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Le blog des profondeurs...
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Ils viennent découvrir des films
Que nous les appellions migrants, immigrés, réfugiés… Qu’ils soient partis de chez eux pour des raisons économiques, de famine ou de guerre, raisons religieuses, orientation sexuelle… Ils ont fui l’âme abimée, espérant trouver un endroit où la vie serait possible. Ils sont jeunes et viennent de temp...

PÉTITION POUR QUE BEN RESTE EN FRANCE
Ben jeune ivoirien qui était hébergé par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) dans un hôtel à Avignon a reçu jeudi 19 octobre une Obligation de Quitter le Territoire Français et l’ASE a demandé une levée de placement. Ben peut donc se retrouver à la rue. Ben Diakite est né le 24/03/2000, il a un certifi...

LES LUMIÈRES DANS LA VILLE SUIT SON COURS(-MÉTRAGES) !
Pour reprendre un peu l’historique, Les Lumières de la ville, le projet initié par l’association 100 pour 1, Les Ateliers du court-métrage, le Collectif Inouï, Cinambule et Utopia suit son cours… L’idée du projet est de créer des filmsen une journée avec 6 jeunes contactés par l’association 10...

Solidarité avec Jean-Jacques Rue, collègue d’Utopia Saint-Ouen l’Aumône et ci-devant chroniqueur cinéma à Siné Mensuel, et son camarade poète et cinéaste franco-grec Yannis Youlountas.
Jean-Jacques Rue, c’est une figure d’Utopia : un nounours punk qui s’active dans les salles de Saint-Ouen l’Aumône. Chroniqueur cinéma à Siné Mensuel, vous l’avez peut-être croisé à La Manutention en compagnie de Siné ou récemment avec Raoul Peck lors de l’avantpremière du film Le Jeune Karl Ma...

BNP-Paribas attaque en justice une militante d’Attac pour avoir dénoncé son évasion fiscale.
Une militante d’Attac devant la justice. Son tort ? avoir dénoncé l’évasion fiscale de BNP. Nicole Briend, militante d’Attac, est convoquée au tribunal de Carpentras le 6 février pour vol en réunion et refus de donner ses empreintes ADN. Elle a participé, avec une dizaine de personnes d’Attac, ...

WESTERN

Écrit et réalisé par Valeska GRISEBACH - Allemagne / Bulgarie 2017 2h VOSTF - avec Meinhard Neumann, Reinhardt Wetrek, Siuleyman Alilov Letifov, Vyara Borisova, Veneta Frangova...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

WESTERNUn crépuscule bleuté, légèrement vaporeux, tombe sur un petit village bulgare. Un homme et une femme, allongés dans l'herbe drue, contemplent le clocher de l'église, dressé vers le ciel. Le moment a quelque chose de magique, d'onirique. D'un peu poignant aussi, comme tous ces instants qui nous rappellent quelque chose de définitivement perdu. Elle est d'ici, lui est d'ailleurs : il est venu d'Allemagne travailler sur le chantier d'installation d'une turbine électrique. Elle : « Tu n'as pas le mal du pays ? » Lui : « Le mal du pays ? Qu'est ce que c'est ? » La nostalgie, voilà le sujet de Western… Peut-on échapper à la nostalgie ? Et de quoi sommes-nous secrètement nostalgiques, alors même que nous sommes convaincus de ne pas l'être ?
Meinhard donc ne connaît pas le mal du pays : il est chez lui où qu'il se trouve. Nous apprenons à le connaître alors que, peu à peu, il s'acclimate à un nouveau territoire. Il faut voir avec quel calme et quelle sûreté il assujettit un cheval sur la croupe duquel il découvrira, ensuite, le paysage rocailleux et hirsute qui, telle une frontière sauvage – nous sommes à la lisière de la Grèce et de la Bulgarie –, se déploie autour de lui.

C'est que Meinhard diffère de ses collègues de chantier. Eux en sont encore à jouer aux cow-boys et aux Indiens. Ils divisent l'espace selon les codes du western primitif : deux camps, deux drapeaux, deux côtés de la rivière, deux idiomes. Lui au contraire se mêle aux autochtones, essaie de parler leur langue. Il tente de s'inventer une autre patrie, de se trouver une nouvelle famille : quête que la mise en scène exprime par l'alternance des plans larges d'une nature majestueuse et des plans-séquences serrés, souples et chaleureux qui exaltent l'approche et le contact, le frôlement et l'empoignade, l'implicite et le malentendu. Il faut noter la beauté des scènes où, grâce aux sous-titres, le spectateur comprend ce que les personnages disent alors qu'eux-mêmes peinent encore à se déchiffrer ; ces scènes où nous accompagnons le processus par lequel des hommes – bivouaquant, jouant aux cartes, partageant des alcools forts – se révèlent les uns aux autres jusqu'à finir par s'accorder. À ce titre Western est un western dans la double et ambigüe dimension du genre. D'une part, en traduisant un mouvement impérialiste, une conquête territoriale, brutale, avide, coloniale (« on vient vous apporter des infrastructures »). D'autre part, en accompagnant le mouvement par lequel, en se projetant vers un ailleurs, un homme espère s'arracher à son passé, à soi-même.

Meinhard aura-t-il, en fin de compte, trouvé son lieu ? Sa patrie ? Ou bien s'est-il contenté de projeter sur un nouveau territoire un désir d'appartenance illusoire et, par essence, impossible à satisfaire ? […] Un moment fort du film le montre dansant seul, son corps sec et musculeux essayant de s'assurer une place, de s'ancrer dans un nouveau monde. Le sentiment nous gagne que la mélancolie qui le transit alors relève de ce que la langue allemande nomme d'un mot intraduisible dans la nôtre : sehnsucht. À savoir le désir pour un ailleurs indéfini et inaccessible. Un désir qui nous fait saisir le manque qui, au fond, nous définit. Le mal du pays ? Pourquoi ? Quel pays ? Il n'y a pas de pays.

(J.C. Ferrari, Positif)