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UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

Cannes, c’est plus ce que c’était !
C’est tous les ans ou presque la même rengaine. Cannes, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était : la sélection n’est vraiment pas terrible, le palmarès est complètement naze, tout ça c’est copinage et compagnie, bref le festival part à vau-l’eau… Sauf ces deux dernières années, pour des raison...

ROSMERTA, une belle aventure humaine à Avignon, qui continue contre vents et marées.
Suite à une réquisition citoyenne en 2018, le lieu Rosmerta est né et depuis, il donne un toit à près d’une quarantaine de jeunes mineurs isolés et des familles avec enfants en bas âge. L’association qui le gère, composée exclusivement de bénévoles, aide près de 50 personnes sans aucun soutien des p...

LE SIXIÈME ENFANT

Léopold LEGRAND - France 2022 1h32 - avec Sara Giraudeau, Benjamin Lavernhe, Judith Chemla, Damien Bonnard... Scénario de Léopold Legrand et Catherine Paillé, d’après le roman Pleurer des rivières d’Alain Jaspard.

Du 28/09/22 au 11/10/22

LE SIXIÈME ENFANTPour Franck, ça démarrait comme une journée banale : un copain à aider, quelques trucs encombrants à transporter. Dès qu’on a un fourgon un peu grand, c’est fou le nombre d’amis que l’on se fait et qui ont toujours besoin d’un « petit » coup de main. Et on a beau faire, dans le monde de la débrouille qui manque cruellement de flouze, on a tôt fait de se retrouver piégé dans des combines un brin foireuses… C’est ainsi que cette journée banale va tourner au vinaigre plus vite qu’une mauvaise piquette. Franck, avec son bon cœur, atterrit à l’hosto, puis au commissariat de police, tandis que son utilitaire part à la casse. Même s’il n’a pas fait grand chose de répréhensible, il risque plus gros qu’un citoyen lambda : quand on vit en caravane, qu’on soit yéniche, rom, gitan, tzigane, gars du voyage…, qu’importe comment on vous désigne, on est toujours plus suspect qu’un col blanc, même si on ne risque pas d’arnaquer la société autant que ceux qui en connaissent mieux les rouages.
Alors Meriem, la femme de Franck, met la dose en lui envoyant ce qu’elle pense être un bon avocat. Qu’importe s’ils ne savent pas comment le payer… Et son intuition portera ses fruits : Julien défend tellement bien la cause de Franck qu’il lui évite la case prison. Mieux encore, les deux hommes vont sympathiser, malgré la frontière de verre invisible qui sépare irrémédiablement leurs univers, leurs classes sociales. Et c’est avec une gratitude non feinte que le couple Franck/Meriem accueille dans son humble camping-car le couple Julien/Anna, avec les moyens du bord, une flopée de mioches pendus à leur basque. Combien sont-ils, les mômes ? Cinq ? Dans si peu de place, mais un grand campement autour pour jouer, et des multitudes d’yeux curieux qui observent ces bourgeois venus se perdre au pays des romanichels l’instant d’une bière. On voit vite combien Anna n’est pas insensible à cette humanité-là et surtout à sa ribambelle de marmots qui ont l’air de s’enticher d’elle. Il faut dire qu’elle est si gracile et si douce (Sara Giraudeau, forcément !), si attentive.
Et puis vient l’heure de se séparer, celle de repartir pour Julien et sa femme vers leur appartement huppé, trop grand, avec cette chambre qui attend désespérément un bébé qui ne vient pas malgré les traitements à répétition, les FIV toujours renouvelées sans succès et qui creusent une cruelle et irrémédiable déchirure dans le cœur d’Anna…

Finement, Meriem va deviner la chose et entre les deux femmes s’installe un lien complexe, tout à la fois sincère et intéressé, amical et marchand. Car chacune se montre désireuse de rectifier les erreurs du destin : Anna veut un enfant, Meriem en attend un, le sixième, qu’elle ne désirait pas, parce qu’elle ne sait pas comment elle va bien pouvoir faire pour l’élever dans les conditions de vie qui sont les siennes…
Et cette partition à quatre mains, plus subie que clairement choisie par leurs hommes, va soulever des enjeux dangereux, qui les mettront tous sur le fil du rasoir. D’autant que nul n’est censé ignorer la loi, surtout pas les avocats que sont Julien et son épouse… Mais il y a chez Anna un tel désir d’enfant qu’à compter de cette rencontre-là, de cette occasion-là, même si le projet est complètement déraisonnable, rien ne l’arrêtera et elle se révèlera capable de braver tous les interdits. On sera pris dans les filets de ce malaise grandissant, de ces urgences qui laminent les âmes…
À partir de ce qu’il est convenu d’appeler un sujet de société, un excellent premier film, qui allie avec une belle maîtrise étude psychologique subtile et tension constante du récit.