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BAL-CONCERT SOUS LE MICOCOULIER Deuxième!
SAMEDI 8 JUIN À PARTIR DE 21H DANS LA COUR DE LA MANUTENTION C’était en 2008, en septembre, l’après-midi était pluvieuse et la soirée bien fraîche, on avait failli annuler… et finalement ce fut superbe ! Le premier bal Inouï devant Utopia avait marqué les esprits et certains nous en repar...

AUGMENTATION DES TARIFS À PARTIR DU 15 MAI 2013
(la dernière fois c’était le 17 septembre 2008)Le tarif normal passe à 6,50 euros : + 8,3 %, l’équivalent de l’inflation sur les cinq dernières années. Le carnet d’abonnement passe à 48 euros : + 6,7 %. Il devient encore plus intéressant de s’abonner ! On ne touche pas au tarif de « la séance du...

VOUS EN ÊTES OÙ UTOPIA ? POUR TOUT SAVOIR... OU PRESQUE
Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents : après avoir reçu de nombreuses plaintes concernant l’accès au cinéma et les difficultés de transport, nous vous avions demandé de répondre à une enquête, la question finale étant : si nous déménagions et nous recentrions dans le bassin de pop...

Le restaurant La Manutention a ouvert ses portes.
On y trouve des plats à base de légumes et fruits de saison et des vins de production locale et bio, le tout à des tarifs accessibles. Un petit brunch le dimanche où les enfants sont bienvenus, ils trouveront des jeux pour passer le temps pendant que les parents se régalent des préparations de ...

Deux films de Wang Bing

Également au programme

LE FOSSÉ et FENMING, CHRONIQUE D'UNE FEMME CHINOISE

Deux films de Wang Bing - Chine 0000 VOSTF - LE FOSSÉ (Fiction 2010 1h50 - avec Li Xiangnian, Lu Ye, Lian Renjun, Xu Cenzi…) FENMING, CHRONIQUE D'UNE FEMME CHINOISE (Film documentaire 2007 3h10).

LE FOSSÉ et FENMING, CHRONIQUE D'UNE FEMME CHINOISECeux qui ont vu A l'ouest des rails, monumentale saga documentaire, d'un fol humanisme, sur l'extinction d'une cité industrielle du nord-est de la Chine, ne risquent pas d'avoir oublié Wang Bing. Le diptyque qui sort aujourd'hui, Fengming, chronique d'une femme chinoise et Le Fossé, n'est pas moins ambitieux. Le premier des deux films est un documentaire, le second une fiction, mais ils traitent de la même réalité : le destin de ces intellectuels désignés comme « droitiers » au cours de la répression atroce qui fit suite, en 1957-1958, à la campagne d'ouverture des Cent Fleurs. 400 000 personnes furent alors déportées dans des camps de « rééducation par le travail ».
Les deux films convergent vers un même lieu et une même date, le camp de Mingshui, en bordure du désert de Gobi, au cours de l'un des hivers les plus meurtriers de tous les temps : celui de l'année 1960. La famine consécutive au fiasco du Grand Bond en avant causa alors entre 15 et 30 millions de morts.
A l'automne, 1500 rescapés du camp voisin de Jiabianjou gagnent le camp de Mingshui. A la fin de l'hiver, ils ne sont plus que 500. Le mari de Fengming a fait ce voyage, mais n'a pas survécu. Fengming, c'est ce petit bloc de courage rencontré par Wang Bing, l'unique personnage du documentaire Fengming, chronique d'une femme chinoise. Depuis le fauteuil en skaï de son salon, cette octogénaire raconte d'une traite, face à la caméra, toute sa vie depuis le moment où elle s'est engagée au service de la révolution jusqu'aux innombrables procès et aux multiples déportations auxquels elle et son mari, comme des milliers d'autres, ont été confrontés. Et ce jusqu'à leur « réhabilitation » (posthume pour le mari), en 1978.
Il faut voir ce film. Il faut entendre la parole de cette petite femme, ce débit impassible se voulant objectif malgré l'atrocité de son histoire. Et qui chevrote soudain lorsqu'elle évoque, comme si c'était hier, les mots tendres que lui chuchotait ce mari aimé, la manière dont il la serrait contre lui, leurs « deux coeurs qui battaient alors à l'unisson ».

Le Fossé se concentre uniquement sur le camp de Mingshui, pendant les trois mois les plus durs de la famine de 1960… L'ambition de Wang Bing est de restituer la réalité de la vie dans ces camps, afin de donner une représentation la plus juste possible de l'histoire, encore largement taboue, de la persécution des « droitiers ». Le Fossé est un film de résistance. Résistance à la puissance de la propagande maoïste ; résistance à la politique d'effacement du passé si caractéristique du régime chinois. Cette résistance s'est traduite en acte, par un tournage totalement clandestin, dont l'équipe a été pour une bonne partie recrutée sur place. Tout cela ne dit pas grand-chose du film, mais est essentiel pour en comprendre l'enjeu, la portée. Le Fossé est un montage de scènes d'une dureté souvent insoutenable : Wang Bing ne voulait rien occulter de la réalité de la vie à Mingshui en 1960…
Le terme « survie » semble trop faible pour décrire l'expérience de ces prisonniers que l'on avait cessé de faire travailler mais que l'on sommait en retour de « moissonner leur propre nourriture » dans la terre poussiéreuse du désert de Gobi. L'immensité ocre, radicalement plate, du paysage est l'unique et cauchemardesque horizon de ce film qui vous force à regarder ce qui reste de l'humain quand on lui a arraché tous ses oripeaux.
Tout en mettant en scène le niveau d'indifférence inouï dont l'homme est capable pour survivre, Wang Bing montre aussi qu'il n'exclut pas la persistance d'une lueur, d'une flamme de compassion, d'un esprit de résistance. Et fait ainsi profession d'une foi inaltérable dans la nature humaine.

(I. Regnier, Le Monde)