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UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

Cannes, c’est plus ce que c’était !
C’est tous les ans ou presque la même rengaine. Cannes, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était : la sélection n’est vraiment pas terrible, le palmarès est complètement naze, tout ça c’est copinage et compagnie, bref le festival part à vau-l’eau… Sauf ces deux dernières années, pour des raison...

ROSMERTA, une belle aventure humaine à Avignon, qui continue contre vents et marées.
Suite à une réquisition citoyenne en 2018, le lieu Rosmerta est né et depuis, il donne un toit à près d’une quarantaine de jeunes mineurs isolés et des familles avec enfants en bas âge. L’association qui le gère, composée exclusivement de bénévoles, aide près de 50 personnes sans aucun soutien des p...

PLAN 75

Écrit et réalisé par Chie HAYAKAWA - Japon 2022 1h52 VOSTF - avec Chieko Baisho, Hayato Isomura, Stefanie Arianne, Yuumi Kawai, Taka Takao... Festival de Cannes 2022 : Mention spéciale Caméra d’Or du Meilleur premier film.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

PLAN 75Au début du magnifique La Ballade de Nayarama de Shohei Imamura, qui se déroule dans le Japon rural du xixe siècle, une vieille dame se brise volontairement les dents sur la margelle d’un puits. Bien que septuagénaire, elle est en parfaite santé et son fils se refuse à ce qu’elle se résigne à l’« ubasute », cette pratique qui veut que les personnes âgées, une fois qu’elles ont « fait leur temps », se retirent dans la montagne pour s’y laisser mourir. Par son geste, la mère veut que sa famille accepte enfin l’inéluctable…
Un bon siècle plus tard, la situation des personnes âgées au Japon a bien changé. Les liens familiaux, dans un monde ultralibéral où prime l’efficacité économique, se sont distendus au point que les anciens sont souvent ignorés et délaissés par leurs proches. Leur précarité les pousse souvent à accepter des boulots qui peuvent être pénibles et ils doivent affronter la solitude et la pression sociale qui leur renvoie implicitement au visage leur inutilité dans une société qui fait partie des plus vieillissantes au monde, et où commence à peser le poids financier du grand âge. La jeune réalisatrice Chie Hayakawa s’est inspirée de cette situation pour penser un film d’anticipation puissant parce qu’extrêmement réaliste et habité par plusieurs personnages remarquablement écrits et interprétés. Elle réalisa d’abord un court métrage produit par le grand Kore Eda, avant de se lancer dans ce long métrage très bien accueilli lors du récent Festival de Cannes.



Dans un futur proche, le Plan 75 du titre désigne une campagne menée par le gouvernement du Japon qui offre à des retraités de plus de 75 ans plus ou moins désargentés, voire carrément dans la misère, la possibilité de recevoir un petit pactole en échange d’un « doux » accompagnement vers l’euthanasie. On va donc suivre d’un côté Michi, une vieille femme qui ne parvient plus à surmonter ses difficultés de logement, ainsi que Yukio, un vieil homme à l’esprit qui vacille – ils ont tous deux accepté de rentrer dans le dispositif – et de l’autre côté, en parallèle, Hiromu et Yoko, deux jeunes employés du Plan 75, chargés d’accompagner les candidats et surtout d’éviter qu’ils ne renoncent en cours de route, mais aussi Maria, une aide de vie philippine.
La force du film est de décrire avec une précision saisissante les impitoyables mécanismes mis en œuvre – avec une fausse douceur particulièrement glacante – pour convaincre les retraités de signer le contrat mortifère, avec entre autres ces soupes populaires organisées par le Plan 75 pour recruter des SDF âgés, doublement inutiles aux yeux de la société productiviste. Mais le film montre face à cela l’humanité de chacun qui peut se réveiller : c’est le cas des liens qui se tissent entre les femmes âgées dans les superbes scènes d’atelier de chant, de l’attachement que vont ressentir les jeunes supplétifs de l’euthanasie industrialisée (qui rappelle forcément le génial Soleil vert de Richard Fleischer) envers les candidats qu’ils accompagnent, ou encore de la générosité dont font preuve les membres d’une communauté catholique envers la jeune aidante philippine. Autant de comportements et d’engagements qui tranchent avec la solitude et l’individualisme de la société japonaise moderne.

Chie Hayakawa signe ainsi un premier film fort, à la fois fable politique et chronique humaniste bouleversante, servie notamment par la grande actrice japonaise Chieko Baishô.