Des Abeilles et des hommes
Par Ste Bernadette le mercredi, août 15 2012, 14:51 - Lien permanent
Paysans et Consommateurs Associés
Bordeaux – Vallée de l’Isle
Chaque semaine les petits producteurs de PCA (Bordeaux) envoient aux petits consommateurs un petit bulletin pour leur donner de leurs nouvelles. En voilà un, tout frais, de Peter et Sylvie, apiculteurs dans le Périgord vert – Fleur de Miel. Ça tombe bien, nous sortons justement en avant-première le formidable film documentaire Des Abeilles et des hommes…
Alors que beaucoup sont en vacances, les abeilles continuent leur
travail de sentinelles de l’environnement et de pollinisation, donnant à
l’apiculture un rôle déterminant dans la nature. Subissant les
modifications écologiques causées par l’homme, l’abeille est donc un
très bon indicateur de l’état de l’environnement.
Alors réjouissons-nous, car un combat a été gagné ce printemps avec
l’interdiction de la préparation Cruiser OSR pour l’enrobage des
semences de colza de cette année ! Le motif du nouveau ministre fut : «
L’exposition des abeilles au travers des résidus de Thiamethoxam,
substance active de ce produit, dans le nectar de colza, à la dose
sublétale* (*qui n’est pas mortelle, mais presque) ayant des effets
néfastes sur le retour à la ruche des abeilles butineuses, ne peut être
exclue ».
Cependant, cette bonne nouvelle, tant attendue depuis des années par les
apiculteurs, pourrait nous réjouir davantage si, sur le maïs, n’était
plus autorisé… le Cruiser 350. Eh oui, nos petites bêtes bienveillantes
vont aussi sur le maïs, elles en récoltent le pollen (très protéiné,
mais pollué) et boivent l’eau émanant de la guttation (phénomène de «
transpiration » de la plante dégageant une eau pleine de minéraux mais
une fois de plus polluée par l’enrobage).
Mais encore… Le Gaucho, que l’on croit
souvent disparu de nos champs, reste toujours utilisé pour l’enrobage
des céréales, comme pour le blé, soit-disant que les abeilles, et autres
insectes pollinisateurs – ou non d’ailleurs (trop souvent oubliés) –
n’y vont pas ! Alors que non seulement la guttation y est également
présente, mais lors des semis, des transports des semences et des
récoltes et surtout comme en ce moment lors des moissons, de fines
particules de poussières polluent tout l’environnement autour. Et puis
n’oublions pas que ces produits restent rémanents dans la terre et dans
l’eau un grand nombre d’années, polluant ainsi les cultures à venir sur
ces parcelles, les nappes phréatiques et les cours d’eau.
Malheureusement
ce ne sont pas là nos seuls soucis. Bon nombre d’autres dangers nous
menacent comme l’épandage massif d’insecticides pour la démoustication
de la vallée de la Garonne contre le moustique tigre ou contre la mouche
du brou de noix ici en Dordogne, toujours autorisé malgré
l’interdiction faite par la Directive européenne 2009/128/CE. Situation
folle ou ubuesque quand on sait, et la chose est démontrée
scientifiquement, que les molécules utilisées ont un impact négatif sur
les abeilles et personne ne s’alarme que certains de ces produits,
utilisés par exemple dans les Landes, portent la mention « risque
possible pendant la grossesse d’effets néfastes pour l’enfant »…
Le 4
mai 2012, à la veille du second tour, le gouvernement reconnaissait
officiellement le lien entre les pesticides et la maladie de Parkinson
chez les agriculteurs.
« Selon la loi Grenelle 2, l’épandage aérien
ne devait être autorisé que dans le cadre de dérogations
exceptionnelles. À voir la multiplication des arrêtés préfectoraux
signés ces dernières semaines un peu partout, il semblerait que ces
dérogations deviennent la règle », écrit Le Monde dans son édition du 23
Juillet 2012.
C’est le précédent gouvernement, par l’intermédiaire
de la circulaire du 5 mars 2012 de son ministre de l’agriculture, Bruno
Lemaire, qui a souhaité assouplir l’interdiction de pulvériser par voie
aérienne sept pesticides utilisés comme fongicides et insecticides. Les
préfets sont donc invités à autoriser les épandages de ces pesticides à
titre dérogatoire.
Et bien sur les OGM sont de plus en plus
utilisés, légalement ou non. C’est pourquoi il est primordial pour les
générations futures de réfléchir à l’impact de nos actes sur la nature,
car c’est la consommation qui guide la production !
Ici à St Julien
de Bourdeilles, nos jachères mellifères continuent d’apporter une
biodiversité pour nos abeilles, mais jusqu’à quand ? Nous sommes dans un
milieu encore plutôt préservé et les fleurs sauvages sont très
présentes, comme la marjolaine en pleine floraison actuellement. Notre
volonté de fuir les grandes cultures pour s’isoler dans les forêts
périgourdines nous permet d’être un peu plus tranquilles envers le poids
des menaces pour l’abeille même si cela diminue la quantité de la
production. Mais ainsi nous sommes fiers de la qualité…
Nous venons
de finir la récolte de miel de châtaignier dans certains secteurs. Dans
d’autres, nous le récolteront en Août où il sera mélangé avec la ronce,
le miellat, si la météo le permet, et bien d’autres fleurs sauvages. Les
résultats des analyses des miels de printemps viennent d’arriver.
De nouveaux miels seront donc proposés à la rentrée pour PCA aux saveurs aussi différentes que notre environnement.
Salutations apicoles