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ÉDITO : LE JEU DU CALAMAR
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Montpellier. Strasbourg. Gonesse. Avignon. Quel point commun entre ces villes et tant d’autres ?
Le béton. Des projets inutiles. La soif des promoteurs et constructeurs, au nom de la croissance, pour notre confort et notre sécurité bien sûr… surtout ceux de leurs actionnaires !La Ceinture verte d’Avignon, véritable poumon pour les quartiers Sud, est menacée depuis 25 ans par un projet de r...

SAS Coopérative Qui vivra Bérat
La Ménardière, sise au cœur de la commune de Bérat – à une quarantaine de kilomètres au sud de Toulouse –, est un habitat partagé initié par les vétérans d’Utopia et un groupe de femmes et d’hommes qui ont mis en commun leurs moyens inégaux et un prêt consenti par le Crédit Coopératif qui les accomp...

LE DERNIER DUEL

(The Last Duel) Ridley SCOTT - USA 2020 2h32 VOSTF - avec Jodie Comer, Matt Damon, Adam Driver, Harriet Walter, Ben Affleck... Scénario de Ben Affleck, Matt Damon et Nicole Holofcener, d’après Eric Jager.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LE DERNIER DUELOn pensait avoir définitivement perdu sir Ridley Scott, tout occupé qu’il était à remettre sur l’établi ses fresques héroïques empesées ou son univers de science-fiction hermétique. On n’attendait rien ou presque de ce Dernier duel, sorti en loucedé exclusivement dans les multiplexes français par la Warner, sans promo, sans tambours, encore moins de trompettes – visiblement, cette estimable maison n’y croyait pas trop non plus. Mollement motivés, on y a traîné notre ennui un soir d’automne, se souvenant tout de même que le bonhomme avait débuté sa carrière avec d’épatants Duellistes – et qu’il avait un jour signé le rageusement féministe Thelma et Louise. Et bingo ! Sans clinquant, sans esbroufe ni effets inutiles, avec une précision et une sécheresse de style qu’on ne lui connaissait plus, l’artisan Ridley Scott nous a scotchés dans nos fauteuils. Non seulement il ose une écriture un peu plus complexe que le tout-venant de la si paresseuse production hollywoodienne, mais encore, à travers les siècles, il se frotte avec sensibilité et intelligence à une actualité ô combien brûlante. On partage totalement l’enthousiasme du rédacteur de Première : « Le Dernier duel, film classique, est un putain de grand film ! »



« Le film s’inspire d’une histoire vraie, celle du dernier duel judiciaire ayant eu lieu en France ; c’était en décembre 1386, et le chevalier Jean de Carrouges affrontait à mort un écuyer, Jacques Le Gris, le premier accusant le second d’avoir violé sa femme Marguerite. Si Jean gagne, Jacques est coupable, et si Jacques gagne, Marguerite sera brûlée vive. C’est le jugement de Dieu. Il faudra évidemment attendre la toute fin du film pour assister à ce dernier duel, tandis que le film adopte une structure en trois chapitres épousant chacun le point de vue d’un des trois protagonistes de l’affaire. Ce procédé n’est pas un simple gimmick imitant le Rashomon de Kurosawa, pour relativiser la vérité en changeant de points de vue. Et c’est là que le film devient passionnant.
« On commence par l’histoire (la “vérité”) selon Jean – un guerrier honorable, ombrageux, désargenté, et dépassé par les intrigues des courtisans, qui fait un mariage intéressé pour étendre son domaine et sauver l’honneur de sa famille. Mais après la version de Jacques, et enfin celle de Marguerite, cette belle image se déconstruit, se décompose devant nos yeux. Les chevaliers comme Jean sont des professionnels de la guerre, qui combattent non pour des notions abstraites comme la liberté ou l’honneur mais pour le fric et la survie. Les quelques scènes de bataille nous plongent dans la boue et le sang… L’heure n’est plus à l’héroïsme, aux grands discours belliqueux de Gladiator ou Kingdom of Heaven, ces grands films romantiques dont Le Dernier duel serait l’exact négatif. “Seul compte le pouvoir des hommes”, dit la belle-mère de Marguerite dans une scène terrifiante où elle avoue avoir été elle aussi violée et affirme qu’il faut faire avec, que les choses sont ainsi et qu’on ne peut rien y changer. Marguerite (Jodie Comer, géniale) devient ainsi l’héroïne du film, son centre, le seul enjeu qui vaille. Le Dernier duel a beau être classique, c’est un film au présent, dont l’explosion de violence finale n’exorcise rien, ne guérit rien, ne réjouit même pas. Seul reste le pouvoir des hommes. Et un film définitivement immense, qui semble contenir toute la violence du monde ».

(S. PicardPremière)