LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance de midi : 4,50€
Moins de 14 ans : 4,50€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

Collectif 23h59 : voyons, réfléchissons…
Ah qu’il est plaisant de cheminer dans le passage Urbain V, à l’heure où fleurit la campagne, en journée quand les enfants s’ébattent dans le jardin, au crépuscule quand les humeurs chromatiques du temps nimbent la majesté du Palais… Nous avons failli être privés de cette jouissance simple et magnif...

L’association 100 pour 1
L’association éberge des familles sans papiers sur Avignon et Carpentras et organise tout au long de l’année des événements pour parvenir à financer le logement et l’accompagnement des familles qui sont prises en charge. Une tombola est actuellement organisée (2€ le billet) avec de nombreux...

123 Soleil : 8 MARS 2020, RÉALISEZ !
C’est la nouvelle date de 123 Soleil pour un tournage qui réunira 6 spectateurs d’Utopia et 6 jeunes réfugiés dans un lieu encore tenu secret sur Avignon. Une journée entière dédiée à la pratique cinématographique sans limite d’âge ni de langage, mais un casting 100% féminin du côté des spectateu...

23H59, et après ?
23H59, et après ? Qui n’a pas ressenti cette angoisse profonde face à l’horloge affichant cette heure terrible chaque jour renouvelée ? Qui n’a pas été saisi à la fois par la peur de ce qui risque de se passer après et par la nostalgie d’un temps qui s’achève à ce moment précis et ne reviendra j...

Le cinéma du peuple
“La plus grande qualité accessible pour tous, sans clivage social et culturel… Ce sera notre combat”. (Jean Vilar)   Ainsi donc le cinéma indépendant, le cinéma d’auteur serait « élitiste »… c’est en tout cas ce que déclarait, semble-t-il, une sociologue devant un amphi de 300 élèves ...

NOURA RÊVE

Écrit et réalisé par Hinde BOUJEMAA - Tunisie 2019 1h30 VOSTF - avec Hend Sabri, Lotfi Abdelli, Hakim Boumsaoudi... FIFIB 2019 : GRAND PRIX DE LA COMPÉTITION INTERNATIONALE.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

NOURA RÊVEC’est une histoire bien actuelle et qu'on pourrait pourtant considérer d’un autre temps dans notre pays, où l’on ne jette plus tant la pierre à ceux qui commettent l’adultère. En Tunisie, le fait de tromper son époux ou son épouse est un crime passible de 2 à 5 ans de prison ! C’est le point de départ de l’histoire de Noura, femme qu'on ne peut en aucun cas qualifier de légère… et pourtant infidèle. Comme on la comprend, on le serait à moins ! Des années à attendre son mauvais lascar de mari, Lassad, détenu récidiviste : lassée de poireauter au parloir pour quelques mots vains, jamais suivis de gestes. Lassée de ces heures qui vampirisent toute forme d’espoir, la laissent assoiffée de tendresse, de caresses. C’est comme une double peine qu’elle purge, ainsi que toute sa famille. Les trois enfants n'en peuvent plus d’attendre un paternel qui ne revient pas, redoutant presque sa venue, tant sa présence jadis ne fut pas synonyme d’apaisement, ni de tranquillité. Les visites à la prison sont progressivement devenues une corvée.

Seule Noura fait encore l’effort de se présenter au parloir, mais elle a du mal à feindre l’enthousiasme. Elle le fait par devoir sans doute, par souci du qu’en-dira-ton aussi, ne cachant plus complètement ses émotions, mais n’osant pas avouer son désamour. N’osant pas plus confesser qu’elle s’est prise à rêver de se reconstruire une vie avec un honnête homme, peut-être moins beau mais plus fiable qu’un conjoint voleur et parfois violent. Et elle a fini par le rencontrer en la personne de Jamel, un garagiste travailleur, prévenant. Celui que ses mômes appellent tonton, sans deviner la liaison adultérine, a trouvé sa place dans leur vie, toujours attentif et aidant.
Impatiemment, Noura compte les jours : J-5 avant que le divorce, qu'elle a demandé en cachette, soit peut-être prononcé. C’est une libération qui s’annonce, mais celle qui va se produire et bouleverser tout le monde n’aura, elle, pas été annoncée. Une grâce présidentielle inopportune, et Lassad est libéré sans crier gare et se pointe la gueule enfarinée, comme un cheveu sur la soupe. J-4… Le loup affamé entre dans la bergerie, désireux de rattraper le temps perdu avec sa moitié. Noura est tétanisée, obligée de composer, ne pouvant refuser d’accomplir son devoir conjugal. Quant à Jamel, le voilà sur les crocs, inquiet et jaloux, exigeant de son amante qu’elle fasse montre de témérité, quitte à risquer gros. Voilà donc Noura prise en tenaille entre ces deux hommes, tout aussi amoureux d’elle à leur façon, mais en définitive pas plus attentifs l'un que l'autre à son sort. La tension est à son comble, oppressante, tandis qu’on se prend à imaginer un terrible dénouement. J-3… on devine que les murs ont des oreilles et que le rêve de Noura n’est sans doute guère plus qu’un inaccessible mirage…

Tant l’interprétation sublime de Hend Sabri (Noura) que le scénario nous épargnent de tomber dans le registre d’une insipide bluette. Le personnage de Noura est complexe, ses sentiments restent ambivalents, ses réactions ambiguës. Elle n’est pas qu’une impuissante victime, l’oie blanche qu’on pourrait attendre, loin de là. Elle porte en elle ses contradictions, sa part de duplicité coupable et c’est ce qui la rend si proche de nous.
De même ni le mari, ni l’amant ne sont des personnages caricaturaux, au profil tracé au couteau. Tour à tour tendres, agaçants, rebelles à leur façon, ils sont pourtant porteurs, sans en avoir conscience, du ferment de la domination masculine. Ils ne sont en cela pas si différents l’un de l’autre.

Noura rêve, qui brosse en creux le portrait d’une société tunisienne étouffante, est plus encore un film sur le droit d’aimer que sur celui de ne plus aimer.