Bonne nuit les petits - des nouvelles de la censure…

Les ours-e-s en peluches, les jouets et marionnette de Mathias Théry et Etienne Chaillou rerpésenteraient une menace pour l’ordre public et on ne s’en serait même pas rendu compte ? On n’en revient pas. Pourtant c’est écrit dans Télérama, le Maire d’Argenteuil Georges Mothron (les Républicains) a fait déprogrammer deux films qui devaient être montrés au centre culturel Le Figuier Blanc : 3000 Nuits, une production franco-palestinienne, réalisée par Maï Masri et notre chouchou du mois, La Sociologue et l’Ourson, de Mathias Théry et Etienne Chaillou.

Une pétition a été mise en place pour réclamer leur reprogrammation.

 

Mon gars Georges. Forcément, ça fait hurler. Forcément, ça fait jaser : ce n’est certes pas la première fois (ni maheureusement la dernière) qu’un élu se comporte en petit despote (mal) éclairé en prenant le pouvoir sur la programmation de ce qu’il estime être “son” cinéma municipal. Généralement ça prend la forme d’un licenciement, mais le coup de la censure n’est pas rare non plus. De fait, la censure de 3000 nuits vient après une longue liste de films palestiniens déprogrammés et de directrices-teurs de salles de cinéma, à Montreuil, à Dunkerque, démis de leurs fonctions pour avoir voulu donner un éclairage différent, via le cinéma, à la situation israélo-palestinienne. La censure qui frappe La Sociologue et l’Ourson a, elle, un parfum plus récent - mais tout aussi rance, qui rappelle les invectives, les salissures qui ont accompagné les débats du côté de la “Manif pour tous” - et dont le film, justement, arrive à s’extraire.

« Résister c’est créer », « l’expression culturelle, la liberté de l’artiste doivent être défendues. », « résister, c’est s’ouvrir à l’autre. Créons, partageons les récits et nos histoires pour raconter l’Histoire » on trouve ces belles formules dans l’édito du programme de saison du centre culturel Le Figuier Blanc. Cocasse, non ? Oui, je sais, elles sont signées du diable - pardon, du Président (socialiste) de l’agglo de Montreuil-Bezons. Mais je dois dire que, chapeau, ton acte de bravoure les rendent particulièrement savoureuses.

 

« (…) En ces temps troublés, des sujets tels que ceux-là peuvent rapidement mettre le feu aux poudres dans une ville comme Argenteuil. Dans un souci d’apaisement (…) la ville a préféré jouer la sécurité en ne diffusant pas ces films, évitant ainsi des réactions éventuellement véhémentes de certains. », dis-tu au Parisien. Certes, Georges, les temps troublés, le feu, la poudre, tout ça… je comprends que tu sois a-priori soucieux de la sécurité de tes concitoyens. En l’espèce, il aurait sans doute été utile que tu jettes un œil, même rapide, au documentaire presqu’animalier, charmant, généreux et passionnant que tu as fait dégager des écrans de “ta” ville. Tu aurais immédiatement compris qu’il n’y avait vraiment pas là de quoi casser trois pattes à un canard ni faire rouler sous la table trois grains de chapelet. Et tu aurais probablement insisté pour que ton adjoint à la culture, fervent soutien à ce qu’on en lit de la “Manif pour tous”, aille également à la rencontre du film et du public. Tiens, en lisant cette info j’ai immédiatement pensé à cette chanson de Thomas Fersen, ça s’appelle Georges, c’est charmant, malin et aussi peu provocateur que possible - on dirait un film de Mathias Théry et d’Etienne Chaillou. Et quand tu auras digéré cette polémique un peu pathétique, tu iras voir La Sociologue et l’Ourson, que tu programmeras avec le même plaisir que nous avons eu, programmateurs, à le partager largement autour de nous.

 


Thomas Fersen - Georges par Druggy