LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance de midi : 4€
Moins de 14 ans : 4€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

UN JEUNE, UN TOIT, UNE ÉCOLE !
Ça s’est passé près de chez vous… N. 16 ans et demi est arrivé en juillet dans le Vaucluse. Il a traversé la méditerranée au péril de sa vie. Il est « pris en charge » par l’Aide Sociale à l’Enfance qui conteste sa minorité, le fait convoquer à la police des frontières, des ...

Les Lumières de la ville deviennent le Collectif 1,2,3 soleil.
Les Lumières de la ville, c’est cette fabrique de film que l’association 100 pour 1, les Ateliers du Court et Utopia ont mis en place il y a quelques mois. L’idée est de regrouper des jeunes mineurs isolés de 100 pour 1, quelques-uns de nos spectateurs volontaires et un ou deux « professionnel ...

Séances bébé
   Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés, ett déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son p...

SÉANCES POUR LES MALENTENDANTS
   Projections de films français avec sous-titres spéciaux pour les malentendants Les séances estampillées du symbole (oreille barrée) dans les grilles horaires indiquent des projections de films français accessibles aux personnes sourdes et malentendantes, grâce à des sous-titres spéciaux appara...

LE FEU QUI NE S’ÉTEINT JAMAIS
 Il y a sept ans nous apprenions avec effroi l’explosion de 3 réacteurs nucléaires dans la centrale de Fukushima au Japon. Au pays du shintoïsme – un culte dédié à la nature -, le choc fut terrifiant. Il venait implacablement raisonner avec la mémoire traumatique d’Hiroshima et Nagasaki. Grand pe...

La Clef des champs vous donne rendez-vous, mardi 20 février à 18h20, pour une discussion après la projection. Introduction puis discussion ouverte animée par Jacques Mancuso, professeur.

NI JUGE, NI SOUMISE

Jean LIBON et Yves HINANT - documentaire Belgique 2017 1h39mn - Amphore du peuple du Fifigrot 2017.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

NI JUGE, NI SOUMISEAprès avoir défrayé la chronique et agité les petits écrans pendant 25 ans, voilà que la formule Strip-tease part à l’attaque des grands pour nous offrir un film décapant et hilarant ! S’il s’agissait d’un scénario écrit d’avance, servi sur un plateau par des acteurs, on pourrait rire à gorge déployée, confortablement, sans se poser trop de questions. Mais là, certes on se bidonne, mais souvent le rire se fait grinçant, jaune. On est rendu une fois de plus à ce point fascinant où la réalité détrône la fiction d’un coup sec. Le réalisateur Jean Libon, fondateur de Strip-tease en octante cinq, et son complice Yves Hinant ne dérogent pas aux règles du dogme érigées à l’époque : aucun écrit préalable, aucun commentaire, aucun effet additionnel, pas d’enfant à l’écran, les accords écrits de toutes les personnes filmées… Et le choix d’un personnage fort, qui capte immédiatement l’attention et qui, pour l’exercice du long métrage, tienne la route sur la durée : ce sera l’inénarrable juge Anne Gruwez, dont les aficionados de la série se souviendront peut-être puisqu’elle fut le sujet d’un des épisodes.



Il faut bien le dire, la drôlesse ne cadre pas vraiment avec l’idée qu’on se fait d’un représentant de la loi, ni avec les images qu’on nous en sert traditionnellement. Dans les séries judiciaires, les magistrats arborent rarement des airs mutins, des boucles d’oreilles de baba cool et ne débarquent pas sur les scènes de crimes munis d’une improbable ombrelle rose fuchsia ! Pourtant c’est tout Anne Gruwez ! Et on va la suivre à la trace. On devient progressivement l’ombre de son ombrelle, emboîtant son pas aussi sûrement que le ferait un fidèle cabot. Au volant de sa bonne vieille deux chevaux entretenue avec amour, on découvre Bruxelles, ses secrets dessous et leur propreté douteuse. Les zones glauques, les bas fonds de l’âme humaine, la juge fanfaronne semble les avoir tous explorés, refusant une fois pour toutes de se laisser impressionner.

Avec elle, on navigue entre les constats des médecins légistes, le tribunal, les commissariats… et surtout, surtout… les audiences dans la presque intimité de son bureau ! Et c’est bien là que tout se joue et se surjoue ! Les entretiens avec les petites frappes, les drogués, les prostituées, les miséreux, les pervers, les pauvres gens… Plongée verticale dans un monde tout aussi drôle que miteux. Elle aborde chaque récit entre deux gourmandises, quelques gâteaux trop crémeux pour être honnêtes, des stocks de bonbons et de réparties impayables ! On ressent son empathie, ses étonnements, ses égarements. Et surtout on en rit. De ce rire qui protège, qui chasse les peurs, les larmes, l’horreur mais qui est aussi un rire qui fait mal et dont on a honte, parfois. On s’offusque autant avec Anne Gruwez que contre elle. On vacille constamment entre des sentiments opposés. Si ses attitudes, ses regards sont pleins de compassion, son franc parler décontenance. Le sordide de certaines situations, de certaines réactions fait froid dans le dos… 

On pourrait vite se sentir voyeur indiscret, irrespectueux de cette humanité peu glorieuse, parfois risible, dont le portrait est brossé. Rire impunément de ce pauvre monde, ce serait oublier qu’on en fait partie. Qu’est-ce qui nous rend si différents de ces sympathiques ou antipathiques malfrats ? Est-on si éloigné d’eux, du mal qui les ronge ? Qu’est-ce qui nous en sépare si ce n’est une barrière sociale illusoire, des chances mal réparties dès la naissance ? Autant dire qu’on ressort avec de la matière à penser de cette chronique extrêmement savoureuse et glaçante.

Pour sa première édition de 2018, La Clef des champs fait une incursion dans le genre documentaire, et traite d’un inclassable film, issu de la réalité télévisuelle, mais bien trempé dans une réalité moins prosaïque, celle d’un avant-poste des problèmes sociaux… Cette version cinématographique de Strip-tease est un remarquable travail d’équilibriste, qui place le film dans l’impossible croisement entre la parodie, l’humour noir, et une forme de néoréalisme télévisuel. Il est juste de dire ici que « ce n’est pas du cinéma, c’est pire ! ». La discussion pourra s’orienter sur le cinéma du réel, en arrière-plan de l’explosion du style documentaire. Venez nombreux, la séance est ouverte à tous, et l’échange s’annonce truculent !