Journal de bord 14

« On nous cache tout, on nous dit rien… plus on apprend plus on ne sait rien…. » chantait en 67 Jacques Dutronc, fringant jeunot à la belle gueule… Ça ressemble aux chansons que nous débite la foule des coryphées sur les réseaux sociaux et médias divers, ça cancane, ça ricane, ça tweete, ça facebooque : « mais comment se fait-ce qu’il n’y ait pas un seul gourou qui puisse nous donner une bonne petite certitude à se coller sous la comprenette : petite grippe saisonnière ou grand désastre ? Virus anodin ou catastrophe du siècle? Et pourquoi qu’on n’a pas de vaccin ? et pourquoi qu’on ne peut pas nous dire une date précise pour qu’on puisse retenir nos billets d’avion pour partir en vacances ?… et les masques, hein les masques ?… là, je rigole : qu’est-ce qu’on s’était payée sa tête à la Roselyne lorsqu’elle avait fait fabriquer deux milliards de masques… les Guignols en régalaient les rieurs du soir, les réseaux sociaux s’esbaudissaient… quelle andouille cette Roselyne… et quand ce Covid-ci a commencé à pointer son nez les rires antérieurs n’étaient pas encore oubliés : même qu’on en a entendu plus d’un se moquer de ceux qui voulaient arrêter les bises et se cacher le nez: booho ho ! c’est une grippe comme une autre… puis les infos passant, comme un ban de poissons qui virent tous ensemble, les mêmes qui s’indignaient des dépenses insensées de Roselyne s’indignent maintenant qu’on n’ait pas pensé plus tôt à faire fabriquer deux milliards de masques…

On piaffe dans nos abris, et beaucoup se préparent à foncer dehors à l’aveuglette, dès la levée des écrous, à bouffer n’importe quoi qui vient de n’importe où, à chercher le moins cher pour tout sans se demander pourquoi c’est moins cher… Ça vous épate qu’on fasse fabriquer les masques en Chine ?… mais comment ça, vous avez déjà regardé les étiquettes de vos fringues, de vos tablettes, de vos balais chiotte et des jouets à la con que vous achetez à Noël ?… ya tout qui va pas ! Bordel… ya tout qui est à revoir… Sinon on va repiquer pareil jusqu’à la prochaine, ce sera peut-être pas une grippe… qu’une centrale nucléaire vous pète au nez et vous allez hurler parce que les pastilles d’iodes ne sont pas fabriquées assez vite…

Il y a plein de gens qui expliquent, avec arguments solides et depuis longtemps qu’on joue au con, qu’on ne fait pas les bons choix que plutôt que de fabriquer des barbelés, des blockbuster et des canons on ferait mieux d’investir dans l’humain, dans l’éducation, soutenir les petits paysans et cesser de dézinguer les abeilles avec des néonicotinoïdes (même que je soupçonne mon voisin d’en avoir arrosé son champ hier)… mais bordel de zeus ! Au lieu de faire un plat de la robe de Cécile, de la moustache de José, du pull rouge de Dumont… si on essayait de faire fonctionner nos cervelles… de s’y mettre tous et pour commencer si nous apprenions à nos chères têtes blondes à ne pas gober n’importe quoi… à ne pas se satisfaire d’idées courtes !

Il va bien falloir se rendre à l’évidence et c’est ce que nous apprend ce que nous sommes en train de vivre : nous vivons dans un monde incertain et il est d’autant plus incertain que les comportements humains dégradent notre biotope à toute vitesse… ce virus nous nargue, nargue nos scientifiques qui sont obligés de courir derrière sans savoir s’ils vont trouver les armes pour le combattre… sans savoir exactement quel va être son comportement… Coup de chapeau d’ailleurs à tous ces journalistes qui font de la pédagogie à longueur de journées confinées (France inter, le Diplo, etc…) et nous font part des réflexions en temps réels, nous rappelant la fragilité de nos connaissances et la nécessité de réviser nos comportements… On se croyait sur une terre solide, on a cru qu’en se foutant trois noisettes de crème anti-âge sur la gueule on allait pouvoir gagner l’éternité… ben non ! La science ne peut pas tout, ne sait pas tout. Par contre elle peut aussi inventer de nouveaux problèmes auxquels la bougresse, peine ensuite à remédier…

Edgar Morin le dit hier dans un superbe interview à lire : « Nous devons vivre avec l’incertitude » ! LA science qu’on buvait comme parole d’évangile révèle au grand jour qu’elle nage dans un océan d’incertitudes d’autant que la coquine nature s’ingénie à lui inventer constamment de nouvelles surprises… comme pour se venger des saloperies que l’homme lui fait… « je ne dis pas que j’avais prévu l’épidémie actuelle - dit Edgar Morin -, mais je dis depuis plusieurs années qu’avec la dégradation de notre biosphère, nous devons nous préparer à des catastrophes »… Des catastrophes, il y en a eu dans le passé, et des gratinées, ce n’est pas la première épidémie qui fait des ravages… mais à l’époque on mourrait sans faire tant d’histoire, chacun dans son coin sans pouvoir suivre sur un smartphone les courbes comparées de l’épidémie mondialisée tandis que le comptage des macchabées s’affiche en temps réel… « J’espère que cette crise va servir à révéler combien la science est une chose plus complexe qu’on veut bien le croire. C’est une réalité humaine qui, comme la démocratie, repose sur les débats d’idées… » dit encore Edgar… cet homme précieux qui regrette avec nous que la parole politique ne se fasse pas plus humble et sincère… Mais sommes nous prêts à accepter d’entendre la vérité…

Quiz 14 : commandé par la BBC, réalisé en 1966, le film n’y fut pas présenté sur pression du gouvernement britannique. Le réalisateur démissionna de la chaîne lorsqu’il apprit qu’elle avait cédé aux pressions politiques. Il a réalisé ses films suivants en Suède, aux Etats-Unis, en Norvège, au Danemark et d’autres pays encore, jusqu’en France où il réalise un film à Montreuil dans les anciens studios de Georges Méliès…

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