, nous y avons surtout vu pour notre part une saine occasion de rigolade tant les choses semblent jouées d’avance dans ces commissions, entre élus qui s’échangent petits et grands services et hauts fonctionnaires aussi loin que possible des réalités de ce bas monde. Tous en phase, cependant, pour réduire le vivre ensemble à son expression la plus mercantile et la plus triviale. C’est par exemple ce que nous avons parfaitement intégré à écouter l’application qui était mise par le rapporteur de la Cour administrative d’appel de Bordeaux à nous ensevelir sous un fatras d’études, d’enquêtes et de rapports invérifiables avec nos moyens à nous. Quand ils ont quelque chose dans la tête, ils ne l’ont pas aux pieds disait ma maman. Quand un certain tandem en or Pitch Promotion / Fayat Immobilier, inconnu de nous au bataillon, mais bien en cour à tous les étages de la vie publique, décide d’étaler sur 160 hectares aux Bassins à flot un multiplexe de 13 salles et 2400 fauteuils, dix mille mètres carrés de commerces associés, quatorze mille mètres carrés de bureaux et cinq milles logements, il n’y a rien qui puisse s’opposer à son viril enthousiasme même si, pour faire passer la pilule, les régulateurs, peuchère, en sont réduits à afficher la plus rayonnante mauvaise foi.

 

Qu’en déduire alors si ce n’est que notre démocratie a mal à la tête et que le libéralisme économique dont se revendiquent sans complexe nos sociétés européennes va très mal aussi car il peine à laisser émerger des utopistes capables de s’engager dans de folles aventures. En fait, comme le soulignait avec dépit dans un rapport de stage un de nos jeunes apprentis utopistes : « ce sont toujours les mêmes qui font des cinémas, et qui les font toujours sur le même modèle ». C’est désespérant et stupide car, on le sait, la consanguinité, c’est mauvais pour les neurones. On renforce ainsi jusqu’à la caricature des positions acquises qui n’ont d’autre légitimité que la naissance ou l’argent. En fait, et c’est étrange, notre pseudo libéralisme produit des féodaux, comme le communisme s’était mis en Russie à produire des bureaucrates.