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LES LUMIÈRES DE LA VILLE, DES NOUVELLES DU PROJET.
Les Lumières de la ville, c’est ce projet qui nous tient à coeur, celui que nous développons patiemment avec la dévouée Marie-Hélène de 100 pour 1 et le non-moins dévoué Christophe pour l’aspect technique. Sans oublier nos complices de Cinambule et du Collectif Inouï. C’est donc la création d’une «&...

Séances bébé
   Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son po...

SÉANCES POUR LES MALENTENDANTS
   Projections de films français avec sous-titres spéciaux pour les malentendants Les séances estampillées du symbole (oreille barrée) dans les grilles horaires indiquent des projections de films français accessibles aux personnes sourdes et malentendantes, grâce à des sous-titres spéciaux appara...

Ils viennent découvrir des films
Que nous les appellions migrants, immigrés, réfugiés… Qu’ils soient partis de chez eux pour des raisons économiques, de famine ou de guerre, raisons religieuses, orientation sexuelle… Ils ont fui l’âme abimée, espérant trouver un endroit où la vie serait possible. Ils sont jeunes et viennent de temp...

PÉTITION POUR QUE BEN RESTE EN FRANCE
Ben jeune ivoirien qui était hébergé par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) dans un hôtel à Avignon a reçu jeudi 19 octobre une Obligation de Quitter le Territoire Français et l’ASE a demandé une levée de placement. Ben peut donc se retrouver à la rue. Ben Diakite est né le 24/03/2000, il a un certifi...

GRAVE

Écrit et réalisé par Julia DUCORNAU - France / Belgique 2016 1h38mn - avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Bouli Lanners, Marion Vernoux... Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2017 : Grand Prix et Prix de la critique. Interdit aux moins de 16 ans.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

GRAVECeux qui ne sont pas atteints comme moi d'une affreuse myopie ne connaissent pas l'avantage considérable que nous les bigleux, les serpents à lunettes, les binoclards, avons au cinéma face à un film d'horreur réussi. Alors que vous, les valides des yeux, les fermez convulsivement – quand vous ne plongez pas carrément sous votre siège – à chaque scène terrifiante, il nous suffit discrètement de baisser un chouïa nos binocles pour ne pas voir l'objet de tant d'effroi. Et il faut bien dire que Grave, formidable thriller horrifique signé d'une jeune réalisatrice quasi inconnue, ne manque pas de moments propices au sursaut d'épouvante et au détournement de regard… Un film hybride remarquablement maîtrisé, qui mêle chronique adolescente très bien vue et suspense haletant digne des maîtres Hitchcock ou Cronenberg.


Pour Justine, jeune fille discrète de bonne famille, tout commence au moment de son entrée à l'école vétérinaire. Pas de stress a priori pour cette étudiante brillante qui arrive en terrain presque conquis puisque tout le monde dans la famille est vétérinaire et... végétarien ! Et sa grande sœur Alexia est déjà sur place, dans la classe supérieure. Il n’empêche que la succession des dis- sections, la vision répétée de grosses bêtes découpées ne sont pas forcé- ment en adéquation avec l’aspiration à l’amour des animaux... Sans compter que Justine doit en passer par le rituel du bizutage. Scène géniale où les étudiants en blouse blanche ensanglantée (peu de temps avant, tout le groupe a été aspergé de sang depuis les étages en guise de bienvenue) attendent, tel un troupeau devant les grilles de l’abattoir, de monter sur une scène où ils devront déguster en guise d’épreuve des foies crus de lapin. Pour une végétarienne, la double punition ! À laquelle elle se soumet...

Mais à partir de cette terrible épreuve, sa vie va changer, la consommation de chair semblant avoir considérablement influé sur son comportement. Libido en hausse qui la dévore et surtout goût soudain de plus en plus prononcé pour la chair sous toutes ces formes. Il suffit d’une épilation intime entre sœurs qui tourne mal pour que l’affaire se corse... On ne voudrait pas vous en dire plus mais vous saurez très vite par toute la presse qu’il est fortement question de cannibalisme. Grave, écrit, construit et mené avec brio, est un bijou pour les amateurs du genre, qui ne seront pas difficiles à convaincre. Mais que les autres ne se détournent pas pour autant, par crainte instinctive du sujet : c’est un film étrange et fascinant, variation assez vertigineuse sur la construction de l’identité d’une jeune fille passant par la transgression des tabous, tant sexuels que moraux. On peut d’ailleurs penser que ce n’est pas un hasard si la réalisatrice a choisi pour son personnage principal le prénom de Justine, référence à l’héroïne de Sade, victime de ses initiateurs puis finalement adepte des plaisirs que cette initiation lui procure...

Mais Grave prend aussi une dimension de fable morale curieusement malicieuse en abordant l’antispécisme de manière à la fois frontale et finalement jubilatoire, ne serait-ce qu’en prouvant bien qu’il ne faut surtout pas forcer un végétarien à manger de la viande ! Car poussons le raisonnement jusqu’au bout : si on peut manger de la viande, pourquoi ne pas manger son semblable, puisque comme nos frères animaux nous ne sommes que chair (une réflexion que me répète en boucle ma chérie végétarienne) ? Bref c’est tout à fait passionnant et Julia Ducournau orchestre cette petite leçon de philosophie horrifique avec un talent fou. Chapeau !