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PASSION

Ecrit et réalisé par Ryūsuke HAMAGUCHI - Japon 2008 1h55VOSTF - avec Ryuta Okamoto, Aoba Kawai, Nao Okabe, Kiyohiko Shibukawa, Fusako Urabe...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

PASSIONQuelques mois après le très beau , arrive sur les écrans Passion le tout premier long métrage de Ryūsuke Hamaguchi réalisé à la fin de ses études de cinéma en 2008.
Depuis Senses, son œuvre fleuve qui l’a révélé en France l’an dernier, Hamaguchi s’est affirmé par la finesse de son observation du sentiment amoureux, ses scénarios aux multiples personnages et une certaine intensité dans la représentation des affects, à contre-courant de l’idée de pudeur parfois associée au cinéma japonais. Passion montre que ces traits caractéristiques sont présents dès son premier film, où l’on suit les détours amoureux de trois jeunes couples d’amis. La force du cinéma d’Hamaguchi est de fouiller en profondeur les sentiments de ses personnages tout en leur laissant une étonnante capacité de revirement. Les personnages d’Hamaguchi sont toujours moteurs de changements inattendus, voire impulsifs, qui forcent les autres à redéfinir leur position face au groupe. 
Tout commence lors d’un dîner dans un restaurant chic. La professeure de mathématiques Kaho y fête son 29e anniversaire avec son petit ami Tomoya, un bel universitaire, et leurs amis proches. Il y a là Kenichiro, accompagné de son amie Sanae, et Takeshi avec sa femme enceinte Marie. Ce soir-là, Kaho et Tomoya annoncent qu’ils vont se marier. Takeshi et Marie, le couple le plus mature des trois, semble très heureux. Mais s’en suit un mini-drame lorsque Kenichiro lance : « Kaho, j’attendrai que tu divorces pour me marier avec toi ». Sanae court se réfugier aux toilettes. Mais le plus étonnant, peut-être, est la réaction des futurs mariés eux-mêmes. Ni Kaho, ni Tomoya ne semblent réellement convaincus par leur déclaration d’amour. Cette annonce ouvre une brèche qui, comme la disparition d’un personnage dans Senses et Asako I&II, va toucher l’ensemble du groupe et révéler les fragilités de chacun. 



L’incident clos et le dîner terminé, les femmes laissent les hommes passer la soirée entre eux. Au fil de la nuit, Tomoya, Kenichiro et Takeshi se retrouvent dans l’appartement de Takako, la maîtresse de Kenichiro. Leurs discussions vont mettre au grand jour leurs failles. En présence de Takako, Kenichiro devra préciser ses sentiments pour Kaho et Sanae. Takeshi, si fier de sa qualité de mari modèle et de sa future paternité, verra ses convictions vaciller au cours d’une discussion sur la fidélité avec Hana, l’amie de Takako. Quant à Tomoya, si brillant en façade et socialement distingué, est-il réellement capable d’aimer Kaho ou qui que ce soit ?

Très dialogué, encore incertain parfois dans sa mise en scène, ce premier film de Ryūsuke Hamaguchi pose les bases de sa conception des sentiments. Les affects opèrent par soubresauts qui causent des percées d’amour mais aussi de cruauté et de violence. Les femmes, qu’on pourrait croire en retrait, sont au contraire des personnages très volontaires, parfaitement actrices de leur vies sentimentales. Une scène en particulier, peut-être, éclaire le cœur du film. Le lendemain de la soirée, Kaho s’entretient avec ses élèves de la disparition d’une d’entre eux, victime d’intimidation prolongée. « Les gens ne sont pas transparents, nous ne pouvons pas voir à travers » dit-elle. Dans une société japonaise si codée, où l’individu compte moins que le groupe, tout le cinéma d’Hamaguchi est de traquer cette opacité, les sentiments cachés et les intentions inavouées.