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MIDNIGHT TRAVELER

Hassan FAZILI et Emelie MAHDAVIAN - documentaire Afghanistan 2020 1h27 VOSTF - avec Fatima Hussaini, Hassan Fazili, Nargis Fazili, Zahra Fazili...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MIDNIGHT TRAVELER« Ma famille a été chassée de sa terre natale avec la violence d’une tempête qui dépouille un arbre de ses feuilles. En tant que père, j’ai intégré une pression permanente, celle de devoir la protéger de toutes les potentielles menaces. Mais en tant que cinéaste, ces errements et ces épreuves m’intéressent, car ils font de nous les sujets du film. J’ai voulu en tirer un film réaliste, qui implique le spectateur, dans lequel je suis tantôt père, tantôt époux, tantôt réalisateur, et parfois les trois en même temps. » Hassan Fazili



C’est un journal filmé qui mêle au récit intime le tumulte du monde. Un journal filmé passionnant, incroyablement vivant, tour à tour drôle et bouleversant, qui nous fait passer par toutes les émotions. Cinéaste reconnu dans son pays, Hassan Fazili réalise en 2014, pour la télévision, Peace in Afghanistan, portrait du commandant taliban Mullah Tur Jan qui a déposé les armes pour une vie civile pacifique, et ça ne plaît pas du tout du tout aux barbus qui s’empressent d’abord de faire assassiner le protagoniste du documentaire et ensuite de mettre à prix la tête du cinéaste et de sa famille (Fatima, son épouse également cinéaste, et ses deux filles Zahra, 6 ans, et Nargis, 11 ans). Les Fazili se réfugient dans un premier temps au Tadjikistan voisin mais quand, au bout de quelques mois, l’asile leur est refusé, ils ne voient aucune autre issue que d’entreprendre le voyage vers l’Europe, comme des milliers de compatriotes l’ont fait avant eux pour fuir le chaos de leur pays. À ceci près que Hassan Fazili décide de filmer au jour le jour, au moyen de trois téléphones portables, ce périple dont lui et les siens ne savent évidemment pas combien de temps il durera, pas plus qu’ils ne savent s’ils parviendront à leur but.
Ce sont donc 5 800 km et trois ans à travers toute l’Asie centrale, en passant par l’Iran et la Turquie jusqu’aux Balkans et à l’Europe Centrale, qui sont relatés dans la petite heure et demie d’un film hallucinant. Ce qui frappe avant tout, c’est l’énorme capacité de résistance et de résilience de toute la famille, sa capacité à traiter avec humour les situations les plus difficiles : quand Fatima rigole de devoir remettre la burka en retraversant l’Afghanistan, quand ils se moquent du confort alors qu’ils sont obligés de passer la nuit dans un immeuble en construction en Serbie… Bien sûr il y a des moments extrêmement durs, par exemple quand ils dorment dans la neige de la plaine hongroise, ou quand des fascistes bulgares veulent attaquer leur centre d’accueil. Mais peu après, on voit Nargis improviser une chorégraphie sur une chanson de Michael Jackson dans sa chambre de 9 m2 du centre de demandeurs d’asile… L’optimisme indéfectible des Fazili a de quoi guérir les plus indécrottables pessimistes !

C’est aussi l’extraordinaire obstination du cinéaste qui impressionne : quand il filme la beauté de la neige qui tombe alors que sa famille est au bord de l’hypothermie à la frontière serbe, ou quand il ne lâche pas la caméra alors que sa cadette s’est égarée. Comme le dit en voix off Nargis lisant un auteur contemporain afghan, « faire le chemin de la vie, c’est parfois aller aux portes de l’enfer. »
En tout cas quiconque aura vu ce film formidable ne pourra plus jamais prétendre ne pas comprendre les motivations et les difficultés des migrants qui viennent frapper à la porte de notre Europe.