On est rentré dans le numérique …Et alors ? (édito227)
Par UTOPIA Saint-Ouen l'Aumône le jeudi, juin 7 2012, 00:00 - Lien permanent
Vous ne le savez peut être pas, chères spectatrices et spectateurs, mais d’ici l’été nous serons, comme toutes les autres salles de cinéma ou presque passés à l’ère numérique. Adieu nos bons vieux projecteurs 35 mm bruyants et nos kilomètres de pellicule sur bobine. On ne l’a pas vraiment choisi, on a même freiné des quatre fers, mais le marché a été plus fort que nous. Conçu par et pour les majors, tout ça pour leur économiser le tirage des quelques 900 copies des Harry Potter ou autres blockbusters et permettre au passage le développement de la 3D, la « contre-révolution » numérique est là et avec elle le remplacement de quelques milliers de projecteurs en France. On n’a qu’a s’adapter et d’ailleurs, nous n’avons pas vraiment le choix puisque de toute façon d’ici la rentrée, il deviendra bien difficile de trouver des films qui sortiront sur pellicule. Nous et vous devrions nous réjouir : fini la vilaine rayure verte sur le côté droit qui vous agaçait, fini les accidentelles interruptions de séance pour cause de pelloche qui veut pas rester sur son galet, et pour nous finis les lumbagos et les suées à porter des copies pouvant peser jusqu’à 40 kilos.
D’ailleurs la plupart de nos collègues se gargarisent à coups d’éditos sur tous les bienfaits du numérique. Tels les soldats américains admirant les explosions atomiques sur l’atoll de Bikini, tels les agriculteurs productivistes des années 60 découvrant émerveillés les bienfaits des pesticides, ou les urbanistes des années 70 vantant le confort des HLM, le monde du cinéma tresse des lauriers à la technologie.
A ce moment de la lecture vous vous demandez pourquoi après tout on fait les grincheux, on pourrait passer rapidement pour des nostalgiques réac du vynil, du reflex, du minitel. Tout simplement parce que au-delà de l’absence totale d’apport immédiat pour vous spectateurs, le passage au numérique c’est surtout une immense casse sociale totalement prévisible, le métier de projectionniste devenant totalement obsolète, sans parler de tous les intermédiaires qui assuraient le tirage et le transport des copies. D’ores et déjà les grands groupes cinématographiques ont largement dégraissé et lors du dernier Festival de Cannes où nous étions tous, la responsable Media de la Commission Européenne, Aviva Silver, peu soupçonnable d’être une gauchiste excessive, estimait que dans un futur proche ce serait 10 000 écrans qui disparaitraient en Europe , ainsi que 30 à 40% des emplois.
Sans parler du fait que tout ce qui est aujourd’hui fait pour l’équipement des salles au niveau des aides régionales, nationales, voire européennes, s’inscrit dans une vision à très moyen terme… Avec une technologie informatique qui à peine installée est déjà obsolète, on peut légitimement se poser la question de la pérennité de nos installations… Un bon vieux projecteur 35mm, s’il était bichonné avec amour et une petite vidange de temps en temps, pouvait tourner tranquilou pendant 20 piges, un projecteur numérique, c’est une autre affaire.
Il nous faut juste espérer désormais que notre nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, saura préserver l’exception culturelle française, et défendre avec autant d’énergie les personnels du cinéma qu’elle l’a fait avec les victimes de la casse de la sidérurgie en Lorraine.
M’enfin quoi ? On va se laisser abattre et ronchonner éternellement ? Mais non rassurez vous, gonflés à bloc par deux semaines cannoises pleines de belles découvertes et de fêtes grolandaises au son des Wampas, on va comme toujours résister avec votre aide, tenter de faire en sorte qu’un bouleversement devienne aussi un atout, que le temps qui nous sera bon gré mal gré libéré sur le montage des copies sera l’occasion de vous assurer un meilleur accueil ou des animations décuplées sur la prochaine saison…
Un peu comme dans l’agriculture avec laquelle nous sentons plein de correspondances où des paysans ont su réagir au rouleau compresseur de l’agroalimentaire et des semenciers, en inventant de nouveaux réseaux comme les AMAP, nous saurons trouver par la solidarité entre professionnels et spectateurs les moyens de faire perdurer ce merveilleux outil de bonheur et d’échange qu’est la salle de cinéma comme nous l’aimons.
Comme dans le jubilatoire dernier Ken Loach, La part des anges, que nous vous proposons le 22 juin en avant-première festive, nous savons que même les situations apparemment difficiles peuvent se renverser avec un peu d’astuce, d’espièglerie (un peu comme dans la vie de Candy, quoi ), de détournement des règles et surtout d’énergie collective pour ainsi déjouer les pronostics. En attendant, allez votez le 10 et 17 juin pour que dans la foulée du 14 juillet, cet été et la rentrée soient vraiment sous le signe du changement !
D’ailleurs la plupart de nos collègues se gargarisent à coups d’éditos sur tous les bienfaits du numérique. Tels les soldats américains admirant les explosions atomiques sur l’atoll de Bikini, tels les agriculteurs productivistes des années 60 découvrant émerveillés les bienfaits des pesticides, ou les urbanistes des années 70 vantant le confort des HLM, le monde du cinéma tresse des lauriers à la technologie.
A ce moment de la lecture vous vous demandez pourquoi après tout on fait les grincheux, on pourrait passer rapidement pour des nostalgiques réac du vynil, du reflex, du minitel. Tout simplement parce que au-delà de l’absence totale d’apport immédiat pour vous spectateurs, le passage au numérique c’est surtout une immense casse sociale totalement prévisible, le métier de projectionniste devenant totalement obsolète, sans parler de tous les intermédiaires qui assuraient le tirage et le transport des copies. D’ores et déjà les grands groupes cinématographiques ont largement dégraissé et lors du dernier Festival de Cannes où nous étions tous, la responsable Media de la Commission Européenne, Aviva Silver, peu soupçonnable d’être une gauchiste excessive, estimait que dans un futur proche ce serait 10 000 écrans qui disparaitraient en Europe , ainsi que 30 à 40% des emplois.
Sans parler du fait que tout ce qui est aujourd’hui fait pour l’équipement des salles au niveau des aides régionales, nationales, voire européennes, s’inscrit dans une vision à très moyen terme… Avec une technologie informatique qui à peine installée est déjà obsolète, on peut légitimement se poser la question de la pérennité de nos installations… Un bon vieux projecteur 35mm, s’il était bichonné avec amour et une petite vidange de temps en temps, pouvait tourner tranquilou pendant 20 piges, un projecteur numérique, c’est une autre affaire.
Il nous faut juste espérer désormais que notre nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, saura préserver l’exception culturelle française, et défendre avec autant d’énergie les personnels du cinéma qu’elle l’a fait avec les victimes de la casse de la sidérurgie en Lorraine.
M’enfin quoi ? On va se laisser abattre et ronchonner éternellement ? Mais non rassurez vous, gonflés à bloc par deux semaines cannoises pleines de belles découvertes et de fêtes grolandaises au son des Wampas, on va comme toujours résister avec votre aide, tenter de faire en sorte qu’un bouleversement devienne aussi un atout, que le temps qui nous sera bon gré mal gré libéré sur le montage des copies sera l’occasion de vous assurer un meilleur accueil ou des animations décuplées sur la prochaine saison…
Un peu comme dans l’agriculture avec laquelle nous sentons plein de correspondances où des paysans ont su réagir au rouleau compresseur de l’agroalimentaire et des semenciers, en inventant de nouveaux réseaux comme les AMAP, nous saurons trouver par la solidarité entre professionnels et spectateurs les moyens de faire perdurer ce merveilleux outil de bonheur et d’échange qu’est la salle de cinéma comme nous l’aimons.
Comme dans le jubilatoire dernier Ken Loach, La part des anges, que nous vous proposons le 22 juin en avant-première festive, nous savons que même les situations apparemment difficiles peuvent se renverser avec un peu d’astuce, d’espièglerie (un peu comme dans la vie de Candy, quoi ), de détournement des règles et surtout d’énergie collective pour ainsi déjouer les pronostics. En attendant, allez votez le 10 et 17 juin pour que dans la foulée du 14 juillet, cet été et la rentrée soient vraiment sous le signe du changement !