Agnès V par Agnès Varda

Vous avez peut être raté Les plages d'Agnès récemment. Visiblement ce film vous a plu, je me souviens des séances bondées à Toulouse où certains d'entre sont repartis déçus de ne pouvoir assister à la projection. Deux semaines de rattrapage à Tournefeuille sont déjà prévues jusqu'au dimanche 8 Mars, bande de veinards.

Déja dans Jacquot de Nantes, elle esquissait un portrait, celui de son grand amour Jacques Demy, décédé en 1990, dans un film empli d'une tendresse qui lui est si propre, filmant  les rugosités de son visage avec une indéfectible douceur. Avant que ne sonne le glas du temps qui se joue de la vie, Varda capte ce qu'elle peut encore saisir, délicieuse alchimie d'images rares d'archives, de fantaisie amusée, dans un incroyable puzzle romancé. "Je me souviens pendant que je vis". A 80 ans, cette éternelle jeune fille, cherche peut être à boucler quelque chose, en s'attaquant à une autobiographie déguisée, un film où s'entrelacent les bribes de sa mémoire pas encore fallacieuse. Le temps qui passe, on le sent bien, ne l'enchante pas vraiment. Dans le dispositif filmique que vous avez peut être vu à l'espace Cartier, elle apparaissait déjà avec Les veuves de Noirmoutier, mais par pudeur ou par modestie elle y restait muette. Ici, c'est elle qui parle, d'elle avant tout.

D'abord, il y a les plages, fil conducteur de ses pensées : son enfance à la Panne , son adolescence à Sète, ses premiers flirts cinématographiques à Noirmoutier, les années hippies à Venice en Californie et enfin cette plage reconstituée dans la rue Daguère à Paris où se trouve sa maison de production et ses bancs de montage. Nous y rencontrons du beau monde évidement. Godart qui lui a permis de réaliser son premier film à succès Cleo de 5 à 7, l'ombre de Jim Morrisson sur un tournage à Noirmoutier, Chris Marker, alias Guillaume d'Egypte, qui prend l'allure de son chat favori ou bien encore Jean Vilar, du temps où Agnès était photographe au festival d'Avignon. Philippe Noiret, Jane Birkin, Gérard Philippe, Michel Picoli, les ailes de pierre de Fidel Castro (ah s'il voyait) et son fils Mathieu Demy, évidemment. Autant de petits souvenirs dans la Grande Histoire du Cinéma, photos jaunis, tendresse éclatante d'une grande dame. Le film sera aussi l'occasion de repenser aux 12 travellings, tous de droite à gauche de Sans toit ni loi, de se souvenir de la rage de Sandrinne Bonnaire. Les plages d'Agnès serait plutôt un travelling arrière sur les visages qui ont traversés la vie de Varda, sur un homme (Demy) qui l'a aidé à se construire telle qu'elle est, souvenir qui l'émeut encore jusqu'aux larmes, sur toutes les injustices dont elle a su se faire le porte voix, les Black Panthers, la cause féministe et évidemment les laissés pour compte débrouillards  auxquels elle avait consacré un film magnifique Les glaneurs et la Glaneuse. Les glaneurs obligés de faire les poubelles des grandes enseignes, se ruer sur les invendus de fin de marché, et la Glaneuse, Agnès Varda elle même, glanant des images comme autant de souvenirs impérissables. Il y aura ceux qui préféreront Varda filmant les autres à travers le prisme de son regard plutôt que dans cette entreprise quelque peu mégalo, mais cette vie conté, magnifique prose douce amère, restera sans doute le film de sa vie, à son image, mélancolique, curieusement insatiable, débordante d'imagination. Chapeau bas, la cinéaste.

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