LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance de midi : 4,50€
Moins de 14 ans : 4,50€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

ZONE DE DISCUSSION, DONNEZ-NOUS VOTRE AVIS.
FERMETURE DU VERGER D’URBAIN VN’hésitez pas à donner votre avis et à nous aider à trouver des solutions en vous exprimant sur ce billet.  Voir les textes ci-dessous : Urbain V, le pape de la discorde, et si ce n’était pas le sujet ?Utopia, mon amour ! Verger Urbain V, écrin ou ca...

Communiqué du Collectif 23h59 Janvier 2019
Rappelons-le, le Collectif 23h59 a pour objet la défense de la liberté de circulation.  Il entend, au regard de ce principe,  faire rétablir la possibilité d’emprunter le passage du verger Urbain V en soirée pour rejoindre la Manutention et le quartier – comme cela était établi depuis plus...

Rosmerta, association avignonnaise de solidarité avec les migrants et de promotion des droits de l’Homme,
Face à l’urgence hivernale, les membres de Rosmerta, association avignonnaise de solidarité avec les migrants et de promotion des droits de l’Homme, ont mené une Réquisition Citoyenne d’un bâtiment à Avignon, au 7 rue Louis Pasteur. Ils hébergent une trentaine de personnes exilées, des familles...

TOUTES CES CHOSES QUE JE NE COMPRENDS PAS.
Il y a des choses que je ne comprends pas. Dans cette ville, il y a plein de choses que je ne comprends pas. Bon, d’accord, je donne un exemple. J’habite dans le quartier de la Bonneterie, qui a fait l’objet récemment d’une requalification, comme on dit dans le jargon technocratique, plutôt réu...

UBU, ROI DU VERGER
@page { margin: 2cm } p { margin-bottom: 0.25cm; line-height: 120% }- Je peux vous poser une question ?- Oui, qu’est-ce que c’est ?- C’est une phrase interrogative, qu’onutilise pour tester les connaissances. Pour le coup, ce dialogue n’est pas extrait de la pièce Ubu Roi mais du film Y ...

LA FAVORITE

(The Favourite) Yorgos LANTHIMOS - USA/GB 2018 2h VOSTF - avec Olivia Colman, Emma Stone, Rachel Weisz, Nicholas Hoult, Joe Alwyn... Scénario de Deborah Dean Davis et Tony McNamara. Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie, Coupe Volpi de l’interprétation féminine au Festival de Venise, pour Olivia Colman.

Du 06/02/19 au 05/03/19

LA FAVORITE« Tout, dans le monde, est à propos de sexe, sauf le sexe. Le sexe est une question de pouvoir. » Oscar Wilde

Les films historiques à costume glorifient généralement les grandes figures, délaissant les falots, les monarques fous, les oubliés des manuels. Les cinéastes se sont attachés à César ou à Auguste, peu à Romulus Augustule, le malheureux empereur avec qui s’effondra l’Empire romain d’Occident en 476, face à quelques troupes barbares. Cléopatre a fait vibrer Hollywood, beaucoup moins son ancêtre Ptolémée VIII qui fit dépecer son fils par vengeance contre sa femme, à qui il envoya les morceaux de leur enfant ! Et Napoléon est devenu un personnage de légende alors que tout le monde a oublié son successeur Louis XVIII, seulement connu des antiquaires pour le style de mobilier auquel il a donné son nom. Grâces soient donc rendue au cinéaste grec Yorgos Lanthimos d’avoir redonné vie à une reine d’Angleterre totalement oubliée, Anne Stuart par sa naissance, dont le règne, qui dura pourtant 12 ans de 1702 à 1714, fut totalement éclipsé par ceux d’Elizabeth Ire et Victoria, voire celui de l’actuelle Elisabeth II. Il faut dire que rien ne marqua durablement ce règne, et que la malheureuse Anne, qui n’eut que des grossesses avortées ou des enfants morts prématurément lui interdisant toute descendance, ne fut pas gâtée par la vie, souffrant de terribles crises de goutte la clouant la plupart du temps au lit ou sur un fauteuil roulant à bord duquel elle arpentait avec rage les couloirs du palais.



Mais Yorgos Lanthimos n’a que faire des grandes réalisations monarchiques, ni des figures prestigieuses de l’histoire. Ce qui a toujours passionné Lanthimos – dont les films dérangeants ont déjà marqué au plus profond notre cinéphilie : que ce soit Canine, qui décrivait une famille dysfonctionnelle enfermée entre les murs de sa villa et marquée par l’obsession du péché venu de l’extérieur, ou le génial conte fantastique dystopique The Lobster, dans lequel l’absence de relations sentimentales condamnait les célibataires à la transformation en animal –, c’est la cruauté des passions humaines. Lanthimos, c’est un peu le successeur de Pasolini et de Fassbinder, qui ausculte inlassablement les jeux du pouvoir et de l’amour où le sexe est toujours évidemment au cœur des intrigues. Et avec la malheureuse reine Anne, hystérique de douleur et de solitude, ne sachant que faire de son pouvoir royal en l’absence d’affection et de soutien, sujette donc à la manipulation des courtisans et plus spécialement des courtisanes, Lanthimos tenait un sujet en or et un décorum de choix. D’autant que la fin de son règne fut marquée par la rivalité entre deux femmes de pouvoir.
De longue date la favorite en/du titre, Sarah Churchill (Rachel Weisz), duchesse de Malborough, joua de l’attachement de la reine pour mener en sous main le royaume à sa guise, avec la complicité de son mari qui dirigeait les armées. Lanthimos décrit l’amitié entre Anne et Sarah comme passionnée et amoureuse, laissant à la duchesse la liberté d’une totale franchise, comme dans cette première scène jubilatoire où la favorite compare la reine à un putois ! Jusqu’au jour où débarque à la cour Abigaïl Hill (Emma Stone), une jeune cousine désargentée et déchue de Sarah qui, bien que reléguée dans un premier temps aux cuisines, parvient par ses charmes à conquérir l’attention et le cœur de la reine.

La Favorite est donc un jeu aussi réjouissant qu’assassin de luttes de pouvoirs, où tous les coups sont permis. Lanthimos pousse son propos iconoclaste jusqu’au bout, jusqu’à la farce grotesque, à la manière d’un Peter Greenaway, autre observateur sarcastique des passions. Le tout servi par la performance de trois actrices exceptionnelles, la palme (ou la Coupe, ou le Globe doré) revenant à la trop méconnue Olivia Colman, comédienne britannique de très haute volée que les téléspectateurs ont pu apprécier dans les séries Broadchurch et The Crown.
Mais le jeu incroyable des trois actrices ne doit pas éclipser la non moins incroyable mise en scène de Lanthimos qui, grosse production ou pas, fait preuve de l’audace qui est sa marque de fabrique : plans décentrés utilisant des focales en œil de poisson pour rendre encore plus étrange le chaos des sentiments et des situations, plans séquences vertigineux le long des couloirs et alcôves du palais royal où se jouent toutes les passions et turpitudes… Grâce à La Favorite, Lanthimos pourrait bien passer un cap et connaître un vrai grand succès public.