(Dé)Faites le mur : le street-art à l’affiche

gaza2Les amateurs de street-art comme les néophytes seront comblés avec deux films en programmation qui gravitent autour de ce sujet, même si les présenter seulement sous cet angle serait certainement réducteur : Faites le mur de Banksy et Women are Heroes de JR. Engagés, émouvants et drôles.

Le « street-art », l’art qui sort du musée, et se retrouve en bas de chez vous. Le street-artist, au grand dam de nos sociétés, va à l’encontre de la notion de propriété. Considéré comme un délinquant lorsqu’il se réapproprie l’espace public, son action, parfois à la limite du vandalisme, va de la peinture élaborée au pochoir, en passant par le collage ou le graffiti. Cette tribune grandeur nature visant un large public, déjà subversif dans le non-consentement, est l’étendard d’artistes contemporains majeurs. Par-delà les frontières, dans ces villes où se côtoie aussi bien l’immeuble hideux que la prouesse architecturale, quelques trublions arrivent des idées plein la tête, tentant d’agrémenter cette anarchie structurelle.

Banksy, le terroriste de l’art aux œuvres protéiformes, a créé autour de son personnage une chape de béton, refusant la célébrité qui découle de sa démarche. Banksy reste encore et toujours une énigme ; légende ou réalité, il nous arrive avec Faites le mur, prêt à dynamiter le monde de l’art. Entre documenteur sur le street-art et comédie burlesque, le film est une critique acerbe du marché de l’art et de son attitude hautaine et blasée. Mr Brainwash, fake-artist central du film, reproduit jusqu’à l’épuisement des motifs préexistants, sorte de contremaître de moines copistes qui retravaillerait la syntaxe d’un ouvrage et s’en attribuerait la paternité. Dans une sorte de mégalomanie presque naïve, Mr Brainwash (MBW) devient le double lumineux de Banksy ; l’artiste qui accepte d’être sous les feux des projecteurs et dont la vente des œuvres vont atteindre des sommets faramineux (de ridicules ?) : Dr Jekyl et Mr Hyde. Déjà au milieu du xxe siècle, Piero Manzoni, vendaient ses merdes en boîte indexé sur le prix de l’or, les collectionneurs érigeant en icône une œuvre qui les moquait. MBW serait-il le nouveau Borat ? Le film une délicieuse imposture ? La mise en abîme est efficace et drôle, le marionnettiste Banksy actionne les ficelles de son intrigue jusqu'à un point de non-retour. Faites le mur aurait aussi pu s’appeler « Ne pas scier la branche sur laquelle on est assis ». Alors de l’art ou du cochon ?

 

women are heroes 2Pour JR, jeune photographe français, les rues du monde entier sont ses galeries :  des favelas de Rio aux townships de Nairobi en passant par les bidonvilles de Bombay ou ruines de Phnom Penh en pleine reconstruction. JR a décidé de mettre les femmes à l’honneur en partant du constat évident que dans les situations de précarité extrême, les femmes souffrent d’une double punition ; aux conditions de vie déplorables s'ajoutent généralement la charge des enfants à cause des hommes absents (ou morts), sans compter le poids des traditions…De façon authentique, épurée et sincère, JR tente de rendre à ces femmes une reconnaissance méritée. JR leur demande de rire ou de faire une grimace devant l’objectif. L’instant éphémère de détente perdure grâce aux tirages gigantesques qu’il dissémine dans les lieux même où elles ont été prises. Ces femmes peuvent ensuite admirer leurs regards sur une façade d’immeuble, au coin de leur rue, et changer justement le regard qu’elles portent sur elles-mêmes afin de leur rendre une certaine dignité. De magnifiques portraits de femmes en échappatoires.

 

À l’origine de ces deux films, tout est affaire de mur. Mur : structure solide qui sépare ou délimite deux espaces. Le mur, toile éphémère de l’artiste de rue, est le support nécessaire de l’œuvre en construction. Banksy et JR ont justement tous deux un mur-support en commun, le mur de séparation érigé par l’état israélien.  JR s’est déplacé là-bas en 2007, pour une étonnante exposition (Face2Face) des deux côtés du mur. Côté palestinien, il avait exposé des visages gigantesques de Juifs orthodoxes hilares, et du côté israélien des photos de Palestiniens tout aussi enjoués. Banksy, quant à lui, a créé neuf peintures criantes d’injustice du côté palestinien, où l’on peut par exemple, apercevoir une petite fille qui tente de franchir le mur en se laissant porter par des ballons. Un palestinien aurait dit à Banksy qu’il embellissait le mur avec ses pochoirs. Prenant cela comme un compliment, Banksy l’a remercié, quant cet homme a ajouté « Faut pas l’embellir ce mur, il faut le détruire, rentre chez toi ». Comme le pochoir qui trône sur ce mur, œuvre éphémère par excellence, promis à un oubli prochain, les murs tomberont. Puisse encore l’art sous toutes ces formes faire tomber les murs et changer des vies. Et en voilà finalement une bonne raison pour se lever le matin.

 

Et en complément des films pour connaître un peu mieux ces deux artistes : Wall and Piece de Banksy ; Women are heroes et Face 2 Face de JR (aux éditions Alternatives).


JR expo Paris de Women are Heroes from La Boite Concept on Vimeo.

Commentaires

1. Le vendredi, décembre 31 2010, 12:17 par Fred

“Faites le mur”…

Utopia Toulouse - séance du 27 décembre à 15h50,
j’ai croisé un ange *_*

2. Le mercredi, janvier 5 2011, 09:46 par Rodolphe

A voir cette vidéo incroyable de BLU !

3. Le samedi, février 19 2011, 12:03 par cole

lol, trop bien ! mdr

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet