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UBU, ROI DU VERGER
@page { margin: 2cm } p { margin-bottom: 0.25cm; line-height: 120% }- Je peux vous poser une question ?- Oui, qu’est-ce que c’est ?- C’est une phrase interrogative, qu’onutilise pour tester les connaissances. Pour le coup, ce dialogue n’est pas extrait de la pièce Ubu Roi mais du film Y ...

Urbain V, le pape de la discorde, et si ce n’était pas le sujet ?
Et si ce n’était pas le sujet ? Il est donné de-ci de-là, dans la presse, communiqué de la Ville, aux comptoirs des bistrots…, des « informations », pour le moins fantaisistes, surprenantes, voire peut-être avec une petite pointe de taquinerie, mais aussi, allez !, un zeste de ma...

Utopia, mon amour !
Courrier reçu de Bernard et Véronique.Mais que se passe-t-il encore dans ma bonne ville d’Avignon ?Mon vieux pote avec qui j’écumais vos salles à leur ouverture, il y a plus de quarante ans, vient de m’en annoncer une bien bonne : l’épatante promenade qu’il avait l’habitude de faire en fam...

Samedi 6 octobre à 18h00, séance suivie d’une rencontre avec Sinisa Juricic, producteur croate du film et fixeur pour les reporters pendant la guerre.

CHRIS THE SWISS

Film d'Anja KOFMEL, animation de Simon ELTS et Serge VALBERT - documentaire Suisse / Croatie 2018 1h30 VOSTF -

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

CHRIS THE SWISSOn n’écrit jamais aussi bien la grande Histoire qu’à la première personne. Même si les historiens ont pour but d’apporter de l’objectivité au récit des hommes, elle n’est que la somme raisonnée des subjectivités. Si le beau et troublant (autant par son récit personnel que par sa forme) premier long métrage de la suissesse Anja Kofmel évoque une des plus grandes tragédies du xxe siècle européen, il n’en démarre pas moins par un cauchemar d’enfant. Une courte séquence en animation montre une petite fille réveillée par des chuchotements et des sanglots d’adultes. C’est la nuit, il y a de cela vingt ans, où Anja apprend la mort de Chris, son grand cousin admiré : Christian Würtenberg à l’État-civil, journaliste de guerre, retrouvé étranglé à quelques centaines de kilomètres de la paisible Suisse alémanique, dans un champ boueux de Croatie.



Dès les premières minutes, la réalisatrice nous plonge dans cette forme hybride qui fait toute la force et la beauté du film, la poésie des souvenirs familiaux et la tragédie d’une histoire trouble enfouie avec sa part de réalité incertaine, que retranscrivent l’animation et le travail d’enquête. Deux décennies en effet après cette nuit d’effroi, Anja Kofmel, réalisatrice de films d’animation et jusque là nullement journaliste ni documentariste de terrain, décide, armée de quelques vieux carnets de voyages et de notes de son cousin, de prendre le même train que celui qu’avait pris en 1992 le suisse Chris, direction Zagreb.
Débute ainsi une enquête d’autant plus complexe que le pouvoir croate, aujourd’hui d’extrême droite, est peu désireux de déterrer le passé et se soucie surtout de faire perdurer la mémoire des prétendus héros croates qui ont conquis l’indépendance du pays face aux Tchetchniks serbes. Car l’histoire est des plus troubles : Chris, reporter radiophonique sur les différents fronts de la première guerre des Balkans (celle qui opposait Croates et Serbes), avait fini par rejoindre une hétéroclite milice internationale, composée de volontaires ultra-catholiques crypto-fascisants, venus en découdre avec les héritiers du communisme de Belgrade. Une milice dirigée par Chico, un personnage de méchant tout droit sorti d’un album de Corto Maltese : Bolivien d’origine hongroise, formé militairement par l’Union Soviétique avant de devenir journaliste pour le journal conservateur la Vanguardia puis de former sa milice pro-croate.
Anja Kofmel (se) pose des dizaines de questions, aussi dérangeantes pour le commun des mortels (nous), pour qui la relecture de cette page sanglante de l’Histoire récente de l’Europe met à mal quelques préjugés et certitudes, que déchirantes pour la petite fille qui a grandi dans l’adoration de son héros de cousin. Pourquoi Chris avait-il endossé l’uniforme ? Par fascination romantique pour ces anti-héros ? Pour infiltrer la milice, dont on pense qu’elle était financée par l’obscur Opus Dei, à l’affut d’un reportage choc qui aurait fait sa renommée de reporter ? La réalisatrice remonte ainsi jusqu’au sulfureux terroriste Carlos, qui a croisé la route de son cousin et émet l’idée que c’était un agent secret suisse !

Le film alterne donc une enquête palpitante – faite de rencontres avec d’autres reporters de guerre, qui transmettent bien l’ambiguïté d’un travail où chacun peut à un moment basculer au-delà de l’objectivité journalistique, mais aussi d’anciens mercenaires membres de la milice – et des moments étonnants d’échappée visuelle, de poésie noire à travers les séquences d’animation. Chris the Swiss est une vraie réussite dans sa forme, aussi originale qu’aboutie, et dans sa réflexion sur le rôle du journalisme en même temps que sur les mécanismes qui poussent encore aujourd’hui des jeunes gens à partir aveuglément vers des conflits armés à travers le monde.