LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance de midi : 4€
Moins de 14 ans : 4€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

À l’attention des enseignants : 9e édition de l’opération CINÉALLEMAND POUR LES JEUNES, en partenariat avec le Goethe-Institut.
 Trois films sont proposés, pour les élèves de primaire, collège et lycée. Plus d’informations au 04 90 82 65 36    D’ÉGAL À ÉGAL Pour les 9-13 ansMichi, 10 ans, vit dans un foyer pour enfants. Une lettre trouvée par hasard ayant appartenu à sa mère disparue lui permet de...

UNE CARTE UTOPIA ?
Oui, vous avez bien lu, je parle bien d’une carte de cinéma Utopia. Vous en rêviez, on s’en doute bien. Mais comme rien n’est vraiment gratuit ou illimité dans ce dur monde de l’exploitation cinématographique (ou même ailleurs, il me semble…) on vous donne une explication. Si cette carte que nous av...

VENIR À UTOPIA… C’EST PLUS FACILE QU’ALLER À MOSSOUL !
   Nous vous mettons ci-dessous, et après vérifications auprès des opérateurs, les tarifs et horaires des différents parkings. Si toutefois ces informations sont erronées, merci de nous le faire savoir que nous relancions nos limiers pour tirer cette affaire au clair. PARKING DE L’ÎLE PIOT, gratu...

Des nouvelles de Ben et Arouna.
Vous avez été nombreux à signer la pétition pour Ben, jeune ivoirien hébergé par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) dans un hôtel à Avignon suite à son Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) du 19 octobre. Contrairement à nos espoirs raisonnables, le tribunal administratif (TA) vient de c...

L’État poursuit Nicole Briend pendant que la BNP-Paribas poursuit ses pratiques d’évasion à grande échelle.
Souvenez-vous, dans une précédente gazette nous vous parlions de cette militante d’Attac, Nicole Briend. Elle est convoquée le 6 février au tribunal de Carpentras pour vol en réunion et refus de donner ses empreintes ADN après avoir participé, avec une dizaine de personnes d’Attac, à une&n...

UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR

Claire DENIS - France 2017 1h34mn - avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine, Josiane Balasko, Nicolas Duvauchelle, Laurent Grevill, Alex Descas, Bruno Podalydès... Scénario de Claire Denis et Christine Angot.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

UN BEAU SOLEIL INTÉRIEURÀ la source de ce film, la proposition faite par un producteur à Claire Denis d'adapter Fragments d'un discours amoureux, de Roland Barthes, bel essai fragmenté et chapitré de 1977, qui évoque la folie magnifique et la subversion insensée de l'état amoureux. Tentation de Claire Denis (rien de ce qui touche au désir n'est étranger à son cinéma), puis doute, puis refus catégorique des ayants droit. L'affaire étant réglée de ce côté, elle rebondit d'un autre, à travers l'association de la cinéaste et de la romancière Christine Angot dans l'écriture d'un film qui s'inspire, assez drôlement, de leurs expériences malheureuses dans ledit domaine amoureux. Ainsi naît ce Beau soleil intérieur, qui ramène Claire Denis sous les sunlights quatre ans après Les Salauds, film amer, mal reçu, qui aura
laissé des traces.

Le résultat de cette genèse à la fois sinueuse et impromptue est une passionnante et, rapportée au cinéma de Claire Denis, surprenante expérience cinématographique, qui tout à la fois emporte quelque chose de l'approche diaprée, immersive et fragmentaire de Barthes du sentiment amoureux, exfiltre l'incisive et ironique noirceur d'Angot sur le même chapitre, déporte enfin le cinéma fiévreux et tellurique de Claire Denis du côté de la comédie sentimentale dépressive et discursive, quelque part entre Woody Allen et Chantal Akerman. L'opération prend la forme d'une rutilante constellation d'acteurs, tous excellents, tous se prêtant avec grâce aux coupes cruelles des deux laborantines en chef, tous tournant à titres variés et en durées inégales autour d'un astre triste qu'incarne, de manière particulièrement bien sentie, avec un quelque chose de sensuellement relâché, Juliette Binoche. Quinquagénaire un peu paumée, très à fleur de peau, divorcée avec enfant, à la recherche de l'amour véritable, Isabelle, artiste peintre, navigue à vue dans une sociologie et une topographie parisiennes qui semblent vouées à ne fabriquer que du même. Bars, appartements, maisons de campagne (dans le Perche ou le Lot), théâtres, galeries, restaurants, commerces de bouche. Aussi bien passe-t-elle d'un amant à l'autre comme un bateau glisse, au risque de se briser, entre un chapelet d'écueils. Xavier Beauvois y pose, avec une gourmande nonchalance, en banquier marié et goujat offreur de fleurs (« j'arrive du Brésil, j'ai une envie folle de te niquer »). Philippe Katerine est le voisin sympa et déprimé qui maraude en bob et cabas à la poissonnerie Secretan, tentant à chaque fois le plan « invitation au pied levé » sans y croire une seconde, en quoi sa lucidité l'honore. Mais encore Laurent Grévill dans le rôle de l'ex qui tente de se remettre dans la course à marche et geste forcés, Nicolas Duvauchelle dans celui de l'acteur ontologiquement incapable de s'arrêter de mettre à l'épreuve son pouvoir de séduction, et bien d'autres encore. Tous ne peuvent être cités, il y en a trop. Voici d'ailleurs le côté « laboratoire » de la mise en scène : l'enchaînement ininterrompu des expériences, le dérèglement invasif du discours amoureux, le principe marabout-de-ficelle qui gouverne le désir de l'héroïne, les lamentables petites agonies qui systématiquement en résultent.

Pour contredire enfin les esprits chagrins qui s'en réjouiraient, cette épopée du désenchantement mène droit à une scène d'essence surréelle et radieuse, au cours de laquelle Isabelle consulte en la personne délicate de Gérard Depardieu, dans une partition infiniment douce et évasive, un voyant. Ici, le langage ne sert plus à définir ou à conquérir, il est un onguent passé comme un velours sur l'âme de la souffrante, une pommade messianique annonçant la venue d'une « nouvelle personne »… Scène d'anthologie, assurément, du cinéma français, petite merveille atmosphérique façon « beau soleil intérieur ». (J. Mandelbaum)