VENDREDI 8 FÉVRIER à 19h... un petit coup à boire, une petite cérémonie de passage de relais, un film surprise... vous êtes invités !

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Elle commence joyeusement, cette nouvelle année, avec la prise en main d’Utopia Tournefeuille par ses salariés à travers la SAS SCOP* UTOPIA SANTA MAGDALENA.
On en rêvait, on s’y préparait, le chemin fut long (très long) et plein de péripéties, parfois douloureuses… mais on y est ! Pas facile de passer du statut de salarié(e)s à celui de responsables d’entreprise. Il y a eu tout un apprentissage qui s’est fait peu à peu où chacun découvrait qu’il était en train de changer de dimension en explorant les règles nouvelles auxquelles il allait être désormais confronté en direct. Il y a certainement un côté exaltant, idéalisé, à la prise de possession de son « outil de travail », comme on dit. Mais c’est un rien angoissant de plonger plus avant dans le réel et de prendre conscience à quel point chacun compte dans l’évolution de l’ensemble.
Une personne, une voix… le choix de la forme coopérative en fait rêver plus d’un et plus d’une, et génère souvent une interprétation quasi romantique, mais il n’est pas gagné d’avance, jamais : égalité de pouvoir pour tous, certes, mais quid de la différence des niveaux d’expérience, d’engagement, de connaissances ? L’équation n’est pas simple : les réponses sont en constant devenir et c’est bien ça qui rend la chose passionnante…
On vous recommande la lecture du dernier numéro de FAKIR, excellent petit canard de François Ruffin, et particulièrement d’une interview de Pablo Servigne, auteur avec Gauthier Chapelle d’un essai passionnant « L’entraide, l’autre loi de la jungle ». En quelques pages, tout l’essentiel de ce qui nous a conduit au choix de la forme coopérative est dit. Au moment de transmettre l’entreprise Utopia, ses fondateurs avaient en tête de trouver le moyen d’en assurer la pérennité (il reste encore 84 ans au bail emphytéotique conclu en 2003…) ; La scop semblait alors le moyen d’enclencher une sorte de course de relais : chaque salarié transmettant à un nouveau salarié qui transmettrait à son tour… Tous responsables de l’évolution de l’espèce Utopia… Fakir et Pablo Servigne confirment : la coopération serait protectrice pour les espèces et la meilleure garante de leur longévité. Ce qui est vrai pour la nature et les peuples divers qui l’habitent ne peut qu’être vrai aussi pour une entreprise qui n’est, après tout, qu’un peuple en miniature.
Mais ne croyez pas que la chose est facile, dit encore Servigne : il faut bosser, la démocratie coopérative, pour être la meilleure des choses, n’en est pas moins la plus difficile à réussir, vu qu’il y faut une sacré dose de bienveillance, d’écoute, de patience et d’acharnement… Autant de valeurs que nos sociétés qui cultivent le chacun pour soi, l’obsolescence et l’éphémère ne sont pas entraînées à pratiquer. Dans une société qui prône la compétition comme moteur de l’économie et célèbre la « croissance » permanente et les « premiers de cordée », l’essai de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, à contre courant du discours « macronien », expose qu’on nous a bourré le mou et que la nature abonde de preuves pour confirmer que depuis toujours, les espèces qui survivent le mieux, le plus longtemps, celles qui transmettent bien leurs acquis et ne cessent de les améliorer sont celles qui pratiquent l’entraide, la solidarité. Alors : la coopération ou la mort ? C’est le credo qui monte des ronds-points où l’intelligence se partage comme le vin chaud qui réchauffe et le café qui revigore… 2019 commence dans l’espoir fou que ce regain de réflexion ne cesse de croitre et embellir…

« Attention, ne soyons pas bisounours : on peut s’associer pour massacrer son voisin » dit aussi l’article. La question du sens de ce qu’on fait est donc primordiale…
Et la question du sens, on ne cesse de se la poser à Utopia depuis quasi un demi-siècle, et c’est bien là que la chose se complique pour ceux qui reprennent la barre. Utopia n’est pas tout à fait une entreprise comme une autre : prendre le relais de ceux qui l’ont créé, c’est s’inscrire dans la continuité d’une histoire, une culture, une façon de fonctionner, des choix partagés par d’autres Utopia avec qui il est capital de renforcer les liens, chose vitale dans un contexte qui n’est pas favorable… Car il y a l’environnement : pour être en bon état de marche, la structure transmise ne s’inscrit pas moins dans un contexte compliqué pour un cinéma qui a fait le choix résolu de l’indépendance en évitant les chemins balisés par les multiplexes. Ni pub, ni pop corn, ni 3D et une programmation qui privilégie le fond, le sens et l’humain, plutôt que celui des performances techniques, des effets spéciaux tonitruants autant que décervelants qui réduisent le plus souvent les sentiments et les personnages à leur niveau le plus convenu, le moins subtil. Des choix revendiqués ardemment, qui agacent parfois les autres exploitants, valent même à Utopia l’hostilité de certains, car il y a dans cette profession une pression générale qui tend à imposer l’idée que sans les blockbusters de l’année, il n’y a pas de salut pour une salle de cinoche, fut-elle classée « art et essai » et subventionnée pour cela. Le fait de recevoir des subsides publics donnant, vous diront nombre d’élus d’obédience parfois inattendue, l’obligation de faire plaisir à tout le monde, de répondre à toutes les demandes, fussent-elles induites par la plus envahissante publicité. Une leçon bien apprise témoignant du peu de considération manifeste par certains élus quant au niveau de réflexion des citoyens : « on a aussi bien des ingénieurs qui veulent voir de la VO que des chômeurs et des ouvriers qui n’en ont rien à faire de la palme d’or et qui veulent juste du divertissement… » répondait à une enquête une programmatrice de salle. Quid de l’idéal « d’éducation populaire » mis en œuvre aux temps lointains du Front Populaire et si cher à des Jean Macé, Leo Lagrange… ? Une bonne raison, on le comprend, de s’efforcer de ne pas dépendre de subventions publiques dites « d’équilibre » ! On en reparlera.

Et là, on a envie de vous dire à quel point vous avez compté dans cette longue histoire et plus que jamais vous comptez, tous autant que vous êtes. On ne dira jamais combien ce sont les choix de chacun qui font évoluer les choses : c’est vrai pour la nourriture, vrai pour les modes de vie, vrai pour tout… et c’est bien parce que depuis le premier jour du premier Utopia en avril 1976, des spectateurs ont osé pousser la porte de ce petit cinéma famélique qui ne ressemblait à aucun autre, et n’ont cessé de le faire depuis, relayant la diffusion de la gazette, faisant savoir la variété des films qu’on y trouvait, organisant des rencontres, des séances pour leurs élèves, contribuant ainsi à leur faire découvrir d’autres horizons cinématographiques que ceux qu’on leur imposait partout… qu’Utopia a pu croître et embellir. Si vous n’aviez pas été curieux de découvrir toutes les cinématographies disponibles du monde, avides de le comprendre plutôt que de vous laisser gaver de mondes imaginaires le plus souvent violents qui font le gras de la plupart des salles du monde entier, il y a belle lurette qu’on aurait jeté l’éponge : chaque fois que vous avez payé votre place, acheté un abonnement à Utopia, c’est notre indépendance que vous avez renforcée. C’est grâce à vous toutes et tous qui lisez la gazette qu’Utopia existe toujours en semant année après année depuis 1976 à Avignon autant de petits cailloux : Saint Ouen l’Aumône en 1987, Toulouse en 1993, Bordeaux en 2000, Tournefeuille en 2003, Montpellier en 2007… et maintenant Borderouge, dans un quartier populaire de Toulouse Nord en février 2019…
Une fois n’est pas coutume, nous le devrons non seulement au CNC, à l’IFCIC et au Crédit coop, nos habituels soutiens, mais aussi à la participation financière de la Région, du Département, l’opération étant rendue possible par la signature d’un bail emphytéotique avec la Mairie de Toulouse… tout comme en son temps avec celle de Tournefeuille. Sur vous repose son devenir.

* Qu’est-ce qu’une SCOP ?

Société Coopérative et participative… C’est une forme juridique faite pour la gestion d’une entreprise, qui se démarque des autres formes par les rapports humains et économiques qu’elle induit dans sa conception même : si dans une SARL par exemple, le pouvoir de chaque actionnaire dépend du volume d’actions qu’il détient, ici, les actionnaires sont majoritairement les salariés de l’entreprise et, quel que soit l’apport de chacun, le nombre de parts compte pour des prunes : une, femme, un homme = une voix. C’est ce qu’on a trouvé de plus démocratique comme façon de fonctionner : le gérant est élu par ses pairs en fonction de ses compétences, mais il ne saurait se passer d’une concertation constante avec ses co-opérateurs. L’entreprise est fatalement tenue de trouver une rentabilité économique pour ne pas disparaître, mais l’enrichissement d’individus ne saurait être à l’ordre du jour : ce qui compte, c’est d’assurer la pérennité de l’entreprise et sa transmission permanente. Si bénéfices il y a, une partie (raisonnable) peut être attribuée – par décision collective – aux salariés et aux coopérateurs, mais il y a des règles, et une bonne partie est systématiquement conservée dans l’entreprise, pour la renforcer de façon constante. Si un salarié souhaite céder ses parts, la notion de plus-value est exclue. C’est un bon outil pour opérer une transmission d’entreprise à des salariés. Plutôt qu’une transmission à un seul, miser sur l’intelligence et le savoir faire collectifs d’un groupe peut sembler davantage propice à son inscription dans la durée, d’autant qu’elle induit une progression/réflexion constante de ceux qui la constituent. Les salariés deviennent ainsi, maîtres de leur propre histoire.

Les conditions de la transmission

La réflexion fut complexe… sachant que la SARL Utopia Latin, gestionnaire de la salle de Tournefeuille, existe depuis 1983 et comporte d’autres activités, il fut vite exclu que l’équipe des salarié(e)s en prenne simplement la continuité. Trop lourd, trop complexe. Une fois décidé de transmettre le bail d’Utopia Tournefeuille qui comprend le ciné et le bistrot à une SCOP créée par les salariés, il fallait établir un prix : ni trop gros pour ne pas fragiliser la future SCOP, ni trop maigre pour ne pas encourir ce fameux « risque fiscal » qui pend au nez de ceux qui sous-évaluent la structure transmise… En effet, le trésor public recevant un bon pourcentage sur le prix de la cession, comme c’est le cas sur toute transaction, verrait d’un mauvais œil qu’on l’ampute d’une part de possibles recettes, avec toutes les conséquences possibles pour le cédant. On a donc fait appel à des études contradictoires, à des conseils divers… pour s’arrêter au choix à la fois modeste et conséquent de 1,4 million d’euros. Sachant que les abonnements déjà payés par les spectateurs d’Utopia Latin viendraient en déduction du prix puisqu’ils seront honorés jusqu’au dernier par la structure repreneuse (soit une prévision de 300 000 euros, avancés déjà par vous, spectateurs et spectatrices).
Reste donc 1 100 000 euros à payer par la jeune équipe. Financés ainsi :
• 600 000 euros prêtés avec confiance par le Crédit Coopératif qui suit les comptes d’Utopia depuis toujours.
• 300 000 euros prêtés par l’IFCIC qui cautionne également le prêt du Crédit Coop…
Le reste sera votre participation puisque vous aller acheter abondamment des abonnements à partir du 1er février pour encourager les scopiteurs…
Quant au produit de la vente… une fois les impôts et les quelques dettes qui traînent réglées, il restera bien un petit quelque chose à Utopia Latin qui sera reversé… pour un projet à venir ? Et pourquoi pas un nouveau cinéma, ailleurs… (?)

UTOPIA BORDEROUGE : ouverture en vue ! 

Les travaux vont reprendre de plus belle après des fêtes anticipées par un repas pris tous ensemble au bistrot d’Utopia Tournefeuille juste avant Noël : entreprises, maitres d’œuvre, maitres d’ouvrage réunis pour un petit moment de partage gourmand juste avant la dernière réunion de chantier de l’année.
On reparlera d’eux tous, et on vous exposera les photos des diverses étapes : depuis le début du gros œuvre par l’entreprise Socotrap qui coule début janvier la dalle finale sur le hall d’entrée dont la couleur devrait être assez réussie, il y aura eu un peu plus d’une quinzaine d’entreprises qui ont fait merveille sous la houlette d’un ange gardien du nom de Boris qui aura assuré la coordination de l’ensemble avec élégance et autorité (si je puis me permettre…) : plomberies et tuyauteries diverses, peintures, électricité, menuiseries, projos… impressionnant de suivre de près la technicité époustouflante qu’il faut pour réaliser ce lieu qui vous semblera très vite familier et qui pourtant est la concrétisation d’un professionnalisme formidable. Les concepteurs du projets, un duo d’architectes talentueux(une femme, un homme…) peuvent être contents du résultat. Ne reste plus que les intervenants de la mairie viennent mettre la touche finale en aménageant les abords (début janvier en principe) et nous pourrons commencer à investir le lieu pour préparer l’ouverture prévue au mercredi 27 février…
On en recausera abondamment dans la prochaine gazette, qui va prendre du volume, puisqu’elle sera commune à Borderouge et à Tournefeuille et sera donc désormais beaucoup plus largement diffusée. Vous pourrez également vous procurer au ciné de Borderouge le programme de l’American Cosmographe… et vos abonnements, ceux du Cosmo comme ceux d’Utopia seront acceptés dans les trois lieux. 

PS : avis à ceux qui ont envoyé leur candidature : c’est maintenant qu’on va enfin trouver le temps de vous rencontrer…

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