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La Paix, éternelle Utopie ?
Pas facile de décrypter le chaos du monde pour les spectateurs, plus ou moins lointains, que nous sommes, face aux faits tragiques qui nous submergent en avalanche via la presse, les réseaux sociaux, vraies ou fausses nouvelles… Et c’est dans ces moments-là que nous avons encore plus envie de croire...

LES SALLES UTOPIA SE METTENT AU VERT
Vous y croyez, vous, au bon sens qui voudrait que partir se bronzer les fesses à l’autre bout du monde  avec des avions Macron volant avec du bio kérozène made in France serait bon pour votre corps et la planète ? Cela ne ressemblerait-il pas étrangement au discours tenu il y a quelqu...

Justine Triet parle d’or
Il aura donc suffi de quelques mots, à peine, pour que la Ministre de la Culture, celui de l’Industrie, quelques maires et députés de la majorité, volent dans les plumes et la palme de Justine Triet, réalisatrice couronnée d’Anatomie d’une chute, sermonnant en substance : « ce n’est pas bi...

Rosmerta continue ! Vous connaissez l’histoire ? 
Depuis les débuts, et même avant, Utopia Avignon suit l’histoire de près ! Ça fait presque cinq ans qu’on vous en parle dans nos gazettes, à chaque rebondissement. Ce qu’il s’est passé depuis 2018 : réquisition citoyenne d’une école vétuste appartenant au diocèse, procès et appel...

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NOTHING BUT A MAN

Écrit et réalisé par Michael ROEMER - USA 1964 1h30VOSTF - avec Ivan Dixon, Abbey Lincoln, Julius Harris, Gloria Foster, Yaphet Kotto... Musique : divers artistes de la Motown, dont The Miracles, The Marvelletes, Martha and the Vandellas, Mary Wells – et un certain Little Stevie Wonder.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

NOTHING BUT A MANIls sont une petite bande de cheminots itinérants, qui terrassent, posent des rails et fixent des traverses, sillonnent le pays selon le programme de développement du chemin de fer. Leurs baraquements de fortune se suivent et se ressemblent, de ville en bourgade, du nord au sud et d’est en ouest. Peu de trêves, peu de repos, un travail très physique et pas d’attaches, en contrepartie d’un plutôt bon salaire – et une réputation de bad guys infréquentables qui leur colle à la peau. Noire, la peau. Normal : dans l’Amérique des années 60, et a fortiori dans les états du Sud, un sale boulot, manuel, dur, répétitif, sans perspective d’avenir ni possibilité de concilier une vie de famille ou même sentimentale, c’est fatalement réservé aux moins considérés d’entre les prolétaires. Donc aux Noirs. Duff, la petite moustache avantageuse, est sans doute le plus jeune et le moins bavard du groupe de travailleurs taiseux et solidaires, qui est pour l’heure fixé dans un coin perdu d’Alabama. Tandis que, pour se délasser, ses camarades tapent le carton, vont tuer le temps autour d’une bière au comptoir avec une prostituée fatiguée, Duff dérive jusqu’aux portes de l’église baptiste où se célèbre un office chanté tout ce qu’il y a de vibrant, mené de main et de voix de maître par un prédicateur charismatique. Pourtant, ces célébrations, ces transes, comme l’expression exacerbée d’un besoin viscéral de croyance, « ces cris » comme il dit, ce n’est guère son truc à Duff. Lui, le taciturne à la foi incertaine, ce qui le ferait plutôt vibrer, c’est Josie. Josie, la fille du pasteur, cultivée, institutrice, qui ne quitterait pour rien au monde son école alors que les enfants ont tant besoin d’une instruction de qualité. Josie qui pour autant n’est pas insensible au charme de Duff. Toute la question étant de savoir si, en se sédentarisant par amour, l’indomptable cheminot cabossé par la vie pourrait trouver sa place et se couler dans le moule d’une petite société fermement tenue entre les tenailles de la domination blanche.

Par quelque bout qu’on le prenne, Nothing but a man est enthousiasmant. La photo, superbe, sans affèteries, dont le cadre parfait et le noir et blanc impeccable disent instantanément tout d’une scène, d’un lieu ou d’une situation – la séquence d’ouverture, splendide, qui plante en quelques plans le décor, le contexte et le personnage, est un modèle du genre. La bande son qui mêle sans ostentation mais avec sensibilité et intelligence la musique du film à la musique dans le film, participant à son ambiance particulière. L’écriture, sèche, précise, dégraissée de toute tentation mélodramatique, de toute psychologie de bazar, entièrement concentrée sur les actions et les interactions entre les personnages principaux, en lutte permanente contre les assignations raciales, sociales, sexistes, qui leur sont imposées. Les comédiens, quasi exclusivement noirs (l’immersion dans la vie de Josie et Duff est totale), pour partie amateurs, pour partie professionnels, apportent au film une émotion et une tension palpables – Ivan Dixon, qui a fait ses débuts devant les caméras de Richard Brooks et d’Otto Preminger, et Abbey Lincoln, dont la carrière de chanteuse commence à décoller, militent alors activement dans le mouvement pour les droits civiques.

On n’en revient toujours pas que cette pure pépite de cinéma, qui a tout du chef-d’œuvre instantané, ait pu rester aussi longtemps méconnue – en tous cas de nous. Car d’autres ont su en leur temps déceler son importance : Malcolm X, dont c’était le film préféré, et le jury du festival de Venise de 1964, qui lui décerna le prix de San Giorgio, attribué aux « films particulièrement importants pour le progrès de la civilisation ». De fait, après l’avoir découvert, on ne peut qu’abonder dans ce sens. Important, nécessaire, et d’une puissance d’évocation et d’une simplicité qui forcent le respect. Et on parle ici d’un tout premier film, volontairement réalisé en marge de l’industrie hollywoodienne, par un jeune réalisateur époustouflant qui, en tout et pour tout et au terme d’une carrière pour l’essentiel consacrée à l’enseignement du cinéma, n’aura signé que trois longs métrages – les trois films incroyables qui sortent en 2023 – si tard ! – sur les écrans.